SOTTIES, MORALITES, FARCES
Le iliéàlre profane et comique • se développe au xv<= siècle avec la môme abondance, excite la même passion que les pièces sacrées;
!. Ms. La Valliére (xvi" s.), 74 pièces (72 .farces) petit iii-foL, Bibl. nat., 24 341. l; ■ueil du Brilish Muséum, découvert à Berliu vers 1840 : 64 pièces (61 farces), impri-
21Î LITTÉRATURE DRAMATIQUR.
il est soumis .uix mêmes conditions, cl s'organise sur le m«^nie modèle. Les comédiens de prolession n'apparaissent irnére avant le XVI'' siècle, et mêlés aux comédiens amateurs et volonlaires : il faut venir au milieu du siècle pour trouver des troupes oriianisées, comme celle de ce > Jacques Lau;.'erot. jmieur d'histoires et de moralitt'S )', qui fait ses en;,'agemenls, le 8 mars 1552, devant un notaire de Uraguignan. Au xv siècle, les représentations profanes sunt, elles aussi, données par des bourge<jis momentanément associas, et l'on voit par exemple cinq ou six artisans passer contrat |)ardevant notaire pour monter ensembli' une moralité qui leur plaît. Mais surtout, par toute la France, il existe des sociétés, des corporations de toute sorte, sérieuses ou facétieuses, amies desexhibitions, cortèges et spectacles où fleurissent à la fois la poésie et la médisance : le^ unes se vouent aux processions et aux mascarades, d'autres cultivent la chanson, d'autres, plus ou moins aoiidentellenient ou régulièrement, jouent des scènes dialoguées, et divers genres de pièces. 11 y en a deux à Paris, qui se sont iail une tradition et comme un privilège de représenter des a;uvres profanes et comiques. Ce sont les hasochiens et les Enfants sans souci.
La Basoche était la corporation des clercs de procureurs au parlement do Paris : les clercs de procureurs au Chàtclet en formaienl une autre, soumise à la première; les dores de proctueurs h la Cour des Comptes nommaient leur association l'Efupire de Galilée. Nombre de villes, Orléans, Lyon, Poitiers, Toulouse, avaient leur basoche. La grande basoche de Paris, dèts le début du xvi^ siècle, était un corps considérable, ayant ses armes, mju roi, son chancelier, jugeant ses membres, frappant monnaie, tenant ses réunions générales deux ou trois fois Tan, et surtout vers l*> mois de juin ou juillet, faisant sa montre solennelle où elle défilait devant son roi, donnait aubades et sérénades aux présidents et conseillers du parlement, à grand fracas de tambours, hautbois et timbales. La basoche donnait des myslèi-es mimés. Elle donnait des représentations dramatiques, non sans obstnclt^ toujours ni sans péril. Souvent la cour, souvent le Parlement réprimèrent la verve insolente des basochiens : le poète Henri
mces séparément en formai d'agenda. Les pièces dalécs sont de 1542 à 15 IS. L'éditeur, qiinnd il est nomroé, est ea f^éoéral B. Chanssard, à Lyon. Ueruci! di> Copenliiig^ie, Lyon, 1619. Recueil de U. llonsscl, Paris, 1013. — Éditions : .Xucien Thi-àtrr français IBM. oizév.), t. l-III : c'est le reciu'il du British Mu>cuin. licnfil fie fnrcrs, eti'., par Le Roox de Lincy cl F. Miehel, Paris, Tecliener, 1837, -4 vol. in -8. Rt:cui>il Picot et Nyrop, Paris, 1880, in-16 : c'e«l le recueil d« Ctipeiiiuirue. K. Knuniior, le Tliuàlre français avani la Iienai.isauce. Paris, pr. in-8, 1872.
A consulter : Pelil de Ju)lcvil)c, les trois ouvr. cités au chnp. précéd., p. 194. Picnt, la Sottie en Fraucr, Uomania, t. VI!, p. -238; les Moralités politiques, Bull, delà Boc. du Protest, fr., t. XXXVI.
Baude fut ainsi emprisonné pour une moralité trop satirique. Heureusement pour le théâtre de la basoche, le parlement, qui le censurait, le défendait contre la cour.
On ne sait trop d'où venaient les Eiifants sans souci, les Sols habillés de jaune et de vert, et coiffés du chaperon orné d'oreilles d'une et de grelots. 11 se peut que, selon une hypothèse assez vraisemblable, ils représentent les célébrants de la fête des fous, quand cette joyeuse et insolente parodie des cérémonies religieuses fut bannie de l'Église. Ue la fête des feus laïcisée par force, il ne subsista que le principe, l'idée dun monde renversé qui exprimerait en la grossissant la folie du monde réel : c'est ce que développèrent au gré de leur libre fantaisie nombre de sociétés jo^'euses, comme Mère foUe à Dijon, et les Sots de Paris. Ceux-ci étaient gouvernés par le Prince des Sots, au-dessous de qui venait Mère Solte chargée dorganiser les représentations dramatiques. Il faut dire que la confrérie des sols n'existait réellement que quand ses membres en prenaient le costume, pour une cérémonie et une repré: sentation solennelle : ailleurs elle n'avait qu'une existence virtuelle et nominale. La basoche au contraire représentait un état : elle reposait sur la profession habituelle de ses membres. De là la difficulté qu'on a éprouvée à déterminer qui étaient les Sots. Tout le monde pouvait être Sot. Il y eut parmi les Sots des basocliiens; ainsi Clément Marot dans sa jeunesse était des deux sociétés; il y eut des Sots parmi les écoliers. Sans doute aussi des bourgeois, des artisans se firent affilier à la corporation : mais, comme il est naturel, vu la nature et l'objet de l'association, l'élément jeune, ivmuant, débauché et bohème dominait et donnait le ton.
Les .So(s jouaient des sotties ' : les basoclviens, des moralités et des f'i-i:cs. Grâce sans doute aux membres communs qu'elles complaienf, les deux sociétés firent de bonne heure un accord pour mettre en commun leur répertoire. Les basochiens jouèrent des sotties sut la grande table de marbre du Palais. Les Sots dans leurs représentations du acardi gras, aux Halles, accompagnèrent leurs <ntties de moralités et de farces. Une habitude s'établit de composer I-' spectacle des trois genres de pièces. Vers le milieu du xve siècle, It s Confrères de la Passion,- notant la vogue de ces sortes de repré- M'ntations, appelèrent les basochiens et les sots à jouer dans feur hôtel : et c'est ainsi qu'au début du xvii<^ siècle on rencontre encore h; Prince des Sots, quand on iml l'histoire de l'Hôtel de Bourgogne.
1. Si, comme le dit M. Picot, la sottie est une parade, les sots pourraient avoir commencé par imiter plaisamment les bateleurs qui font les niais, les queues rouges et les bobèches du temps, les héritiers des stulti et des derisores de la société anti [ue. Cette imitation se serait organisée et développée, en prenant le sens d'une parodie universelle et consciente des folies de ce pauvre nioade.