‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 98 sur 504 · RL.SAISSANCK KT hlibUUMt AVANT · texte numérisé non relu

RL.SAISSANCK KT hlibUUMt AVANT

renconireiil cla'z m.iilre Clomciil, l'I traliissenl ses origines. Heureusement, si son éducation ie raltucliait aux Molinel et aux (Jretin, son tempérament le tournait vers les Jean de Meung, les Villon, les (",o(|uillart : il porta dans La poésie aristocratique les meilleurs dons de la poésie bourgeoise. ~

Mais il simprégna aussi d une cuTlure nouvelle et plus fine. Il avait parmi les livres cpion saisit en li)3i un Boccace, la Célestine, les É/.dogucs de Virgile. A Boccace il laut joindre Pétrarque; à Virgile, Ovide, Catulle, dont il lit quelques « translations ». A peine iljiliapisé, il était surtout latinisé. Cela ressort aussi de Te-vamen de ses œuvres : on y trouve des ballades, des chants royaux, des rondeaux, des chansons, des poèmes allégoriques, genres du moyen âge; le coq-à l'àne qu'il invente procède des ftttraùes, qui sont du moyen âge aussi. A l'Italie, Marot lient par quelques sonnets. L'élégie, l'églogue, l'épitre, l'épigramme sont des genres antiques..

Cependant Marot n'est point un homme d'étude et de cabinet. Ce n'est point par la lecture et la méditation intime que la Henaissance s'insinua en lui : elle l'enveloppa par le dehors, et l'imprégna. Nul n'a plus subi l'influence de son milieu. Poète de cour, il refléta l'esprit et les besoins de la cour, hors de laquelle il ne pouvait vivre en joie. Il clarifia, affina, allégea le vieil esprit de Renarl et de Uutebeuf ; il l'enrichit de finesse, de mesure, de grâce, pour le mettre d'accord avec la forme nouvelle des âmes, et même avec ras|ject des choses. Cette vie de cour essayée par Anne de Bretagne, splendidement développée par François l*^"", cette perpétuelle conversation des hommes et des femmes les plus illustres dans les maisons du roi, rendaient impossibles la lourdeur, le pédantisme, la prolixité, la platitude d'autrelois. Pour se faire lire de ces seigneurs et de ces dames qu'entouraient tontes les élégances et (|ue tous les plaisirs sollicitaient, il fallait être bref, pour ne pas ennuyer ; clair, pour ne pas fatiguer; spirituel, pour divertir. Pour un public léger, égo'isle, il ne fallait pas trôirilc sérieux ni de douleurs : raiHjr et I rire, c'était le mieux. Tout cela, Marot le fil en perfection.

Sa nature ne le poussait pas à sortir des sujets et du ton qui plaisaient à son public. Il n'était ni un sentimental, ni un passionné. Sans doute l'on trouverait sans peine dans son œuvre des saillies de sensibilité : elles ne prouvent lien.Il n'est pas étonnant qu'un homme qui souffre et qui. craint, crie, vibre sous la pression du fait présent. Littérairement, le sentiment n'est caraclérislique qu'à condition d'être, d'abord, une disposition habituelle de l'âme et conmie le verre à travers lequel elle regarde les choses, en second lieu, un plaisir de l'àme, qui savoure l'amerturae. Chez Marot, le sentiment est purement de circonstance ; il n'a place

dans son œuvre que par des pièces biographiques et d'actualité : il subit la tristesse, la crainte; il ne songe qu'à les évaporer au plus vite ", jamais il ne s'en t'ait une inspiration. L'indignation est la seule passion où il aille de lui-même cliorrhor ime source de poésie : c'est le sentiment le plus accessible à la mollesse épicurienne' et à la sécheresse intellectuelle ; i'Enfer s'explique par la révolte d'une chair délicate, et d'un esprit juste, devant la souffrance physique injustement infligée.

Selon rne excellente remarque de M. Rrunetièrc, pour établir la valeur d'un poète, il suffit presque de l'interroger sur trois points : comment a-t-il parlé de la nature, de l'amour, de la mort ?Marot n'a guère parlé de la nature, sauf quelques jolies réminiscences de sa rustique enfance, de son Quercy nalal. Il crut de bonne foi qu'aimer, c'était jouir et dire d'agréables choses aux dames, il na pensé à la mort que malgré lui, et pour préférer la vie. Il est tout à la vie, aux formes charmantes et superficielles de la vie. Il n'eût poiat si aisément réalisé l'idéal poétique d'une cour mondaine et galante, si déjà en lui-même il n'eût porté cet idéal. Demandez-lui son rêve de bonheur : il tient tout entier dans la facile existence d'un château des bords de Loire.

...Sous bel ombre,- en chambre et galeries Nous pourmenans, livres el railleries, Dames cl bains, seraient les passe-temps, Lieux et labeurs de nos esprits contents.... Le chien, l'oiseau, l'épinetle et le livre, Le deviser, l'amour (à un besoin), Lt le masquer, serait tout notre soing.

Rjen de profond en lui, rien d'intime : mais de là même vient la perfection du type (ju'il réalfse. Tout en lui tend à la joie, et à la joie de sa compagnie, sans laquelle la sienne ne saurait subsister. Pour une telle nature, le plus insup[)ortable mal, c'est la solitude, el l'ennui : on le vit bien quand il vécut à Venise.

Cette âme légère a fait sa poésie avec ses idées et ses impressions, légères comme elle. Tourner un compliment ou une épigramme, quémander ou remercier, causer ou conter, voilà sa sphère : et dans tout cela il n'a pas son pareil. Ueux épîtres au Roi, une épitre au Dauphin, une autre à Lyon Jamet, la ballade de frère Lubin, le rondeau à un créancier, nombre d'épigrammes, sont de bien petits, mais d'absolus chefs-d'œuvre. Cela est fait de lien. Tout le inonde connaît celte grâce malicieuse, cette très peu candide et très naturelle simplicité, ces jets imprévus d'imagination ou d'ironie, cet art de dire les choses en se jouant, sans appuyer, et d'enfoni^er profondément le trait dont l'atteinte est si légère. Mais ce qu'il y a de plus original ou de plus excellent dans

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Maïul, c'est la saine rebuslesse de ccl esprit si fin : nulle mièvreric ilalienno, mille urislocraliqne préciosité n'ont alt(';ré chez lui le fonds d'esprit français dont il avait hérité. Il a ^'ardt- tonte la verdeur, la nette vivacité, le bon sens aigu de la poésie parisienne on champenoise. Il est bien français encore en ce que l'idée chez lui, si peu de chose qu'elle soit, est la substance même et le tout de sa poésie; le rythme, le mol n'ont de valeur qu<^ jtar l'idée, et relalivomenl à l'idée.

Ce gentil poète a eu autant de f^loirc et d'influence (jne s'il eut été un fj'rand poète. C'est que Ronsard, en tombant, le dt-couvrit : avant Malheibe, il ne resta que Marot pour représenter le xvi>' siècle, et servir de modèle. Et voici ce qu'on y trouvait, et par on il s'ada])lail admirablement à l'esprit des deu.x siècles qui suivirent. 11 était tout français, imperceptiblement italianisé, et n'ayant pris à l'antiquité latine que ce qui mettait en valeur les vieu.x dons de sa race : par lui, La Fontaine et les atitres reprenaient le contact (lu pur génie de la France, se remettaient en communion avec l'àme héréditaire de notre peuple. Car ce poète de cour — chose • si rare dans notre littérature — est, sous sa politesse, essentiellement populaire.

Puis il inaugure, avec Marguerite, mais dans une forme plus parfaite, la poésie moderne, dont la loi est vérité et sincérité : cette œuvre toute de circonstance et d'actualité est éminemment vraie et sincère. De plus, écrivant pour un public d'élite, asservissant son inspiration au goût de ses lecteurs, il ouvre l'ère de la littérature mondaine, il fait prédominer les qualités sociables sur la puissance intime de la personnalité; avec lui commence le règne — salutaire ou désastrcu.x comme on voudra, ou mêlé de bien et de mal — d'une société ^jiojie. Enfin il a fait des P.sawj/jcs, et l'on notera que dans le^cTâssTque il n'y a de lyrisme que par les Psaumes : .Malherbe, Rousseau, Racine, tous traitent les thèmes do la poésie hébraïque. Nous en verrons la cause ailleurs : il suffit ipie là encore .Marot soit un précurseur. Faut-il ajouter qu'il est tout esprit, et que, sauf de hautes exceptions, ce ne sera pas le sentiment, mais l'intelligence qui créera notre littérature du xvii'' et du xviii'" siècle? Ainsi s'explique que l'influence de Marot ait dépassé, si j'ose dire, sa valeur.

Il ne faut pas omettre aussi de signaler qu'avec Marot l'unité et comme la concentration littéraires de la France s'achèvent par le réveil du Midi. Le voici qui fait sa rentrée ou plutôt son entrée dans la littérature française. Privé depuis bientôt trois siècles de sa langue, il vient enfin verser sa richesse et sa fécondité dans la langue du Nord; et pour son début il lui ilonne Marot', Monluc, et Montaigne.

1 Marot est til» d'un .Normand, mais il ust né, il a élé tlovô en Quercy

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