‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 107 sur 402 · tk.{"I û" ti · texte numérisé non relu

tk.{"I û" ti

. "\ --r ""'J' "',"'c. (1.1,,:' t. nt"=. (!'f,tuM W1't" \1\u.1: 'bulu\hl"[( kl f lc,\L.aft1\.ü.tlü.\Ct 'I";.

)ù:'>'!!.... D"'""u "1\1'1"'1.': W'Ù.Ld. O}arÕ]J.t\'J. tu.1\1::'ðrÐl. \'C'rñ-r,-",u{c.f

LES COTES DE L'fGYPTE ET DE LA SYRIE ET LES LlEUX SAINTS. - Fragment de i"ltinéraire d'un pèlerin de Londres à Jérusalem au XIII" siècle. (Vo:r Jomard. Monuments de la Géograp.

ie.)

GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN naquit en 1152 au plus tard, sans doute sur Ie lief champenois dont il porte Ie nom (aujourd'hui simple communedu département de rAube, arrondissement de Troyes, canton de Piney), On ne sait rien de sa jeunesse. II exerçait déjà, comme avait fait son père, la charge de maréchal de Champagne et était âgé d'au moins trentehuit ans quand, à I exemple de son suzerain, Ie comte Thibaut III, qui s'était croisé au tournoi d'f.cry-sur-Aisne (28 novembre 1199), iI se croisa lui aussi. II commença presque aussitôt à jouer un rôle de premier plan, puisqu il fut I'un des six messagers que les barons de France chargèrent de négocier avec la seigneurie de Venise les conditions de leur transport outre mer (févriermars 1201), II suivit donc les prodigieuses fortunes de cette petite armée qui, composée de vingt mille Français au plus et d' un faible contingent d'alliés vénitiens et lombards, se concentra à Venise au printemps de ran 1202 et prit la mer Ie 8 octobre; mais qui, au lieu de cingler vers les pays musulmans, atterrit sur la côte dalmate et conquit Zara Ie 17 novembre; puis conquit Constanlinople par deux fois, Ie 18juin 1203et Ie 13 avril 1204 ; puis conquit la Thrace et la

"JII

lil1. IÞ ___ f

Macédoine et la Grèce et I'Archipel, et fonda sur les ruines de rempire byzactin I'empire latin d'Orient. Par sa sagesse dans les con seils et par ses talents de capitaine, Villehardouin avait, au cours de ces événements, gagné I'amitié et la reconnaissance des principaux chefs: Ie marquis Boniface de Montferrat, Ie comte Baudoin de Flandre, Ie doge Dandolo, lis Ie récompensèrent en lui octroyant Ie lief de Messinople en Thrace, et Ie petit banneret champenois était devenu un des plus hauts barons du nouvel empire au jour OÙ iI entreprit, sans doute vers I'an 1207, d'écrire sa Chronique. Sa Chronique, ilIa signe II Joffroy de Villehardouin, Ie mareschal de Romenie et de Champaigne )1, et I'étrangeté de ce double titre résume I'étrangeté de sa destinée. II mourut en Orient, I'an 1212 ou peu après, sans avoir revu la France.

II aura sufli de cette brève et sèche notice biographique pour rappeler I'un des épisodes les plus surprenants, les plus mystérieux, et, au sentiment de plusieurs, les plus honteux de notre histoire. Ces conquérants, qui ont ravagé tant de terres, rien que des terres chrétiennes, qui ont répandu Ie sang de tant d'ennemis, rien que du sang chrétien, c'est pour Ie service de Dieu, disaient-ils, qu'ils s'étaient armés, (( por la honte Jesu Crist vengier et por Jerusalem reconquerre II. Et qu'avaient-iIs fait de leur væu "/ Des versions dénigrantes de leurs actes coururent de leur temps même, Maintes accusations s'élevèrent, âpres et virulentes : la Chronique du moine alsacien Gunther, la Chronique de Terre sainte d'Ernoul n 'en ont porté jusqu'à nous que des échos affaiblis, Le doge, disait-on, avait trahi la chrétienté, et les autres chefs de la croisade, ses dupes d'abord, puis ses complices, avaient su transformer les pèlerins de Dieu en bandits, Là-bas, dans sa seigneurie thrace, qui est sa part du scanda- It'ux butin, Villehardouin a entendu ces voix qui Ie réprouvent, et c'est pour leur riposter qu'il écrit. Lui (I qui fut de tous les conseilsn, il n'essaiera pas d'atténuer - comment Ie pourrait-il "/ - sa part de responsabilité. II la revendique au contraire et s'en fait gloire. Mais sentons bien que d'un bout à I'autre de sa Chronique, il n'est qu'un accusé, que des ennemis harcèlent, et qui fait tête. Le (I service de Dieu n, dit-iI, jamais ni lui, ni ses chefs, ni ses compagnons, ne I'ont oublié. Le service de Dieu voulait que I'on attaquât I'lslam droit au cæur de sa puissance, donc en f.gypte, et c'est Ie plan qu'avaient conçu et arrêté en ses détails les barons français, d'accord avec la seigneurie de Venise et avec Ie pape Innocent I I I. Mais de nombreux croisés, de nombreux faux croisés, prirent peur : ils avaient rêvé de s'acquitter de leur væu à meilleur compte, sans risques, au prix de quelque chétive expédition aux rivages de Syrie, et c'est pourquoi on les vit, au mépris du traité conclu et scellé en leur nom par leurs six messagers, II esquiver la voie de Venise )) et s'acheminer en grands convois vers d'autres ports d'embarquement : Gênes, Marseille, Pise. Trahis par ces lâches, les autres, ceux qui s'étaient assemblés à Venise et qui attendaient, parqués au Lido, ne

.., . ..! " ,II t ,.

- !" í . -- if ,-. -I'

CONSTANTINOPLE. - Les remparts de Manuel Comnène (XII" siècle),

.<'1 fy '" "I J'

Page 1