‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 117 sur 402 · IT · texte numérisé non relu

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jOlNvlLLE PRÉSENTE A LOUIS X Ie Hutin son << Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint ro; Louis D (8. N., ms. franç, 13568, XIV e siècle),

exerça pour la première fois l'année suivante son office de sénéchal de Champagne aux fêtes que donnail à Saumur Ie jeune roi Louis I X, pour célébrer l'entrée en chevalerie d'Alphonse, comte de Poitiers. Joinville fit ses premières armes en /245 ou en /246, dans une guerre privée que Ie comte de Chalon, son parent, menail contre les Allemands. L'année /248, il se croisa, et s' embarqua en août à Marseille, aVec neuf chevaliers à sa solde. A Limissol en Ch:ypre, Ie roi Ie pril à ses gages. II combaliil devant Damielie, puis à Mansourah (8 février /250), fut fail prisonnier avec les débris de l'armée, et racheté Ie 6 mai /250. Le roi l'emmena sur sa nef à Saint-Jean d'Acre et c'est au cours de celie traversée que se noua leur amitié. Joinville ne rentra en France qu'en avril/254, en même temps que saint Louis.

II trouva alors I( sa gent destruile et apovroiée )1 et s'appliqua à réparer les misères causées par son absence. Ses devoirs de seigneur ne l'empêchaient pas d'ailleurs de visiler fréquemment la cour de Paris: tout en restant vassal du comte de Champagne, il était de- Venu vassal du roi de France, du jour où il avait reçu de lui un I( fief de bourse)), II étail attaché au conseil du roi, OÙ il jugeail (( les Cl. Enlm-t. plaids de la porte )). En /267, saint Louis LE..CHATY. U DE MER J?E SîYETJ:f (L'A cIIENNE SJ DON ), n Syri ' J -:iint .':-j'jij fj6 lia5 O ville e ) t y Ie manda à Paris: c' étail pour lui apprendre sejourna ongtemps : c est à qu I appnt a mort e sa mere (vOIr omvi e,

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qu'il prenait à nouveau la croix et pour l'engager à faire comme lui. Joinville refusa, car il désapprouvait fentreprise. Les deux amis ne devaient plus se revoir: Ie 5 août /270, Ie roi mourail à Tunis sur sa couche de cendre. Joinville continua so us Philippe Ie Hardi, puis sous Philippe Ie Bel, qu'il n'aimail guère, à hanter la cour. II fut appelé à déposer (nous aVons conservé son témoignage) dans fenquête qui aboutit, en /282, à la canonisation de son ami. Vingt ans après, on Ie voit encore, en /303 et 1304, très vieux alors, suivre fost du roi et combatire à La Bassée, à Mons-en-Puelle. II rejoignit une dernière fois dans les Flandres les troupes ro:yales en 13/5: il avail à celie date quatre-vingt-dix ans. II mourut dans son château, Ie /3 juillet /3/7, II devail être oclogénaire déjà quand la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe Ie Bel, lui demanda de composer un II Livre des saintes paroles et des bons fails de noire saint roi Louis)). Mais elle mourut (Ie 2 avril 1305) avant qu'il eût achevé sa tâche. C est ce que Joinville explique dans la lettre qui sert de préface à son livre et qu'il adresse au fils de Jeanne, Ie futur Louis X Ie Hutin. Celie dédicace date au plus tard du mois d'oclobre 1309, ainsi qu'il résulte de fexplicit de fun des manuscrits.

L'histoire du texte est longue et compliquée. On la trou- Oera retracée en son détail dans fadmirable Notice sur Joinvil/e que G. Paris a publiée au t, XXXII (1896) de fHistoire littéraire de la France: G. Paris:y iraite en outre toutes les questions historiques, phi/ologiques et littéraires qui concernent notre chroniqueur, Un livre essentiel est celui de Henri- François Delaborde, Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, 1894 : plus d'un millier d'acles, dont 547 concernent Jean de Joinville, :y sont anal:ysés et commentés de manière à former, de fan 10/9 à fan 1417, une histoire de celie maison. Déjà Du Cange avait donné une généalof!ie de la maison de Joinville en son édition publiée en 1668 : les célèbres Dissertations archéologiques dont cette édition est enrichie ont été réimprimées au t. VII du Glossarium mediæ et inlìmæ latinitatis de Du Cange (édWon Didot-Henschel). On peut lire Ie Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis, soil dans fexcellente édition de Capperonnier (176/), soil dans fune ou fautre des éditions du XIX' siècle : éd. Daunou et Naudet (1840), éd. Francisque Michel (1859), édWons Natalis de Wailly (1867, /874, 1882): car toutes suivent de préférence Ie plus ancien et Ie meil/eur des trois manuscrits (celui que Ie maréchal de Saxe rapporta de Bruxelles comme un trophée de la campagne de /746); il est à regretter seu/ement que dans ses éditions, par ail/eurs précieuses, NataUs de Waill:y ail cru devoir récrire Ie texte en un dia/ecte pseudo-champenois.

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TOUT EST DIT sur l'ingénuité de Joinville, sur sa candeur. lIOn ne saurait trouver, a écrit Villemain, plus naïf témoin : on dirait que les objets sont nés dans Ie monde du jour OÙ il les a vus. )) Et Sainte- Beuve, du même ton : (( II a de la gentillesse, de la grâce enfantine, il a la plus jeune fraîcheur, )) Est-il besoin de justilìer de tels jugements Le voici, au jour OÙ il prend la croix, tout jeune seigneur de vingt-trois ans: qui ne se rappelle la scène grave et charmante II a convoqué à sa cour pour Ie haut jour de Pâques tous ses hommes, tous ses lìeffés. Un lìlsvient de lui naÎtre, qu'il a nomméJean comme lui : dans la clarté printanière, ses vassaux ont fêté avec lui, par des danses aux chansons, Ie nouveau-né : II T oute cele semaine fumes en festes et en quaroles.." Ie lundi, Ie mardi, Ie mercredi et Ie jeudi, et je leur diz Ie vendredi : Seigneurs, je men vois outre mer et je ne sai se je revendrai...;)) et parce qu'il ne sait s'il reviendra, il leur a demandé, comme on fait aux approches de la mort, de lui faire connaÎtre tous les méfaits qu'il a pu commettre à leur égard; puis, ayant réparé ses torts, il accomplit ce rituel de I'entrée en pèlerinage, que la pensée des périls prochains parait de tant de poésie : iI visite les sanctuaires d'alentour, déchaus et en langes, prend congé de ses patrons familiers: (( et endementiers que j' aloie a Blehecourt et a Saint- Urbain, je ne voz onques retourner mes ieus vers Joinville, porce que Ie cuer ne m'attendrisist du biau chastel que je lessoie et de mes deus enfanz.)) - Le voici aux pieds du roi Louis: Ie saint, qui I'endoctrine en de petits entretiens d'atlure socratique, s'applique à extra ire de son cæur les vertus qu'illui connaÎt : I( Or vous demant je, dit Ie roi,lequel vous ameriez mieus, ou que vous fussiez mesiaus (lépreux) , ou que vous eussiez fait un pechié mortel? - Et je, qui onques ne Ii menti, Ii respondi que j'en ameroiemieusavoirfait trentequ'estre mesiaus... )) Le roi se tait, parce que des frères Mineurs sont là; mais, Ie lendemain : (I Vous deïstes com me hastis musarz!.. II II demande encore à Joinville s'illave les pieds des pauvres au jour du grand jeudi, - (( Sire, répond-il, en mal eür! les piez de ces vilains ne laverai je ja ! - Vraiement, fait Ii rois, ce fu mal dit 1...11 Le sénéchal abonde ainsi en vives reparties, Non pas que toujours iI se livre tout entier: II car Ie sage, disait-il, ne doit jamais laisser paraÎtre sur son visage les souffrances qu'il a au cæur )1, et lìdèle à cette aristocratique règle de bienséance, il sait contenir ses émotions quand elles sont douloureuses; mais sa gaieté, jamais il ne peut la réprimer: elle éclate en mots de bonhomie et de malice, en saillies joyeuses qui parfois faisaient rire Ie roi II mout clerement )). Aux heures les plus dures de la croisadc surtout, et, par exemple, au cours des scènes affreuses qui suivirent la bataille de Mansourah, c'est du tragique même des circonstances que son invincible bonne humeur tire son prix. Mais comment résumer ces récits, mettre en relief ce contraste Sainte-Beuve I'a su faire, en cette page si belle de ses Causeries du lundi (t. VI II) :

II Joinville était de ceux qui s'étaient mis en route par eau vers Damiette, lis donnèrent à un endroit dans les galères du Soudan,

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