‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 128 sur 402 · II. W · texte numérisé non relu

II. W

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AVEC CHARLES D'ORLÉANS nous revenons franchement à la tradition de Machaut. La poésie chante l'amour, et l'amour est conçu comme

un cuhe et un service où ron s'acquiert des mérites, C'est bien encore, il est vrai, l'enseignement de la Belle Dame sans merci; mais Chartier avait montré une autre voie à la liUérature, et avant lui, à sa façon, Deschamps. On est surpris en abordant Charles d'Orléans de ce retour à un passé qu'on pouvait croire démodé. lVlais quand on lit ses vers, on ne pense plus à lui faire ce reproche. C'est quïl est infiniment au-dessus de Machaut. Par son enjouement et son aisance, il rappelle plutôt les pèlerins des Cent Ballades. Com me eux, i\ se sent chez lui dans ces fictions qu'ont façonnées ses ancêtres. Mais tandis que Bouciquaut et les autres auteurs des Cent Ballades restent des amateurs, Charles d'Orléans a la technique du métier, et quelque chose de plus. Sur la plupart de ses contemporains et de ses prédécesseurs du XIV e et du Xye siècle, il a cet avantage quïl n'écrit pas pour vivre. II n'a pas gaspillé son talent et i\ ne l'a pas forcé. Son premier recueil de vers, qu 'on a nommé Ie Livre de la Prison, a été composé en Angleterre, au jour Ie jour, pendant r ennui de sa longue captivité : il y chante en de gracieuses ballades la dame de ses pensées, qui est probablement sa femme, Bonne d'Armagnac, C'est une surprise de trouver de la tendresse réelle dans une poésie qui, depuis un siède, et peut-être depuis l'origine, a surtout vécu de conventions. CeUe fois il semble bien que nous ayons sous les yeux la peinture de vraies joies et de vrais chagrins, quoiqu'i\ faille y regarder de près pour en goûter Ie char me discret. On retrouve ceUe grâce et ceUe sincérité dans les rondeaux que Charles a composés dans la dernière période de sa vie, à un moment où, ayant renoncé à toute ambition politique, il avait fait de sa cour de Blois comme Ie rendez-vous de tous les fins rim urs du temps. On y venait de loin, sûr d'être bien accueilli quand on savait tourner ingénieusement un rondeau ou une ballade.

Quand on ne pouvait venir, on envoyait du moins des vers, comme firent Ie bon roi René d'Anjou, et bien d'autres. Un même album recueillait les compositions du duc, de ses invités et de ses correspondants.

On célébrait la fête de mai et Ie jour de saint Valentin, et on écoutait Ie maitre de la maison se plaindre joliment des désillusions de la vieillesse :

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