‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 129 sur 402 · IL · texte numérisé non relu

IL

oL

po

rl

Est ce lout ce que m'apporlez A voslre jour" sainI Valenlin ?

N'aurai je que d'Espoir butin, L'allenle des desconfollez?

Petitemenl vous m'enhorlez D'eslre joyeulx à ce malin!

Esl ce toul ce que m'apporlez A voslre jour, sainI Valenlin?

Nulle rien ne me rapportez F ors bona dies en lalin :

Vieille relique en vieil salin I De telz presens vous deportez !

Est ce lout ce que m'apporlez?

Sociétéaimable et charmante, qui s'auardaitainsi à de délicieux anachronismes, pendant que tout autour d'elle Ie monde changeait! Mais

- LE MOYEN AGE

LE LIVRE DU C<EUR D'AMOUR ÉPRIS, PAR LE ROI RENÉ, - Le poète met son cæur en la merci d'Amour (Bibliothèque ci-deyant impériale de Vienne, ms. 2597, seconde moitié du xv. s;ècle).

ces distractions d'une élite ont conservé leur prix pour nous, et les vers de Charles n'ont rien perdu de leur fraÎcheur II n'est nul plus beau passe temps Que de jouer à sa pensée...

C'est quïl était né poète, et pas une de ses pièces OÙ il n'y paraisse. II a d'abord la grâce du style: peut-être a-t-il pris quelques leçons d'Alain Chartier, mais en ce cas il a dépassé son maître. II a Ie même sens du mot juste, mais il évite plus soigneusement l'emphase, ou plutôt il écrit sans effort en un français d'un naturel parfait qui reßète une pensée limpide. II a subi, lui aussi,lïnßuence de Jean de Meung, mais il est Ie seul qui ait su tirer des froides allégories du Roman de la Rose I' essence de poésie qu 'elles recélaient : Amour, Male Bouche, Faux Semblant, Danger, tous ces personnages se meuvent dans les ballades et les rondeaux de Charles d'Orléans avec une aisance qu'ils n' avaient jamais connue, et bien d'autres à leur suite: Plaisance, Réconfort, Nonchaloir, Courroux, Liesse, Souci, Ennui, Mélancolie : Et comment I'entendez YOUS, De tous poins accordons nous, Ennuy et Merencolie} Ou, par la Vierge Marie, Voulez YOUS toute ma vie Se Raison n'y remédie Me tourmenter en counous} Tout va sen dessus dessous. Le plus malheureux de tous Et comment I'entendez yous. Doy je estre} Je Ie YOUS nye! Ennuy et Merencolie} Et comment I"entendez you., Ennuy et Merencolie }

Silhouettes légères qui passent et qu'on suit de I'æil avec plaisir: c' est tout un petit peuple factice qui s'anime, pourune fois, d' une vraie vie, et où on rencontre sans surprise Ie Cæur et ies Yeux du poète, personnages qui ne sont nullement déplacés dans cette mythologie du moyen âge finissant. Pour Charles d'Or éans, Beauté et Loyauté sont aussi réelles que Ie seront plus tard pour Ronsard les déesses de I'Olympe, lei d'ailleurs, la gageure était plus difficile. II y fallait de la fraícheur et de I'émotion sans doute, mais bien de I'esprit aussi, et sur ce point encore Charles d Orléans surpasse aisément tous ses contemporains. Pourquoi, avec des dons pareils, et malgré tout Ie plaisir quïl nous

donne, nous désappointe-t-i1 un peu? C'est que d'un homme qui a pris part à tous les grands événements et à to utes les tragédies de son tc: mps ,. d' un vaincu d'Azincourt, d' un chevalier français qui a passé vmgt-cmq ans de captivité chez les Anglais, d' un prince du sang qui a vu la France si près de sa perte que presque taus la croyaient perdue, on attendrait autre chose qu'une collection de petits vers d'amour, même exquis, II est injuste de reprocher à un poète ses chants ou à un prisonnier ses distractions, mais il est des époques OÙ toute poésie qui n'est qu'amoureuse est fade. On souhaiterait parfois que

e prince, qui aimait son pays, y eût joué un rôle plus actif, ne fût-i1 mtervenu que pour dire, en poète, son mot sur les affaires du temps. II s'est contenté de chanter I'amour, comme on Ie chantait depuis des siècle3 dans les nobles families de son pays, et en tout cas il a donné à cette tradition I'expression la plus parfaite qu'elle ait jamais reçue chez nous. Le demier des poètes courtois de I'ancienne France, il en a été Ie plus artiste.Maisaussi il a épuisé cette veine, et cela, coïncidence remarquable, au moment précis OÙ la (( courtoisie )) elle-même disparaÎt. Cette poésie mélancolique et fine annonce la fin non seulement d'un genre, mais d'une classe sociale, et même d'une époque. Quand Charles d'Orléans meurt en 1465, LouisXI est roi et Villon a donné toute son æuvre : la France nouvelle se fonde et la poésie modeme est née.

Page 1