LES CHANSONS OE GESTE
écrivait vers ran 1170; mais Ie poème qu'il copiait date d'un demi-siècle plus tôt, Ce poème a souvent été édité. et d'abord en 1837 : la Chanson de Roland ou de Roncevaux. publiée pour la première fois par Francisque Michel.
Après rédition princeps, les éditions les plus marquantes sont celles de Theodor Müller (1851. 1863. 1878). de Léon Gautier (à partir de 1872), de Léon Clédat (1886). de Gaston Paris (Extraits, 1887,7" Mit., 1903), de Joseph Bédier (1922). On groupe dans la Gesie du Roi une vingtaine d'auires poèmes, dont nous énumérerons les principaux (dans rordre des événemenis de la biographie légendaire de Charlemagne) : Mainet( fragments publiés par G. Paris, dans la Romania, tome IV.
p. 305); - Aspremont (édition L. Brandin. dans les Classiques français du moyen âge, 2 vol., 1919-1922): - Ie Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem (édit. Ed. Koschwitz. Bonn. 5" édition.
1907): - Aiquin ou la Conquête de la Bretagne (édition Joüon des Longrais, Nantes.
1880); - la Chanson des Saisnes. par Jean Bodel (édit. Francisque Michel.
2 vol.. 1839); - Otinel (édil. Guessard et Michelant. 1859); - Fierabras (édit, Guessard. 1860); - Anseïs de Cartage (édition ]. Alton. Stuttgart, 1892), T outes les chansons énumérées ici datent de la seconde moitié du XII siècle ou des premières années du XIII'.
Seule la Chanson du Pèlerinage peui avoir été écrite dans Ie second quart du XII siècle.
CE QUE RACONTENT les chansons de la geste du roi.
ce sont les guerres de Charlemagne en Espagne, en Saxe, en Italie. en Bretagne, en Palestine: guerres contre l'infidèle. guerres saintes. Charles, porte-étendard de saint Pierre. a reçu de Oieu la mission de défendre la chrétienté. et toute son histoire légendaire est faite des labeurs qui lui sont imposés. II mène à travers Ie monde ses armées victorieuses: mais s'i1 est Ie roi puissant dont la force se déploie. s'i1 est Ie roi magnifique dont les camps et Ie palais d'Aix rayonnent de splendeur, iI porte sur sa grande figure de vieillard centenaire les marques de sa dure destinée. Nul ne peut égaler ses exploits ni son faste; mais sa vraie noblesse, celie qui Ie distingue entre tous, ilIa tient de I'idée mystique à laquelle, sans répit. parfois avec une ombre de lassitude au front, il consacre I'effort de sa sagesse. Les preux qu'i1 commande Ie suivent avec Ie généreux élan de la vaillance, amoureux de la bataille. du fracas des armes, de la gloire; mais au fond de leurs cæurs règne aussi une autre passion. I'enthousiasme de la foi, et leurs grandes actions sont autant de sacrifices qu'ils offrent à Oieu. La haute conception OÙ se sont ainsi fond us en une synthèse intime l'idéal national et l'idéal religieux se développe dès la plus ancienne chanson du cycle, dans la Chanson de Roland. La plus ancienne du moins que nous possédions. O'autres I'ont précédée. car elle nous introduit d'emblée dans un monde de héros que I'auteur suppose familier à ses lecteurs ou à ses auditeurs : déjà. quand il écrivait, la poésie s' était emparée du personnage de Charlemagne et I' avait transformé à son gré: déjà les douze pairs possédaient leur histoire, celie que leur avaient forgée. à eux aussi, de bons poètes: et I'auteur de la chanson conservée dans Ie manuscrit d'Oxlord traitait après d'autres une légende illustre. S'il ne I'avait pas créée. comment s'était-elle donc formée On
C]. Enhrt.
PORTAIL ROMAN DE L'ÉGLlSE DE SAINT-JACQUES. A COMPOSTELLE, EN GALICE - Ro"' , Jérusalem et Compostelle étaient les trois a pèlerinages majeurs D.
("OJ, ,
ß to- I. .
J j ..,'j," 'ÞJt ,- ./ 'a '/ ,:" } :'ff\ .: iJ.
, j .j ,t, ll' '; ,; '; ; 1/ t I ' .......'S -. I 'f .. f . t '!II' . " J
'il n'yeut que.
. honoree.
"la riche.
Le plus ancien témoignage sûrement daté qui concerne les chansons de geste est un passage de la Chronique de Saint-Riquier. en Ponthieu.
écrite en ran 1088. d'où il résulte qu 'on chantait alors une chanson de Gormond et Isembard aux abords de ce monastère. La plus ancienne chanson de geste conservée est la Chanson de Roland.
que ron doit auribuer aux premières années du XII<' siècle, au plus tôt. A ces dates.
les poèmes de ce genre devaient abonder déjà. Mais nous ne les connaissons que sous des formes rajeunies, en des renouvellements de la seconde moitié du Xll<' siècle ou plus récents encore. et que nous ont seules conservés des copies du XI I I" ou du XIV<' siècle. voire du XV". Or, au début du XIII<' siècle. au moment où tout ressentiel de ce grand travail de création ou de remaniement était accompli, les trouvères avaient pris coutume de répartir l'immense matière, tous leurs poèmes héroïques. en trois cycles ou (( gestes II : geste du Roi, geste de Garin de l\longlane, geste de Ooon de Mayence, C'est Ie classement que nous propose Bertrand de Bar-sur-Aube, en ces vers célèbres :
N' ot que' trois gestes en F ranee la garnie" : Du ro; de F ranee est la plus seignorie..
Et l'autre après, bien est droiz que gel dIe, Est de Doon a la barbe Rorie,..
La tieree geste, qu.i molt fait a proisier, F u de Garin de Monglane Ie lier.
Ce classement repose sur la distinction, juste et essentielle. de trois idées inspiratrices, dont procèdent les divers poèmes. Cest la définition de ces trois idées qui nous guidera dans notre revue sommaire des principaux d'entre eux.