‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 162 sur 402 · LE SEIZIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LE SEIZIEME SIECLE

doctrine apostolique, teUe qu'elle se dégageait d'une interprétation ration neUe des textes.

Les disciplines nouvelles des humanistes I'avaient acheminé vers la Réforme religieuse : ce philologue préparait les voies à Calvin. Le prestige de Lefèvre d"Ë.taples s'était rapidement étendu bien au delà des limites de I'Université. II avait gagné à I'humanisme quelques représentants de la noblesse de robe et de la bourgeoisie. Dans les dernières années du XV C siècle, une petite société, composée de gentilshommes et de membres du Parlement de Paris, se rassemble autour de lui, est initiée à I'heUénisme, entre en relations avec les humanistes italiens. Parmi eux figure GuiUaume Budé, qui devait devenir - c'est du Bellay qui lui donnera cette louange - une des (( lumières françoyses II.

L'humanisme dans la noblesse de robe et la haute bourgeoisie: Guillaume Budé

A consulter: Louis Delaruel/e, Ë.tudes sur l'humanisme français : Guillaume Budé, les origines, les débuts, les idées maÎtresses, /907.

Guil/aume Budé, né en 1468, appartenait à une famil/e de bourgeoisie parisienne récemment anoblie par la robe. Son père, grand audiencier de la chancel/erie, était seigneur de Vil/ierssur-Marne, Yerres et Marly. La chasse et l'équitation furent les occupations favorites de Guil/aume Budé adolescent. Soudain, à vingt-trois ans, il prit ces plaisirs en dégoût. Il refit ses études juridiques qu'il avait négligemment commencées à l' Université d'Orléans. Il apprit Ie grec sous la direction de Georges Hermonyme et de Lascaris. Il publia, après quelques années d'un /abeur acharné, des traductions latines de quelques traités de Plutarque, deux recueils d'Annotations aux Pandectes, un ouVrage sur les monnaies anciennes, De Asse (1515), qui établit solidement sa réputation d'érudit. Bientôt ses travaux de philologie, en particulier ses Commentarii linguæ græcæ (1529),le placèrent au premier rang des hellénistes. Il fit partie de la maison de François fer en qualité de secrétaire, puis de maître des requêtes, enfin de bibliothécaire. Lorsqu'il mourut (1540), il était la gloire de la philologie française, De nos jours, un juste hommage lui a été rendu:

il a été choisi comme parrain par la plus importante de nos sociétés de philologues, l'Association Guillaume Budé.

QUE L'HUMANlsME ait pénétré rapidement parmi les légistes, les magistrats, les titulaires des grandes charges de l' Ë.tat, iI n' y a là rien que de très nature\. L'exercice de leur profession les obligeait fréquemment à parler ou à écrire en latin, lis ne pouvaient négliger longtemps de donner à leur éloquence d'apparat la pureté et les agréments que l'humanisme mettait à la mode. En outre, ils nÏgnoraient plus queUes modifications l'humanisme était en train d'opérer en Italie dans les sciences juridiques. II y avait discrédité les commentaires des grands glossateurs du moyen âge, Accurse, par exemple, en démontrant leur ignorance des mæurs et de la langue des Romains. Il avait instauré une nouveUe interprétation du texte des grands recueils juridiques, Ie Code et Ie Digeste; illes éclairait, grâce à sa belle connaissance de la langue, de l' archéologie et de l'histoire anciennes. Quels résultats on pouvait attendre de cette

méthode, Budé en donnait d'excellents exemples dans son commentaire des. Pandect s, la partie la plus ancienne du Digeste, En même temps, II montralt dans Ie De Asse comment on doit utiliser les témoignages des Anciens. II les confrontait entre eux, les contrôlait par des données modernes: ayant, par exemple, à calculer Ie prix du pai.n à teUe date de l'histoire romaine, il établissait d'après les indicatIons de son boulanger Ie rendement du grain en farine et Ie prix moyen du blé à son époque.

Au reste, la philologie était pour Budé autre chose encore qu'une discipline érudite, servie par une méthode minutieuse et précise: ilIa considérait comme un instrument de culture générale, propre à rendre l'humanité plus noble, plus heureuse, La philologie, c'était pour lui la sagesse antique, qui devait assaisonner nos mæurs d'humanité et les polir (ad mores humanitate condiendos et perpoliendos). Sur la valeur sociale et morale de l'humanisme, ses vues se confondaient avec ceUes du grand savant néerlandais, Ë.rasme, dont Ie livre Ie plus pratiqué de nos lettrés était précisément un recueil de sentences, de proverbes, de dictons, (( la fleur de la raison d'Athènes et de Rome II, les Adages, Comme Ë.rasme, Budé estime que l'étude des beUes-lettre3, des humaniores disciplinæ, accroÎt notre dignité d'homme. Aussi Brunetière a-t-il pu dire de lui qu'iI a fondé chez nous l'éducation classique. .

C'est dans son ouvrage De philologia. un dialogue entre Ie roi et lui, que se rencontre la meilleure de ses apologies pour l'humanisme. Më.is il a fréquemment repris et développé les arguments de ce plaidoyer, et dans ses livres, et dans ses lettres. Une bonne part de son activité s'est, en effet, dépensée à entretenir Ie goût des études antiques chez ses amis et ses nombreux correspondants. Ses lettres, toutes en latin ou en grec, nous Ie montrent encourageant Rabe!ais dans ses premières études grecques, animant les juristes à la guerre contre les glossateurs médiévaux, cherchant partout des patrons pour sa fiUe spirituelle, riche de dons et dénuée d'argent, la Philologie. Grâce à lui, eUe devait trouver un auguste protecteur dans Ie roi François ler.

FRANÇOIS I cr ÉCOUTANT LA LECTURE DE <<mODORE DE SICILE ", TRADUIT PAR MACAULT. - Fronti.pice d" I'exemplaire de dédicace de Macault. L'ouvrage a été publié à Pari. par Geofroy Tory en 1535,

L' humanisme à la cour Franc;ois lor, père des lettres

Consulter R, de Maulde :

Louise de Savoie et François ler, /875. - Sur Ie contact de l'esþrit italien avec l' esprit jrançais, voir Hubert Gillot, la QuereUe des anciens et des modernes en France, Nancy, /9/4.

DANS LE BUTIN que nos gentilshommes rapportèrent des guerres d'ltalie figurent parfois des bustes et des statues antiques. On présenta un jour à François ler une Vénus de marbre, que Marot célébra dans ses vers, Nous savons encore qu'un ambassadeur de France à Rome, Jean du BeUay, avait mission d'acheter des (( antiquaiUes)) pour Ie secrétair d' Ë.tat de Villandry et pour Ie connétable de Montmorency, celui-Ià même qui interdisait de dégrader les monuments gaUo-romains de sa province de Languedoc. LÏntérêt que la noblesse française portait à la renaissance de l'Antiquité se limita longtemps à cette curiosité d' artistes et de collectionneurs.

Heureusement, Ie roi François ler était avide de renommée pour son pays et pour lui-même. Il voulut assurer à la France ceUe gloire artistique, littéraire, scientifique.

qu'autour de lui nos écrivains enviaient à l'Italie et brûlaient de lui ravir, A peine monté sur Ie trone, il se vit décerner, peut-être par des courtisans italiens, Ie titre de Père des lettres: il s'efforça de s'en montrer digne.

II semble au premier abord que

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