LES OR IGIN ES DE LA RENAISSANCE
Tissard, qui, après avoir étudié en Italie, enseignait Ie grec à I'Université de Paris, s'entendit avec un libraire parisien, Gilles de Gourmont, pour publier une série d'ouvrages en langue grecque : grammaires élémentaires et traités de morale.
Un autre imprimeur, Josse Bade, devait, bientôt après, multiplier les éditions de livres grecs en France. En même temps, I'ltalien Jérôme Aléandre s'établissait à Paris pour y professer Ie grec avec plus de méthode et de régularité que ses prédécesseurs.
Ainsi s'étendait peu à peu Ie domaine de l'humanisme. II ne semblait point, à I'origine, menacer la suprématie de la théologie scolastique. Celle-ci gardait la place d'honneur dans I'enseignement des collèges.
D'autre part, les presses parisiennes s' employaient moins à remettre en lumière les orateurs et les poètes de I'Antiquité qu'à éditer des commentaires du Livre des sentences de Pierre Lombard ou des (( questions)) relatives à la "Iogique aristotélicienne. Les plus ardenls zélateurs des æuvres antiques ne songeaient pas à rompre avec toutes les traditions de I'école. Bien loin de rejeter Ie legs du moyen âge, ils ne cessaient de considérer la théologie comme la reine des sciences divines et humaines. La plupart bornaient leur ambition de lettrés à la doter des grâces ou de la force de I' éloquencc antique.
Pourtant, Ie commerce des écrivains anciens les détourna insensiblement des maítres de la pensée médiévale. Comment s'opéra cette évolution intellectuelle, nous Ie voyons par I'exemple de Jacques Lefèvre d'f.taples, II était né en 1450, à Ë.taples, en Picardie. On I'appelait communément Fabri. Professeur de philosophie au collège du cardinal Lemoine, il se mit à étudier Ie gree, sous la direction de Georges Hermonyme de Sparte. Au cours d'un voyage en ltalie, il rencontra Pic de la Mirandole et i\1arsile Ficin. De la fréquentation de ces deux humanistes, il garda Ie goût de la philosophie platonicienne et la notion d'une méthode nouvelle pour commenter Aristote. De retour en France, iI reprit son enseignement dans Ie cadre imposé par une tradition séculaire ; il (( lisait )) Aristote et I'expliquait. Mais il I'expliquait en humaniste. Ses éditions de la Logique, de I E;thique et de la Po/itique montrent comment iI procédait dans son enseignemen\. Négligeant Ie fatras des commentateurs médiévaux, on Ie voit s'attacher au texte même du philosophe, I'éclairer par des faits empruntés à la vie antique, résumer dans de courts dialogues, à la manière de Platon, les idées essentielles de son auteur. C'était (( boire à la source la pure liqueur des livres)).
M éthode nouvelle et féconde. Lefèvre s'avisa de I'appliquer à I'f.criture sainte. II examina Ie Psautier, puis les f.pÎtres de saint Paul en faisant table rase des commentairesdu moyen âge. II conféra les dogmes et la discipline de son temps avec la lettre du Nouveau T estamen\. Sa conclusion fut que ni Ie célibat des prêtres, ni les jeûnes, ni la liturgie latine, ni la plupartdes sacrements n' étaient conformes à la pure
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LES <EUVRES DE CICÉRON imprimées par Josse Bade en 1520. La marque de presse, au centre de I'encadrement. représente un atelier typographique,
L'ENSEIGNEMENT de la théologie, qui restait Ie couronnement des études universitaires, avait dégénéré au cours du Xv e siècle en une sophistique stérile. Ë.tudier la logique formeIle, les modes et figures du sy\logisme, argumenter dans un latin barbare sur des questions qualifiées les unes ({ d'exponibles n, les autres ({ d'insolubles n, toutes également trangères à la vraie logique et à la vraie philosophie, tels étaient les exercices auxquels étaient assujettis presque exclusivement les écoliers de la" F aculté des Arts. N i la lecture des poètes et des orateurs grecs et latins, ni même I'étude des Pères de I'f.glise, héritiers d'une part de la culture païenne, bref, rien de ce qui peut donner à I'esprit quelque idée de la beauté ou de la grandeur des lettres antiques ne trouvait place dans cet enseignement, Quelques maîtres, qui avaient eu I'occasion d'admirer, au cours de leurs voyages, la civilisation italienne, en gémissaient. lis rêvaient d'introduire en France Ie goût des élégances cicéroniennes et cette connaissance générale de I'antiquité dont on se piquait outre-monts. lis estimaient que la théo ogie e\le-même ne pourrait que gagner à se parer d'un beau style latin.
L'un d'eux, Guillaume Fichet, obtint en 1470 I'autorisation dïnstaller dans les bâtiments mêmes du vieux coIlège de Sorbonne, dont iI était bibliothécaire, un atelier typographique. Un ouvrier néerlandais, i\ lartin Krantz, et deux bacheliers ès arts, U [rich Gering, de Constance, Michel Friburger, de Colmar, partagent avec lui I'honneur d'avoir fondé la première imprimerie qui ait ionctionné à Paris. Fichet enseignait I'art de bien dire en latin : il s'empressa de mettre à la portée des étudiants des modèles de slyle épistolaire, des recueils d'élégances, des traÏlés de rhétorique. Un de ses disciples et amis, Robert Gaguin, publia un traité de versification latine. Puis Virgile et Lucain furent commentés à I'Université par des Italiens, Fausto Andrelini et Girolamo Balbi. II y eut dès lors, parmi les régents de collège, des maîtres soucieux de faire une place dans leur enseignement à I'éloquence et à la poésie. lis estimaient que ces arts importaient, plus que la logique ou la métaphysique, à la culture de l'esprit et même à la formation des mæurs. lis les appelaient, par opposition aux disciplines scolastiques, des enseignementsd'humanité : discip/inæ humaniores. lis se qualifiaient entre eux de studiosi artium humanitatis, ou /itteraturæ humanioris, De là ce nom d'humanistes sous lequel ils sont communément désignés vers la fin du XVI C siède. L'exemple des savants italiens devait incliner nos savants à étudier, outre Ie latin, Ie grec. L'initiation à I'hellénisme fut un des faits capitaux de la première période de notre Renaissance. Les maîtres et les livres apparaissent dans Ie dernier quart du XVC siècle : impressions vénitiennes, professeurs venus d'ltalie, comme Georges Hermonyme de Sparte et .Janus Lascaris. En 1507, un savant français, F rançois
G\ r t1lil MVS.B\ 1)} \.."
Cl. Gir8udon.
GUILLAUME BUDÉ. - f.cole française du XVI" siècle (musée de Versailles).