‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 20 sur 402 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

des invraisemblances trop fortes, un mélange inaHendu du tragique et du comiquc. Pourtant. lïdée profonde du poème. ces coups redoublés du destin qui martèlent les cæurs indomptables de Vivien, de G<libour, de Guillaume, se traduisent en des scènes d'une grande force pathétique; et même dans celles de ces scènes qui traitent des thèmes moins sublimes, les reproches véhéments de Guillaume au roi ingrat ou les exploits é ranges du géant Rainoart, on admire la puissance du souffle héroïque et cette fougue qui anime la Geste, LA GESTE DE DOON DE MAYENCE

Les principales chansons de ce cycle sonl: Gormond et Isembard (composé Vers l'année 1/30), édil. A. Bayol (Classiques français du moyen âge), /9/4; - Doo n de Mayence, édil. A. Pey (Anciens poètes de la France), 1859; -Ia Chevalerie Ogier, par Raimberl, p. p. Barrois (Romans des douze pairs), 1843; - Renaud de Montauban, p. p, Tarbé. Reims, /862, par H, Michelanl (Bibliothek des literarischen Vereins in Stuttgart), /862, el par Ferdinand Caslels, Monlpellier, /909; - Raoul de Cambrai, édil. P. Meyer el A. Longnon (S. A. T.), /882; - Girard de Roussillon, p. p. K. Hoffmann, Berlin, /855, puis par Francisque Michel, /856, lraduil par P. Meyer, /884.

T ous ces poèmes, sau! Raoul de Cambrai, qui paraÎI un peu plus ancien, onl élé vraisemblablemenl composés pendanlle lroisième liers du XI Ie siècle ou les premières années du XIII'.

Un cerlain nombre de chansons n 'enlrenl pas dans la classification ci-dessus indiquée des lrois grandes gesles. Les plus cé/èbres sonl celles d'Ami et Amile, p. p. K. Hoffmann, 2' éd., /882, el d'Aiol, p. p, ]. Normand el G. Raynaud (S. A. T.), 1878.

L'ABBAYE DE SAINT-RIQUIER EN PONTHIEU, jadis fondée par Angilbert, neveu de Charlemagne, était, à répoque féodale, riche et puissante entre les abbayes de France.

On y célébrait au neuvième jour d'octobre une fête religieuse qui attirait grande affluence de marchands, de pèlerins. de chevaliers, de menu peuple; et la foire qui se tenait à cette occasion aux portes de I'abbaye étalait ses boutiques et ses tréteaux sur un champ où I'on voit encore de nos jours la II tombe dlsembard )), Cet I sembard , selon une tradition répandue parmi les c1ercs anglais et certainement connue des moines de Saint-Riquier, qui possédaient des biens importants dans Ie Norfolk, avait été Ie compagnon du roi Gormond: et Gormond était Ie chef de ces Scandinaves envahisseurs qui, en 881, - comment les moines I'auraient-ils oublié - avaient cinglé d'Angleterre en France, ravagé Ie Ponthieu et Ie Vimeu, et incendié Ie monastère, avant d'être battus à Saucourt par Ie roi de France Louis I I I, C'est sur ces souvenirs, livrés par I'histoire, qu'a été bâtie à Saint- Riquier, pour être racontée au peuple, la légende de Gormond et Isembard.

Le poème qui retrace cette légende est Ie plus ancien de la geste de Doon de Mayence, II ne nous a pas été conservé en entier; mais des versions postérieures permettent d'en reconstituer Ie scénario. Isembard, jeune chevalier français, traité injustement par Ie roi Louis, et condamné à quitter Ie royaume, est passé en terre païenne, s'est attaché au roi Gormond, I'a suivi en Angleterre. a abjuré la foi chrétienne (d'où son surnom de Margari, Ie II renégat ))), et a décidé son nouveau seigneur à envahir la France. II guide la Rotte et l'armée païennes vers les terres et les châteaux qui naguère étaient siens: Ie Ponthieu est saccagé, l'abbaye de Saint-Riquier incendiée. Mais une grande bataille est livrée par Ie roi Louis aux barbares, et c'est au récit de cette bataille que commence Ie fragment de la chanson qui est parvenu jusqu'à nous.

Gormond, après avoir semé la mort dans les rangs des Français, est abattu par Louis en personne; Isembard, ralliant les païens déconcertés par la mort de leur chef, se déchaÎne et en vient, dans sa fureur, à combattre son propre père, Ie vieux Bernard, quïl désarçonne; en/in, ses troupes épuisées cèdent et fuient; cruellement blessé, Ie renégat revient à Dieu, se recommande à Notre Dame et meurt sur Ie champ de bataille.

Les débris de ce poème - six cent soixante vers en un seul fragment - suf/isent à donner une haute idée de I'édi/ice primitif. Assurément, celui qui I'a élevé connaissait des chansons antérieures: la Chanson de Roland,la Chanson de Guillaume, et il s'en est inspiré; mais, sïl avait des connaissances, il avait aussi une manière de génie. Par l'étroit conduit des petits vers de huit syllabes, dont sont faites ses laisses, son souffle s'enRe I'uissamment. et son personnage dlsembard est d'unc grandeur vraiment digne de I'épopée, La détresse de ce jeune baron que I'injustice du roi a poussé vers l'apostasie, sa

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