‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 19 sur 402 · LES CHANSONS DE GESTE · texte numérisé non relu

LES CHANSONS DE GESTE

contr:: tant d'enn mis? T oute sa b lIe armée succomb . Sa femme GUibour lui avait con/ié un sien nev;:u, un tout jeun homme, Guichard, autrdois païen comme elle et comm elle converti. L'enfant a été tué; en mourant, il a renié Dieu; et c'est aV c Ie corps du petit renégat, qu'il porte sur son arçon, que Guillaum r::vient à son château. En son abs nce, Guibour, la vaillante, pressentant la défaite, a levé une autre armée: car elle est I'animatrice qui souvent a excité les Narbonnais à bien faire, II r part, emmenant ceUe fois avec lui un jeune frère de Vivien, Guiot, Un nouveau désastre I'attend. T ous les siens maintenant sont morts, et Vivien, et Bertrand. et Guiot, et Gautier, et Guielin, et Renier: et, quand iI reparaÎt seul, en vaincu, presqu en 'uyard, déguisé sous des armes sarrasines, à la porte de sa cité d'Orange, Guibour refuse de lui ouvrir : II T u m ns, tu n'es pas Guillaume, car, quand mon s ign::ur Guillaume revient de bataill , des 'barons joyeux I'enviro:ment et d::s jongleurs viellent devant lui! )) Elle cède enfin, lève la herse, et prosternée à ses pieds :

. Sire, dist ele, quO as tu fait de ta gent} ))

II lui dit la luBe inégale, Ie désastre, et tous deux, pleins de douleur, en sil nce, montent vers la grande salle du palais, OÙ les tables sont dressées, comme naguère, pour de nombreux convives, et qui désormais r stera dés rte: (l 0 bonne salle IJ, s'écrie Guillaume,

a 0 bone sale. cu:n estes lungue et lee'! . large. De lutes parz vus vei si aornee !

O. haltes tables, cum vus estes levees" ! . dressées. Napes de lin vei desur vus getees, Cez escuele, emplies et rasees,..

N ï manl(erunt les filz des franches meres Qui en Larchamp unt les testes colpees! ))

II pleure, et mainlenant que tout est consommé : (( Je m'enfuirai, dit-il, dans un désert OÙ nul ne me retrouvera : je me ferai ermite, et toi, Guibour, prends Ie voile en qu lque couvent. - Sire, répondelle, oui, nous Ie ferons un jour, quand d'abord nous aurons achevé dans Ie siècle notre tâche :

a Sire, dist ele, ço ferum nus assez.

Quant nu!t avrum nostre siecle mené... ))

Elle Ie réconforte : iI faut qu'il aille à Laon réclamer Ie se::ours du roi de France. II part, nouvelle épreuve. Humble est son équipage, et si chétif son écuyer, un enfant, qu'il doit se charger lui-même de ses armes et quïl ne les lui donne à porter qu'à la traversée des villes, pour faire figure honorable. A Laon, en voyant sa pauvre mine, les jeunes chevaliers de la cour, jadis accoutumés à recevoir de ses mains l'or d'Espagne, lui tournent Ie dos: ct Ie roi accu ille malla demande du vaincu, Cependant, devant tant d'ingratitude, Guillaume s'indigne, i1laisse déborder sa colère et obtient une armée de vingt mille chevaliers. Pour la troisième 'ois il revient à l'ennemi, et dans une décisive bataillc, les Sarrasins sont en/in taillés en pièce, Ainsi s'achève sur une victoire la douloureuse épopée, belle comme une passion de martyrs. La Chanson de Guillaume n'a pas la perfection littéraire de la Chanson de Roland; elle n'en a pas la noblesse égale et soutenue. Le style est dépourvu d'art; Ie récit est brusque, abrupt même, au point que la suite des faits n'y est pas toujours facile à saisir; parfois des scènes se répètent ; on regreUe aussi

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