‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 221 sur 402 · I. - L'ÉcoIe de Lyon · texte numérisé non relu

I. - L'ÉcoIe de Lyon

ß La première notoriété de Maurice Scève. né à Lyon Vers 1510, d'un échevin de la vil/e, lui vint d'un épisode de sa vie d' étudiant à Avignon. II y fit des recherches pour découvrir Ie tombeau de la Laure de Pétrarque et Ie désigna aux leltrés dafls féglise des Cordeliers, Les dizains de la Délie, qui paruren! en /544, étaient dès lors assurés d'un public, dont fauteur goûta fenthousiasme, mais dont la fidélité s'était bien lassée lorsqu'il mourut, Vers /564. II y a une excellente édition critique de la Délie. par Eugène Parturier. / }/6. avec /'indication des sources. La dernière réimpression de La Saulsaye est de /9/8. Pernette du Guillet. néeà Lyon vers /520, y mourut en /545, Ses Rim::s, publiées dans sa ville natale fannée même de sa mort, y ont été réimprimées en /864.

Louise Labé, néeà Lyon vers /525. y est morte en /565, Ses CEuvres, parues en /555. ont été réimprimées plusieurs fois, L' édition de Charles Boy (/887) contient des recherches biographiques complétées depuis, notamment par Alphonse Cartier dans un travail intitulé les Poésies de Louise Labé (Revue d'histoire lilléraire de la France, /894). On consultera sur fécole de Loon, outre fintroduction d'Eugène Parturier à la Délie et Ie Þétrarquisme en France de Joseph Vianey, Ie livre d'Albert Baur, Maurice Scève et la Renaissance Iyonnaise. /906.et ceuxde Giovanni Tracconaglia, Une page de I histoire de l'italianisme à Lyon: à travers Ie (( Canzoniere II de Louise Labé. Lodi. /9/7. et Quelques observations sur... Ie développement des théories italiennes... en France, Lodi. /9/8.

LA RENOVATION de notre poésie par Ronsard et sa Pléiade a eu quelques précurseurs, qu'on cherche volontiers dans I'école qui Reurit à Lyon aux dernières années du règne de François ler. Aucune originalité littéraire, si puissante qu'elle soit, n'est sans emprunter des éléments à ce qui la précède. Cependant la révolution ronsardienne est si brusque que Ie rôle personnel du génie y apparaît avec une singulière puis ance. Feuilletons les æuvres les plus fines de 1\1aurice Scève et d'Antoine Heroët, après celles de la reine de Navarre, et ouvrons ensuite, à n'importe quelle page,les Odes, les Amours ou les Regrets, L'accent a complètement changé, l'image est plus forte, Ie chant plus soutenu; la langue du poète s'est enrichie, en même temps que son horizon s'agrandit de toutes les perspectives de I'Antiquité retrouvée, En quelques années, à des dates que I'on peut fixer, la poésie est entrée dans un monde nouveau, f.coutons cependant des voix isolées et charmantes, qui ont fait pres entir Ie grand concert. Des poètes savants et diserts ne se satisfont plus de I\larot, ni de Saint-Gelais, moins encore de I'art désuet des rhétoriqueurs. lis ont de plus hautes ambitions et d'autres rêves. lis sont pénétrés d'un humanisme latin déjà profond, IIsont écouté surtout I1talie, qui leur apporte, avec Pétrarque et les nouveaux pétrarquistes, dont Bembo mène Ie chæur, les ressources délicates du sonnet et l'idéal de I'amour sublimisé. Que de recueils considérables vont être composés sur Ie plan et dans I'esprit du Canzoniere pour l\ladonna Laura! Que d'imitations, parfois serviles, la poésie italienne a suggérées! Quand Maurice Scève, étudiant à I'Université d'Avignon, annonce qu'il a découvert, en 1533, dans la chapelle des Cordeliers, Ie tombeau de Laure, que François I"r ira visiter et qui deviendra un lieu de pèlerinage sentimental, cet événement n'apporte pas seulement la notoriété au jeune poète Iyonnais, il fixe dans Ie siècle Ie symbole des aspirations de la poésie tout entière. Lyon, ville de commerce et de ric hesse , fière de ses souvenirs romains, centre des relations entre I'ltalie et la France, est aussi un lieu d'élection pour les échanges intellectuels. Tout leuré qui vient d'ltalie ou s'y rend s'arrête et séjourne aux bords du Rhône, retenu par les charmes d'une société raffinée et curieuse des nouveautés de I'esprit. Le négoce des livres italiens y est si fructueux que les libraires fameux de la ville se mettent à imprimer eux-mêmes, en de bons textes, les auteurs c1assiques de la Péninsule, en même temps qu'ils éditent leurs traducteurs. Comme celIe des arts, la vie deslettres est intense à Lyon. II n'y a pas de ville en France, hors Paris, où se groupent à la même époque autant de célébrités liUéraires: Antoine du Moulin, Symphorien Champier, les poètes latins Bourbon et Visagier, les érudits Bunyon et Aneau. La poésie française y est représentée par deux l\lâconnais, Guillaume des Autels et Pontus de T yard, surtout par Scève et ses belles écolières, Louise Labé et Perneue du Guillet. Le recueil fameux, Délie, objet de la plus haute vertu, qui couronne la gloire de I'école, comporte quatre cent cinquante-huit dizains en vers de dix syllabes, dont I'obscurité, la subtilité et I'érudition ont ravi les contemporains. lIIisible pour no us autrement que par extraits, il ne vaut pas ce poème de La Saulsaye, églogue de la vie solitaire, OÙ Maurice Scève a décrit les rives de la Saône, qui faisaient sa retraite ordinaire et OÙ a trouvé place maint tableau heureux de la vie champêtre. On y goûte une âme idéaliste, qui sait exprimer son amour de la solitude et de la nature et ses dispositions à la mélancolie, Délie ne peut nous toucher, puisque la réalité même de I'être chanté reste douteuse, son nom n'étant que I'anagramme significative de I'Idée platonicienne, L'æuvre marque du moins une date, celIe du triomphe décisif du pétrarquisme, qui va régner longtemps dans notre poésie amoureuse, à travers des transformationsdiverses. Beaucoup de poètes, dans la Pléiade même. se réclameront du modèle Iyonnais, et on Ie révérera encore, alors qu'on aura depuis longtemps cessé de Ie pratiquer.

Par quel prestige, tandis que leur maître nÏntére.se plus guère que les historiens des leUres, relisons-nous encore les vers des deux poétesses Iyonnaises qui ont vécu à I'ombre de sa renommée? C'est assurément pour la sincérité des sentiments qu 'elles ont osé chanter, et pour Ie ton vif et direct d'une poésie qui vient du cæur. La tendresse, la sagesse, les nobles ardeurs de PerneUe du Guillet

LA VIE SOLITAIRE, d'après une illustration du Song" d" Poliphile, traduction française, 1554.

nous émeuvent d'autant plus que nous savons que la vie de ceUe II gentille et vertueuse dame I) n'a pas dépassé sa vingt-cinquième année, Son mari réunit ses vers après sa mort pour prolonger Ie souvenir d' une jeune femme douée de tous les dons de la beauté et de I'esprit, dans la société choisie dont elle avait été Ie charme et I'espérance. . II ne prenait aucun ombrage de la chaste affection témoignée par elle au poète qui I'avait formée, Scève, de son côté, n'avait pas imposé à ce disciple de choix les formes abstruses de sa pensée, PerneUe excelle en ces courts poèmes OÙ I'art féminin, quand il sait se contraindre, enchâsse, comme une perle, larme ou sourire dans I'or de la rime :

Pour contenter celUl qui me tourmente, Chercher ne veux remède à mon tomment:

Car en mon mal voyant quïl se contente, Contente suis de son contentement.

I\lieux établie encore est la gloire de Louise Labé, (( la belle Cordière n. II est vrai que ceUe Desbordes-Valmore du XVI" siècle met un souffle Iyrique puissant au service d'un chant passionné. Elle exprime avec une égale force les Joies et les douleurs de I'amour, double don qui assure la prise du poète sur les âmes.

Dans son court recueil. composé de trois élégies et de vingt-trois sonnets, elle enferme toute la vie du cæur féminin, qui ne change guère à travers les âges. Quelque mystère demeure sur ses amours, malgré les investigations indiscrètes. II semble qu'elle ait souffert par un poète et que ce poète soit Olivier de I\lagny. Cequ'on sait, c'est I'aurait qu'elle donnait à la maison de son mari, Ie riche cordier Ennemond Perrin, et quels talents elle avait cultivés en elle pour Ie chant, la musique des instruments, la broderie et la tapisserie, Les rimeurs qui se réunissaient autour de son luth I'ont célébrée de son vivant et après sa mort, et ont fait connaÎtre à la postérité Ie charme sous lequel ceUe (( dixième :\1 use , les a ten us. Elle a même auiré les humanistes, qui I'ont honorée en latin et en grec.

Elle ne partageait pas leur science; quelques fables d'Ovide et l'image de Diane ou de Pallas suffisaient à parer ses poèmes d'une vague antiquité. lis sont d'une lamwe plus déliée que celie de Marguerite de !'\avarre, d'une pensée moins haute et moins enveloppée, d' une forme dont I'or:ginalité à ceUe date émerveille Ie critique. I\lême si I'on retrouvait un jour toute I'inspiration de ses vers dans un recueil italien, il resterait à Louise Labé Ie mérite de I'adaptation la plus

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UN CURIEUX EXEMPLE du conlact des lellres italienne. et françaises à Lyon : a Colloque tenu à Lyon entre Claude d'Herberé. gentilhomme français, et Alessandro degli Uberli, gentilhomme /Iorentin, au sujet de quelques passages des Cent /liouvel/". de Boccace n, 1557.

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