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sard et Baïf chez Dorat, el il s'établit entre eux, surtout entre les deux premiers, une étroite camaraderie et une parfaite conformité d'idées littéraires.
Que Baïf s'en soit écarté par Ia sui te, que du BeUay n'ait point regagné I'avance que ses compagnons avaient sur lui pour Ie grec et soit resté presque tout latin, alors que I'hellénisme envahissait de plus en plus I'horizon de Ronsard, ce sont là détails secondaires, Ce qui importa, ce fut que chacun, seion ses forces et ses dispositions, se dévoua sans réserve à la tâche bien définie OÙ tout leur avenir s'engageait. Aucune peine ne coûta à leur courage et leur réclusion volontaire eut I'ardeur d'un noviciat. Celui de Ronsard, retiré loin de la cour OÙ iI avait eu ses amitiés premières, ne dura pas moins de cinq années: puis, lorsqu'ils se sentirenl assez forts pour affronter I'épreuve publique, ils jetèrent coup sur coup aux presses de Paris, du Bellay la Défense et illustration de /a langue française, avec les sonnets de I'O/ive, Ronsard les quatre premiers livres des Odes, L'Avis au /ecteur, d'une juvénile arrogance, mis en tête dece recueiI. et Ie traité didactique, au titre solennel et retentissant, furent les manifestes simultanés de l'art nouveau.
Joachim du Bellay, Angevin, avait signé de quatre initiales Ie titre de la Défense; mais on peut se la figurer comme l'ouvrage collectif d' un de ces cénacles qui, de nos jours encore, mettent au jour les II jeunes revues)), croyant chaque fois apporter au monde des lettres une révélation indispensable. Cette illusion a quelquefois vivifié de hautes et légitimes ambitions. Celles qu'affirmait I'opuscule n'étaient pas toutes bien nouvelles dans leurfond, et ne méritaient qu'à demi I'importance qu'on leur a donnée. A mieux connaítre l'histoire du temps, on voit que les thèses sur I'égalité des langues et sur la possibitité de hausser
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ufur: Maurice de la porte. au cloJ BruneAu à l'enfiig,ne S, Claude, I S S 1.,
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La devise grecque est du maître de Ronsard, Jean Dorat.
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la nôtre à la dignité de langue littéraire dans tous les domaines exploités par les Anciens ont été ex osées déjà au bénéfi e de I'italien. Cette partie du travail de du B lIay n'est qu'une traduction presque textuelle d'un dialogue de Speroni pour I( l'illustration )) de la langue toscane. Même chez nous, la cause est gagnée ou en train de I'être. La doctrine de I'imitation des Anciens, présentée d'afJrès Dorat, a pi us d'originalité; mais ce n' est probablement pas à du Bellay, c'est à Ronsard lui souf- Hant sa verve, que reviennent les pages les plus alertes: (I Sommes-nous donc moindres que les Grecs ou Romains ?... Là donc, Français, marchez courageusement vers cette superbe cité romaine, et des serves dépouilles d'elle.., ornez vos temples et autels... Donnez en cette Grèce menteresse! Pillez-moi sans conscience les sacrés trésors de ce temple Delphique, ainsi que vous avez fait autrefois. )) Quelle patriotique Hamme met cette jeunesse à vouloir hausser leur France au rang de I'Italie qu'ils admirent et qu'its envient! Quel écho des chaudes causeries de Coqueret dans ces passages agressifs et fameux, OÙ les genres traditionnels de notre poésie sont raiItés, traités d' (I épiceries )) et renvoyés pêle-mêle (( aux Jeux Horaux de Toulouse ou au Puy de Rouen ! )1. Qu'y a-t-il au fond de tant d'éloquence? Un souci assurément très Iou able de l'honneur de la nation, mais aussi Ie besoin de faire place à des jeunes gens pressés, qui se poussent d'emblée au premier rang et veulent que la poésie de leur pays date d'eux. Cette attitude impertinente, la postérité l'applaudit, quand Ie génie I'a justifiée; elle irrite à bon droit les contemporains. Bien des gens, qui sentaient la nécessité d'une réforme et dont un Art poétique récemment publié par I'avocat Sébitet résumait les aspirations modérées, trouvèrent qu'un Ronsard allait trop loin quand iI rejetait avec des formules de mépris tout ce qui fut rimé avant lui: (( L'imitation des nôtres n'est tant odieuse,)) affirmait-il, (I (d'autant que la langue est encore dans son enfance), que pour cette raison je me suis éloigné d'eux, prenant style à part, sens à part, æuvre à part, ne désirant avoir rien de commun avec une si monstrueuse erreur )). On disait ce jeune audacieux II vanteur et glouton de louange)), et du Bellay, de son côté, trouvait dans maint libelle d'ironiques réfutations du sien. Mais, làmême OÙ ils se trompaient, its avaient eu raison de frapper fort: la jeunesse, qu'ils appelaient à eux, ne se rallie qu'aux thèses tranchées et aux convictions bataiileuses.
Tandis que celle-ci leur venait dès la première heure, la cour, déjà régulatrice des mæurs polies et du goût public, penchait à se prononcer contre eux. Les poètes en faveur et leur chef i\lellin de Saint-Gelais, s'étant sentis visés, se défendirent. L' outrecuidance des manifestes, I'étrangeté des formes (I pindariques)) et des mots forgés sur Ie grec, I'obscurité dont un pédantisme naïf enveloppait les allusions my thologiques, tout prêtait à ridiculiser les nouveaux venus. Chez Ie roi, com me chez sa sæur Mar-
ELECIES,