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guerite de France, OÙ les lettrés trouvaient bienveillant accueil. Ie Vendômois fut traité assez durement, II riposta sans ménager personne, et les blessures qu'il sut faire se fussent envenimées, si des admirateurs, qui allaient être ses meilleurs amis. Jean de Morel et Michel de I'HospitaI.
n'avaient pris hardiment sa défense.
lIs obtinrent sa réconciliation avec Saint-Gelais et I'appui de la princesse, qui devint sa plus chère protectrice. Bientôt la cour partagea I'enthousiasme des lettrés. et lorsque parurent les recueils des Amours, des Hymnes, des Poèmes. die adopta Ie jeune maître qu'elle avait vu jadis parmi les pages de ses princes et qui avait voulu. pendant des années, disparaÎtre de sa scène brillante pour apprendre chez les savants Ie métier de poésie.
Ces débuts de la Pléiade mériteront toujours de retenir I'attention.
car ils orientent toute une période de I'histoire des esprits, A partir du moment OÙ I'école s'organise au.
tour de son chef, reconnu I' (( enrichisseur de la langue française II et Ie savant (( architecte des rythmes nouveaux II. elle tente. avec des fortunes diverses. des voies inexplorées, Nos poètes se croient investis d'une sorte de sacerdoce d'art. dont iI ne fut jamais question auparavant.
et dont I'orgueil. qui exalte souvent hors de mesure leurs prétentions, les encourage aussi au labeur consciencieux et désintéressé. Ronsard Ie répète sans cesse en vers et même en prose. par exemple lorsqu'il adresse à un débutant son Abrégé de rArt poétique français : (( Sur toutes choses tu auras les M uses en révérence. voire en smgulière vénération, et ne les feras jamais servir à des choses deshonnêtes. à risées. ni libelles inj urieux; mais les tiendras chères et sacrées comme les filles de Jupiter, c'est-à-dire de Dieu, qui de sa sainte grâce a premièrement par elles fait connaÎtre aux peuplesignorants lesexcellences de sa majesté. II Don du ciel et d'essence divine. la poésie impose à ceux qui s'y livrent. en échange des terrestres avantages et des honneurs qu'ils sont en droit de réclamer. des devoirs particuliers et Ie dévouement de toute leur vie.
Celie de Ronsard. malgré les obligations intermittentes de sa carrière de courtisan, fut vouée plus généreusement que nulle autre au service des Muses. Elle se trouve jalonnée par des livres qui tous ont apporté quelque enrichissement neuf à la poésie de notre pays. Chacune de ces publications est attendue avec curiosité. célébrée avec enthousiasme. parce que ce génie se renouvelle en pleine conscience de soi-même, s'inquiète sans cesse de son propre perfectionnement et n'épuise pas de longtemps sa fécondité.Si I'on ne peut ici Ie suivre à loisir dans ces nobles démarches, on doit marquer du moins les degrés de son ascension.
Dès Ie début, Ronsard s'est placé très haut. Ce n est pas par un recueil de vers d'amour. comme la plupart des poètes du temps, qu'il a voulu s'imposer. En 2épit d'une inexpérience qui n'est point si visible, et d'erreurs qui ne sont point si nombreuses,les Odes de 1550 introduisent chez nous, et du premier coup, Ie grand Iyrisme. L'Antiquité en offrait Ie modèle sous deux formes, auxquelles pour simplifier nous attachons Ie nom de Pindare et celui d'Horace. Le chantre de Lydie et de Phidylé appacaÎt comme Ie premier maître de Ronsard et celui dont l'influence fut la plus durable, Des affinités profondes les rapprochaient; ils avaient en commun leur façon d'envisager Ie plaisir, leur enchantement de la nature et les formes mêmes de leur mélancolie. Mais les odes (( horatiennes II de notre poète, quelque parfaite qu'en fût la forme. n 'apportaient point d'essentielle nouveauté. Tout autres furent les (( pindariques II, qui s'étalent au seuil du recueil et, dans les éditions complétées, garderont la place d'honneur, Dorat. qui les suggéra à son brillaut écolier et lui en offrit
d' abord I' exemple en ses odes latines.
savait quelle libération e1les apportaient à la poésie, capable désormais de mener son vol en plein cieI. II y a excès sans do ute à décalquec Ie strict groupeIDent de la triad
(strophe. antistrophe.- épode). et à imiter naÏvement ce désordre aDparent des poèmes OÙ Ie Thébain honorait les vainqueurs des jeux de la Grèce. leur famiIle et leur cité, Mais quelle grandeur dans la conception du rôle du poète, éducateur des hommes. qui sait dire la vérité aux puissants. flétrir les méchants.
distribuer aux héros les palmes de l'immortalité, et transmettre en sentences majestueuses la sagesse antique! En célébrant la victoire du duc d'Enghien à Cérisoles ou Ie succès de Jarnac dans son duel avec La Chasteigneraye. en louangeant pour I'honneur de la patrie Ie roi Henri. la reine Catherine, I\ladame Marguerite, Ie cardinal de Lorraine et Ie futur chancelier de I'Hospital.
comme aussi ses compagnons les poètes. Ronsard a busait d' u ne my thologie familière aux auditeurs de Pindare. insipide pour des F rançais de son temps. II est obscur avec délice.
pédant avec obstination et Ie savant mécanisme de ses rythmes n'a d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue, Cependant I'ouvrage est vraiment neuf et d'une brillante hardiesse, II fortifie la langue et Ie style sans leur faire violence trop rude; I'élan qui vise toujours les sommets. la constante recherche de la pensée la plus noble. élargissent déjà Ie domaine de la poésie tout entière.
Aux inspirations horatiennes et pindariquess'ajoutèrent bientôt celles qu'offrit à nos poètes la découverte d'Anacréon, Le recueil érotique d'un anonyme alexandrin imprimé par Henri Estienne en 1555. sous Ie nom du poète de Téos. enrichit la poésie du temps de ces thèmes mièvres et gracieusement colorés que les siècles suivants lui empruntèrent. Qui ne connaÎt chez Ronsard I'Amour piqué. I'Amour logé. I'AmouT mouillé. et tant d'odelettes fines. qui lui firent délaisser Ie (( pindarisme II? Mais toutes ces odes, quelles qu'en soient la forme et l'importance, ont un caractère commun, et que partagent même certains sonnets, Ces poèmes ont été conçus par I'auteur pour être chantés. Ie plus sou vent avec un accompagnement d'instruments à cordes. et I'on a les airs de ses muslciens : Certon. Janequin. Goudimel. plus tard Roland de Lassus, On ne doit pas oublier I'usage auquel illes destinait : (I La poésie sans les instruments. disait-il. ou sans la grâce d'une seule ou plusieurs voix. n 'est nullement agréable, non plus que les instruments sans être animés de la mélodie d' une plaisante voix. II Quand les poètes du temps parlent de leur luth et de la lyre qui résonne sous leurs doigts. ce sont des réalités qu'ils invoquent et non la banale image dont leurs successeurs abuseront. Déjà pour I\lalherbe, ces mots n'offriront plus qu'une métaphore. Les odes de la Pléiade, au contraire. sont inséparables de la musique, comme Ie furent celles des Anciens et com me I'étaient déjà. d'ailleurs. les psaumes de I\Iarot et les (( chansons II de son école, Ronsard ne conçoit pas les vers Iyriques autrement que chantés à une ou plusieurs voix, et c'est en vue de la collaboration des musiciens quïl s'attache à certaines particularités métriques, telles que I'alternance rigoureuse des rimes, qui s'impose alors à I'usage, et leur répétition à la même place de la strophe, Ainsi se fixent, pour I'époque OÙ la musique ne les soutiendra plus. une variété de rythmes dont la plupart viendront jusqu'à nous. Ce (( senlier inconnu II. que Ronsard traçait hardiment aux I\Iuses françaises. iI ne pouvail se vanier de I'ouvrir par Ie recueil de:; Amours. Le sonnet commençait à envahir la France, après avoir pullulé en halie, et si l'importance du livre Ie montrait digne du jeune (( prince des poètes II. avant lui déjà du Bellay et Pontus de
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AUTOGRAPHE DE RONSARD, - Poème lalin adressé à Christophe de Thou, premier président du Parlement de Paris (Bibliothèque Nationale, fonds Dupuy, ms, 837).