ROY
Cétait alors à l'Olive que du Bellay aUachait l'espoir de son succès. Ce recueil de sonnets, Ie premier que les libraires de Par:s eussent imprimé (Ie recu::il Iyonnais de Pontus de T yard est de la même année) lui constituait un juste titre à la renommée. Peu importait que presque chaque pièce fût tirée d'un original italien.
EXEMPLAIRE DES <EVVRES DE DU BELLA Y ayant apparlenu à Henri Estienne, qui fa couvert de notes (Bib!. de Lyon),
C'est précisément Ie service que rendaient ces poètes à notre langue, de la faire bénéficier d'un seul coup de toute I'expérience d'un art antérieur et longuement mûri par Ie temps. L'originalité de du Bellay consistait dans l'architecture de son livre, qui s'élevait peu à peu du premier sourire de l'amour à la conversion religieuse de l'amant. Dans Ie détail, il mettait à la disposition de ses confrères, par des modèles déjà excellents de composition et de facture, Ie poème favori des Italiens, Ie moule où depuis deux siècles et demi se coulaient leur ingéniosité sentimentale et leur subtile verbosité. L'Olioe et Ie livre premier des Erreurs amoureuses du futur évêque de Chalon sont deux recueils entièrement composés de sonnets sur un même thème, à la façon des pétrarquistes dltalie. La nouveauté étail importante, Ie petit poème ne s'étant guère présenté quÏsolé chez Marot, Scève ou Saint-Celais. On sait quelle extraordinaire fortune il devait trouver dans notre poésie. Aucune contestation de priorité ne paraÎt s'être établie entre les deux amis de Ronsard, qui avaient travaillé en même temps; ce n'est qu'après la mort de Joachim que Pontus s'avisa de réclamer un droit sur ce point. C'était son meilleur titre de gloile, ce qui l'excuse de s'en être montré jaloux.
Les Erreurs, à vrai dire, ne sont guère inférieures à I'Olioe et lui ressemblent par plus d'un côté. Ces æuvres d'artifice doivent une première part de leur inspiration à la Par/aile Amie d'Antoine Héroët, précurseur avéré de nos poètes; une autre, plus certaine, aux divers Italiens à la mode: une autre, enfin, à ces traités philosophiques de toute sorte qui répandaient chez nous la doctrine platonicienne de I'amour. Du Bellay a cependant une sensibilité trop vive pour n'en pas montrer l'élan, même sous les formes les plus conventionnelles de la pensée, C'est avant tout I'idée abstraite de la beauté féminine et la chaste passion d'un pur amant qui font Ie double thème, un peu monotone, de ces cent quinze sonnets en vers décasyllabiques, qui n'annoncent rien des Regrets. l\1ais ceUe guirlande précieuse ne se déroule point autour d'une image tout à fait fictive; il semble bien que, sans fournir aucune précision. il y caresse Ie souvenir des ten dresses profondes et contrariées de sa )eunesse.
Du Bellay n'a point connu I'éducation par un père leuré. les vives amitiés de I'adolescence. les voyages. les succès de cour, qui ont donné à Ronsard l'élan de son esprit et une connaissance précoce de la vie, U ne existence souvent éprouvée. remplie par des soucis de famille et d'argent, aggravée d'une demisurdité, vouée à une médiocrité de fortune indigne de son nom et de sa haute parenté. voilà ce qu'on devine à I'origine de certains découragements du poète, Ce n'est pas en vain qu'il intitule une plaintive allégorie II Chant du désespéré II, L'aflection de quelques familiers. I'appui fidèle d'un ménage parisien dévoué aux lettres, celui de Jean de Morel. lui apportaient d'appréciables consolations, II en trouvait aussi chez Marguerite de France. sæur du roi. qui l'assista dans ses déceptions littéraires et lui rendit plus d'une fois con fiance en lui-même. princesse d'âme généreuse que toute la Pléiade honore com me Joachim, mais quÏI est seul à célébrer avec