II. - LA TRAGÉDIE
Jodel/e. - L'histoire du théâtre classique, en France, commence aVec la représentation de la Cléopâtre captive de lode/Ie, Etienne lodelle, sieur de L])modin, naquit à Paris en 1532. (e Dès fan 1549, écrit son ami Charles de la Mothe, fon a Vu de lui plusieurs sonnets, odes et charon tides ; et, en fannée 1552, il mit en avant, et Ie premier de tous les François donna en sa langue la Tragédie et la Comédie, en la forme ancienne. II La représentation de Cléopâtre, dans fhôte/ des archevêques de Reims, rue du Paon (et non au collège de Reims, rue des Sept- V oies), a eu lieu, à ce qu'on croit, dans I automne de fan 1552. Une seconde représentation fut donnée au collège Boncourt, rue Bordet, derrière Saint-Etienne-du-Mont, probablement au début de 1553 (nouveau st])le). La tragédie était accompagnée d'une comédie; mais ici on se trouve en présence d'une difficulté, Pasquier, témoin oculaire, nomme deux comédies de lodelle, Eugène et la Rencontre, La Mothe, ami et éditeurde lodelle, n'imprime et ne paraÎt connaÎtre qu'Eugène. Au XVIII< siècle, les 'rères Parfaict (Histoire du théâtre françois, t. III, p. 290) supposent que les deux comédies n'en font qu'une. M. Lanson conjecture au contraire que fEugène Jut joué à rhôtel de Reims et la Rencontre, aujourd'hui perdue, au collège Boncourt, Ces pièces eurent un immense retentissement. Le roi, qui assistait à la représentation de fhôtel de Reims, donna au poète cinq cents écus. Au carnaval de 15531es amis de lode/Ie célébrèrent la résurrection de fart de Sophocle par un banquet à Arcueil, l/s y offrirent au premier tragique Jrançais un bouc couronné de !leurs.
lodelle composa encore une Didon, qui fut jouée on ignore aVec que! succès. C'était un vrai personnage de la Renaissance, non seulement bon poète, mais grand architecte, très docte en peinture et en sculpture, et de plus éloquent et habile aux armes. Mais méprisant en phi/osophe (e toules choses externes II, connu et recherché malgré lui, il tomba dans une extrême misère et mourut au mois de juillet /573, en reprochant son indigence au roi. Son ami Charles de la Mothe publia ses æUVres en 1574. Elles ont été publiées à nouVeau par .'Harty-Laveaux (collection de la Pléiade française), 1868. L'EXPOsITION de Cléopâtre captive est faite par I'ombre d'Antoine, Ce spectre nous confie qu'il a ordonné à Cléopâtre de se tuer
pour ne pas figurer au triomphe d'Octavien, Cléopâtre vient ensuite nous apprendre qu' elle a décidé de mourir; ses femmes I'en dissuadent en vain, et Ie chæur chante les retours de la destinée. C'est là tout Ie premier acte. Le deuxième est occupé par un conseil, comme les aimera Corneille, entre Octavien et ses fidèles, Octavien voudrait empêcher Cléopâtre de se tuer, pour qu'elle orne son triomphe, Le chæur déplore Ie sort de Cléopâtre.
Ainsi Ie premier acte nous a montré Cléopâtre, Ie second acte Octavien : il reste à les affronter, et c'est I'office du troisième acte : Cléopâtre vient implorer Octavien.
Mais iI y a dans ce troisième acte quelque chose de plus: une véritable péripétie, que I'auteur a trouvée, iI est vrai, dans Plutarque, mais dont il a bien démêlé l'intérêt dramatique. Au moment OÙ Cléopâtre se dit pauvre, son intendant Seleucus dénonce la fraude. Octavien pardonne néanmoins. On sait déjà qu'il n'est pas sincère et que toute sa mansuétude ne vise qu'à conserver sa captive vivante. Cléopâtre de son côté est résolue à se tuer. Le chæur n'en doute pas, et elle-même nous I'apprend au début du quatrième acte. Cet acte est consacré aux préparatifs Iyriques de sa mort : adieux à ses suivantes, ceremonie suprême au tombeau d'Antoine. La mort a lieu dans I'entr'acte, et Ie dernier acte en est Ie récit. Deux actes de présentation: Ie premier de plainte, Ie second de conseil; puis un acte mouvementé, rempli d' un conAit dramatique; ensuite un grand acte Iyrique solennellement déroulé; enfin Ie récit final : beaucoup de tragédies ultérieures auront une ordonnance moins heureuse.
C'est un trait singulier de I'histoire du théâtre que les auteurs apparaissent à I'ordinaire par groupes et par constellations, lesquelles sont séparées par des espaces vides, Et ce n'est point par métaphore que I'on parle de générations littéraires. II y a véritablement une génération de 1550, et pendant une vingtaine d'années les æuvres tragiques se succèdent : après la M édée de la Peruse et I'Agamemnon de T outain, vient la Sophonisbe de Saint-Gelais, imprimée en 1559. Le César de Grévin, I'Aman de Rivaudeau, la Sultane de Bounyn, I'Agamemnon de Ie Duchat, datent de I'année 1561; en 1563, Claude Rouillet compose Philanire; N, Filleul, Achille; }ean de la T aille, Saül Ie furieux. Cette pièce, qui paraÎtra seulement en 1572, est précédée d'une épÎtre dédicatoire à la princesse Henriette de Clèves, sous ce titre: De I'art de la tragédie. e( Son vrai sujet, explique I'auteur, netraite que de piteuses ruinesdes grands seigneurs, que des inconstances de la fortune, que bannissements, guerres, pestes, famines, captivités, exécrables cruautés des tyrê.ns : et bref, que larmes et misères extrêmes. II En un mot, la tragédie est fondée sur Ie fait et ce fait doit être (( si pitoyable et poignant de soi, qu'étanl même en bref et nument dit, engendre en nous quelque passion I). - }ean de la Taille ajoute:
(( I I faut toujours représenter I'histoire ou Ie jeu en un même jour, en un même temps et en un même lieu. II En 1566, Filleul publie sa Lucrèce, des I\lasures ses trois David; en 1567, Florent Chrétien traduit en français la I ephté de Buchanan;
L E S OE V V RES &. l\Jel1.mges Pocnques D'E S TIE N N E 10 DEL L E
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