LE SEIZI EM E SI ECLE
en 1568. Rob rt Garnier publie sa première pIece, Parde; toute son æuvre suit jusqu 'en 1583. En 1571. Guersens écrit Panthée. En 1573. Jean de la Taille donne les Gabéoniles. Jacques de la Taille un Alexandre et un Daire. (La liste complète des tragédies régulières de 1552 à 1604 a été donnée par M, Lanson dans son Esquisse. p, 27.)
Jacques Grévin, - La première tragédie imprimée est Ie César de Grévin. facques Grévin est né en 1538, à Clermont en Beauvaisis, de parents de condition modeste. Vers 1550. il entre comme écolier au collège de Boncourt, Jl en sort maître ès arts en 1556, et commence des études de médecine. Jl donne au collège de Beauvais. Ie 5 février 1559 (nouveau style), une comédie. la Trésorière. et Ie 16 février 1561. la tragédie de César et la comédie des Esbahis. Le 14 juin, il reçoit Ie grade de licencié en médedne, et deux jours plus tard, il publie son Théâtre, Mais il renonce désormais à la poésie dramatique; deux passions rempliront Ie reste de sa courte vie: la médecine et les querelles religieuses. Jl est fail docteur, ce qui étail un grade élevé et rare. Ie 16 mars 1563; il publie un trailé d'anatomie en 1562, soutient une po/émique sur l'antimoine, donne encore un Traité des venins et diverses traduclions. Jl s'était converti de bonne heure au protestantisme, et il avail été contraint de se réjugier en A ngleterre , pendant qu'il préparail sa licence, Jl y retourna au début de la seconde guerre de religion, en 1567. Jl ne devait pas revoirla France. D'Angleterre il passa aux Pays-Bas, puis entra dans la maison de la duchesse de Savoie. dont il devint Ie médecin ordinaire. II mourut à Turin, âgé de trente-deux ans, Ie 5 novembre 1570. - Voir L. Pinvert. Jacques Grévin, étude biographique et littéraire, 1899; Ie même auteur a donné une édition : Théâtre complet et poésies choisies de Jacques Grévin. 1922.
LE César de Grévin est construit sur les mêmes principes que la Cléopâtre de Jodelle. 1\ y a deux actes d'exposition; Ie premier nous montre César. lequel se fait connaÎtre dans un long monologue, procédé qui durera jusqu'à CorneiIIe ; Ie second met en scène les conjurés qui tiennent un conseil. mêlé de beaucoup de déclamations, quelquefois assez belles. Le troisième acte est, comme chez Jodelle. I'acte de la péripétie, Ie seul où iI y ait une véritable action dramatique.
La femme de César, Calpurnie, a vu Ie meurtre en songe, et elle conjure son mari de ne pas sortir, César, par amitié, va céder; à ce moment Ie chef des conjurés, Decimus Brutus, intervient perfidement. fait honte à César de sa faiblesse, Ie pousse à la mort : Ie moment est vraiment pathétique. L'assassinat a lieu entre I'acte III et I'acte IV, ce qui étonne nas idées modernes. Le quatrième acte est occupé par Ie récit du meurtre que fait un messager; Ie cinquième. par une proclamation des conjurés.
Presque tout Ie matériel de la tragédie c1assique est dans ces premiers ouvrages : sujet romain ou fabuleux, drame formé d'une délibération du principal personnage avec lui-même, fierté des caractères, conseils, songes, maximes, dialogue vers à vers. 1\ manque I'art d'entre-choquer et d'atfronter ces éléments. et, si ron peut dire, de leur imprimer un dynamisme. Enfin Ie XVII e siècle introduira dans cette tragédie I'amour qui, à I'origine, n'y paraÎt que rarement et sous la forme d' une catastrophe.
Après 1582, la veine tragique est à peu près tarie. Non que Ie nombre des pièces publiées décroisse. Dans les vingt-deux ans qui séparent la dernière tragédie de Garnier et la première de Montchrestien, iI en paraÎt vingt-quatre. Mais elles ont peu dÏntérêt et on ne peut guère retenir que trois noms: Pierre Mathieu publie une Esther en 1583, et quatre autres pièces en 1589: Pierre Brisset publie cinq tragédies en 1589; enfin, Ollenix de Mont-Sacré lai:;se une douzaine de pièces.
Ollenix de Mont-Sacré, gentilhomme du Maine, est Ie pseudonyme de Nicolas de Montreux, qui naquit à Sablé en 1561. étudia à Paris, et composa adolescent une série de tragédies : Ie feune Cyrus, Annibal, Camme, Paris et ænone, et de comédies : foyeuse, la Décevante, la Fleur de L1Js. Le feune Cyrus fut représenté à Poitiers. A partir de 1591, Montreux, bibliothécaire du duc de Mercæur, habite Nantes. 1\ écrit alors. en même temps que des romans, des pastorales: Athletie, Diane, Arimine, CeUe dernière pièce fut jouée dans la grande salle du château de Nantes, Ie 22 février 1596, La représentation fut magnifique, Chacune des quatre coulisses était formée par un prisme pentagone, dont chaque face correspondait à un décor, II Le fond s'ouvrait pour rendre à la vue des spectateurs les choses qu'on avait besoin de tirer de dessous la terre. II
Le premier plan était fait d'un côté par la grotte d'un magicien, de I'autre par un rocher, d'où sortaient, au commandement du magicien, des feux. des eaux, des Heurs et des choses animées. Les frises étaient tendues d' un ciel étoilé, Les pentagones des coulisses étaient destinés sur une face à la pastorale elle-même, et sur les autres aux intermèdes. qui représentaient la lutte des géants contre Jupiter (décor de rochers), I'enlèvement d'Hélène (décor de Mycènes. avec la mer et les nefs de Pâris). la délivrance d'Andromède (décor de bocages). la descente d'Orphée aux enfers (décor de I'entrée des enfers), La pièce était une peinture de ces amours en cascade que la pastorale léguera à la tragédie et que nous reverrons dans Andromaque. Clondan aime Clorise, qui aime Arimine, qui aime Alphise, qui. enlevée par un sauvage. et délivrée par Floridor, aime ce Floridor, Un magicien. qui aime Alphise, pétrifie Floridor et Alphise. Arimine. qui aime Alphise, veut se tuer, Clorise. qui aime Arimine, exige que Cloridan. qui aime Clorise, sauve Arimine, Cloridan obéit. mais veut à son tour se tuer, Clorise. touchée, l'épouse. Alphise et F\oridor, dépétrifiés, s'épousent aussi. En 1598. Ollenix de Mont-Sacré. reconnaissant au duc de Mercæur de la représentation de 1596, lui dédie I'æuvre de la Chasteté..,. ensem /e la tragédie de Cléopâtre. En 1601, iI publie Sophonisbe et Joseph Ie Chaste.
De 1552 à 1582. la tragédie avait duré trente ans. et cette durée est longue pour un genre dramatique qui vit dans des conditions anormales sans contact avec Ie public. et dont les æuvres ne sont représentées que par occasion. devant des spectateurs peu nombreux. au collège, chez des grands ou à la cour. Encore les représentations de cour sont-elles très rares à partir de 1567. soit que la tragédie ennuyât. soit que Catherine de Médicis ait cru. comme Ie dit Brantôme, que la Sophonisbe avait porté malheur aux affaires du royaume.