AGRIPPA D'AUBIGNÉ
Théodore-Agrippa d'Aubigné naquit en fhôtel Saint-Maur")), près de Pons en Saintonge, Ie 8 février 1552, II fut dès fenfance calviniste ardent. II étudia surlout à Genève, sous Théodore de Bèze. A partir de 1573, il s'atiacha au jeune roi de Navarre, qui Ie prit d'abord comme écu"))er, puis femplo"))a à d'importantes négocia/ions et lui confìa de grands emplois, civils ou militaires, Dans les combats et dans les conseils, d'Aubigné Ie servit toujours en serviteur fìdèle, mais grondeur et autoritaire. F;carté de la cour après la mort de Henrr I V" il composa dans sa relraite la pluparl de ses ouvrages, II se fìxa à Genève en 1620 et ")) moumt Ie 9 mai 1630.
Le recueil de ses vers de jeunesse, son Printemps, n'a été publié (par les soins de Ch. Readlqu'en 1874,-Son Histoire universelle (qui va de fan 1550 à ran 1601), publiée d abord en 1616-1620, a été réimprimée dans une édition procurée par les soins du baron Alphonse de Ruble (Publica/ions de la Société de fhis/oire de France), 9 vol., 1886-1897. - Son pamphlet in/i/ulé les Aventures du baron de Fænes e, où, comme il dit, II un esprit lassé de discours graves et lragiques s' est voulu récréer à la description de ce siècle en ramassant quelques bourdes vraies H, a pam d'abord en 1617 : Prosper Mérimée fa réédi/é (Bibliothèque elzévirienne, 1855), - Son au/obiographie, Mémoires de la vie de Théodore-Agrippa d'Aubigné, a é/é publiée pour la premiÈre 'ois par Ludovic Lalanne en 1854 (2' éd., 1889). - L'édi/ion princeps de ses Tragiques (1616) est intitulée les Tragiques, donnez au public par Ie larcin de Prométhée. Au Dézert. Par L. B. D. D. (Ces initiales signifìent (( Ie Bouc du Désert H). - c..:ne édilion de ses CEuvres complètes a été entreprise par Eugène Réaume et de Caussade : six volumes seulement en ont pam, de 1872 à 1892, Les manuscri/s de d'Aubigné, conservés pour la piu-
LA LlTTERATURE DES GUERRES DE RELlGIO:\ - 193
oí".
AGRIPPA D'AUBIGNÉ musée de Bâle),
part au château de Bessinges, près Genève, n' ont pas encore été intér;ralement publiés.
Voir S. Rocheblave, Agrippa d'Aubigné, 1910; la Vie d'un héros, 2 éd" 1913.
LA PLÉIADE avait failli couper les communications de la littérature avec la vie, I'isoler dans l'imitation des Anciens. Hélas! les guerres de religion vont forcer les poètes à s'inspirer des plus violentes passions qui aient jamais ému ia France, Ronsard Ie premier est descendu dans I'arèn , !\lais Ronsard était papiste, et c'est de la cour qu'il a regardé la guerre et ses horreurs.
Agrippa d'Aubigné lui répliquera en huguenot et en so!dat, Jean d'Aubigné, son père, qui avait été I'un des chefs de la conjuration d'Amboise (1560), devait recevoir peu après, dans la première guerre de religion (1562-1563), une blessure mortelle. Au lendemain du supplice de ses compagnons, les conjurés d'Amboise, il avait montré à son fils, alors âgé de huit ans, leurs têtes tranchées, encore reconnaissables sur la potence :
(( !\]on enfant, lui avait-il dit, il ne faut pas que ta teste soit espargnée après la mienne pour venger ces chefs pleins d'honneur, Si tu t"y espargnes, tu auras ma malédiction. II Jamais leçon ne fut mieux entendue, A dix ans, com me I'enfant, fuyant la persécution, errait de ville en ville avec son précepteur et la famille de ce précepteur, leur petite troupe fut capturée par un parti ennemi. Agrippa étonna les catholiques par la fermeté de ses réponses. lis Ie menaçaient du bûcher : il répliqua que (( I'horreur de la messe lui ôtait celie du feu II et dansa une gaillarde devant eux, On Ie plaça dans un collège de Genève sous la di ection de Théodore de Bèze, II s'en échappa et rejoignit les siens, Quand éclata la seconde guerre civile, - il avait quinze ans, - on fut obligé de I'emprisonner pour I'empêcher d'aller se battre, Au début d la troisième guerre, il faut Ie garder aussi étroitement. Chaque soir s:m tuteur fait enlever ses hardes et fermer à clef sa porte. I\]ais lorsquïl s'agit de tels caractères, aucune précaution ne vaut : Agrippa d'Aubigné se fait une corde de ses draps, saute en chemise par la fenêtre et se sauve dans la nuit. Dès lors la guerre Ie tient. Pourtant son zèle religieux semble, durant quelques années, se relâcher. II écrit des vers, et sa première !\Iuse est la Muse païenne de Ronsard, II célèbre, à I'imitation du Vendômois, Diane Salviati, la propre nièce de celie que Ronsard a célébrée sous Ie nom de Cassandre :