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Ronsard, si tu as sceu par tout Ie monde espandre L'amitié, la douceur. les tlraces. la lierté, Les faveurs, les ennuys, I aise et la cruauté, Et les chastes amours de toy et ta Cassandre, Je ne veux à I'envy pour sa niepce entreprendre O'en rechanter autant com me tu as chanté, r....1ais je veux comparer à beauté la beauté, Et mes feux à tes feux, et ma cendre à ta cendre,.. Après la Saint-Barthélemy, réfugié auprès du chevalier Bernard Salviati, qui est un papiste, il chante aux pieds de son Omphale, tandis qu'on se bat à La Rochelle. Puis on Ie retrouve à la cour de France en qualité d'écuyer de Henri de !\:avarre, qui a passé au catho, licisme, et il est obligé, lui aussi, de feindre une conversion. Son Printemps, I'æuvre païenne de sa jeunesse, est entaché de cette préciosité italienne qui régnait alors au Louvre. Si I'on en veut une preuve, on n 'a qu 'à choisir; et par exemple, dans Ie sonnet où il propose à Diane de cultiver avec elle un beau jardin de Heurs Mes yeux I'arroseronl, et seront la fontaine; II aura pour zéphirs mes soupirs amoureux,..
Au moins d'Aubigné a-t-il appris, en composant ce livre, I'art d'écrire en vers : il a ravi à la Pléiade I'arme qu'elle avait forgée. Bientôt Ie huguenot se réveille en lui, En février 1576, comme Catherine de Médicis retenait auprès d'elle Henri de Navarre étroi-
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tement surveillé, il Ie fait évader au cours d'une chasse, I'anime à abjurer une seconde fois, Ie replace à la tÊte du parti réformé. D'Aubigné a-t-il vraiment, à ces moments décisifs, tenu dans ses mains I sort du parti, comme il se I'est imaginé par la suite? Quoi qu'iI en soit, ils exercèrent sur son âme et sur sa destinée une inAuence qui compte. Désormais, il se persuade qu'il est un instrument de Dieu, choisi par lui pour travailler au salut de I'Église. Conseiller des réformés, agent diplomatique, capitaine, il est sans cesse sur la br che. En septembre 1577, il peut se vanter d'avoir reçu déjà douze blessures pour Ie service de son maître. II continuera à Ie s rvir ainsi, jusqu'au jouroù Henri IV consommera sa grande II trahison ".
Au cours de ces années de dévouement à sa cause, tous les germes de grandeur déposés en lui par la nature et par I'éducation se sont épanouis magnifiquement. Sans doute sa loyauté se mêle d'ostentation, sa bravoure de jactance, son indépendance d'orgueil.
I\'lais, jusque dans sesdéfauts, il incarne I'âme du parti huguenot: âme de héros, qui va s'exprimer maintenant dans ses T ragiques.
II a conçu ce poème en pleine guerre, II était blessé grièvement, quand il se mit à en dieter les premiers vers, doutant alors si la mort ne viendrait pas bientôt l'interrompre, Plus tard, c'est au milieu des camps qu'il continuera Muse française n'avait été à pareille école,
son ouvrage, Jamais I" II Ie dit fièrement :
Je n'escris plus les feux d'un amour inconu, Mais par I affjiction plus sage devenu, Jentreprens bien plus haut, car j'apprens à ma plume Un aulre feu, auquel la France se consume, Ces ruisselels d'argent, que les Crecs nous feignoyent, Où leurs Poëtes vains beuvoyent et se baignoyent, N e courenl plus ici; mais les ondes si claires Qui eurent les sapphirs et les perles conlraires Sont rouges de nos morls; Ie doux bruit de leurs E1ots, Leur murmure plaisant heurte contre des os, T elle est, en escrivant. ma non-commune image: Autre fureur qu'amour reluit en mon visage, Sous un inique Mars, parmi les durs labeurs Qui gâtent Ie papier et encre de sueurs, Au lieu de Thessalie aux mignardes vallies, Nous avortons ces chants au milieu des almées, En délassant nos bras de crasse toul rouillez, Qui n'osent sesloigner des brassards despouillez, Le IUlh que j'accordois avec mes chansonnelles Est ores estouffé de I' esclat des trompelles : Icy Ie sang n'est feint, Ie meurlre n'y defaut, La mort joue elle mesme en ce trisle eschaffaut; Le Juge criminel tourne et emplit wn urne; Oïci, la bolle en jambe, et non pas Ie cothurne, j'appelle l\Ielpomène en sa vive fureur...
Point de plan: point de modèles : les Tragiques ne se classent dans aucun genre défini, D'Aubigné ya déversé pêle-mêle les passions d'un cæur tro;> plein, et son désordre a sou vent choqué des esprits façonnés par la discipline classique, Mais ce poète peut bien se passer d I'ordre et de la mesure, s'il au int au sublime; il peut bien manquer de talent, s'il ne manque pas de génie, Une inspiration Iyrique domine son premier livre, les Alisères. Le réalisme des peintures et aussi I'accent de certaines prières en font la vigoureuse originalité. !\]ais cette inspiration est plus trouble que chez Ronsard, moins égale. Avec les livres II et I II, les Princes et la Chambre dorée, c'est la satire, c'est l'indignation à la manière de J uvénal, qui font leur entrée dans la poésie française: jamais jusque-Ià un aussi beau torrent d injures n'avait roulé avec pareille impétuosité. Dans les derniers livres enfin, I'inspiration épique I'emporte sur les autres: dans ce livre des Feux, par exemple, où d'Aubigné célèbre la constance des martyrs huguenots :
Le prinlemps de I'f.glise et I'esté son! passés, Si serez vous par may. verds boutons, amassés; Encor esclorrez vous, E1eurs .i franches, si vives, Bien que vous paroissiez dernieres et tardi yes !