LE SEIZI EI\I E SI ECLE
teurs politiques de la France, 1888: - G. Picot, Histoire des Ë.tats généraux, 1888.
L'orateur Ie plus célèbre du X V I siècle est Michel de fHospital (1505-1573), qui lut chance/ier de France de 1560 à 1568. L'éJition la plus récente de ses <Euvres est celie qu'a publiée Duley de I'Y onne, 6 vol., 1824.( Voir H, Amphoux, Michel de 1 Hospital et la liberté de conscience, 1900: Dupré Lasa/e, Michel de I'Hospital avant son élévation au poste de chancelier de France, deux parties, 1875 et 1899,) Parmi les nombreux publicistes de fépoque, signalons fhumaniste Louis Ie Roy (1510-1577), auteur d'une traduction avec commentaire de la Politique d'Aristote (1576), et la Nouc (1531- 1591), qui donna en 1587 ses Discours politiques et militaires.
( Voir H. Becquer, Louis Ie Roy, 1896, et Henri Hauser, François de la Noue, 1892.)
LES PROGRÈS du pouvoir absolu en France avaient peu à peu imposé la doctrine de la souveraineté de droit divino Deux courants de pensée vont brusquement I'assaillir. L'un vient de I' antiquité profane, qui avait célébré les Harmodius et les Brutus; I'autre de l'Ë.vangile, interprété par les réformés.
Bien que Luther et Calvin se fussent à I'origine montrés respectueux des autorités politiques, iI y avait dans Ie précepte (( Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu)) un principe dïndépendance peu compa tible avec I'idée du pouvoir absolu des rois. Les catholiques à leur tour s'élèveront contre ceUe idée, quand la monarchie leur semblera renoncer à défendre I'unité religieuse.
Dans Ie Contr'un d'Ë.tienne de la Boétie, c'est une inspiration venue de I'Antiquité qui a ressuscité la doctrine, bien connue d'ailleurs au moyen âge, de la souveraineté populaire, Le thème est fourni par un texte de Plutarque: des réminiscences d'Hérodote, qui oppose la liberté grecque à la tyrannie perse, ou de Tacite, qui Aétrit les empereurs, servent à Ie développer, Pourquoi, demande la Boétie, les sujets, au lieu d'opposer au tyran un (( non)) collectif. se complaisent-ils dans une servitude volontaire? En républicain d'Athènes ou de Rome, pour qui la liberté est de droit naturel, il ne voit là qu'une déformation morale, imputable à des mobiles dont iI dénonce la bassesse. L'intérêt du Contr'un n'est pas dans I'analyse, parfois un peu sommaire, de ces mobiles, mais dans I'indignation juvénile qui inspire à la Boétie de chaudes tirades en I'honneur de la liberté. On a maintes fois et péniblement recherché dans son ouvrage des allusions à des faits contemporains, à des préoccupations d'actualité, qui I'auraient suscité; on a voulu y voir, par exemple, une protestation contre la répression de la révolte des Bordelais en 1548, ou encore une critique du machiavélisme.
C'est en fausser I'esprit. Ë.crit avant la bataille, Ie Contr'un estl'æuvred'unjeune homme qui n 'a encore vécu que dans les livres; c'est une dédamation d'école, ardente, mais d'une ardeur toute liuéraire.
Le Mémoire sur I'Mit de janvier, que la Boétie composa un an avant sa mort, montre bien qu'il n'avait rien d'un révolté; qu'il fut
un sujet loyal, dévoué à la chose publique. Son Contr'un ne devint séditieux que du jour où, en pleine mêlée, les protestants Ie publièrent et que leur passion Ie transfìgura.
A partir de la Saint-Barthélemy, les polémistes du parti réformé n'affectent plus de s'en prendre aux Guises seulement : puisque Ie roi s'est souillé du sang de ses sujets, c'est la souveraineté du roi quïls rejeuent. En sa Franco- Gallia, Hotman s'efforce de ruiner I'absolutisme par I'histoire, car il prétend ne rencontrer dans la suite des sièdes qu'une forme unique de gouvernement : la monarchie constitutionnelle et élective, Cétait refaire I'histoire au gré de ses désirs et I'on a dit avec esprit quO (( Hotman bâtitl'utopiedu passé)), Duplessis.Mornay considère ces problèmes non plus en historien, mais en théoricien : il développe lïdée d'un contrat politique, corollaire de la souveraineté populaire, etla pousse jusqu'à ses conséquences extrêmes, jusqu'à prodarner Ie droit à la rébellion et au tyrannicide. Ces doctrines, qui passent des livres en latin à d'innombrables pamphlets en langue vulgaire et que la Ligue adoptera, devancent et préparent les écrits des Althusius et des Grotius et Ie Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, Mais contre ces doctrines se préparent des ripostes loyalistes. L'avocat Jean Bodin est un bourgeois que I'anarchie montante a inquiété. Lui qui naguère (dans la Méthode de I'histoire, 1566) prodamait les droits imprescriptibles de la nation, sent maintenant Ie devoir de défendre I'autorité royale. II publie, en 1576, un gros in-4 0 , la République, dont Ie titre, pris à Platon, et toutes les allures indiquent qu'au milieu de controversistes passionnés et de violents pamphlétaires, I'auteur se fait fort de retrouver la sérénité des antiques philosophes. La République est essentiellement une réplique à la Franco-Gallia d'Hotman, c'est-à-dire qu'elle s'applique à ruiner lïdée de souveraineté populaire. Mais Bodin s'oppose aussi, par un effort contraire, à la doctrine de I'absolutisme, dont Machiavel, tenu pour responsable de la Saint-Barthélemy, passait alors pour Ie théoricien, Sa réfutation de Machiavel est puissante, d'abord parce qu'elle repose sur une enquête historique plus large que celie du Florentin et qui s'étend à un plus grand nombre d'institutions et de constitutions; puis, parce qu'au premier rang des facteurs politiques, Bodin place des forces trop méconnues par I\lachiavel : les forces morales, religion, droit, justice. La critique des deux théories extrêmes, celie d' Hotman et celie de Machiavel, Ie conduit à dégager une conception moyenne, celie d' une monarchie puissante, mais modérée et contenue par div rs freins, entre autres par Ie droit qu'il reconnaÎt aux Ë.tats généraux de consentir l'impôt. La République de Bodin répondait aux besoins des hommes les plus sages du pays; elle exprime à merveille les aspirations de ce parti des (( politiques I), qui va grandir au détriment des partis violents et qui sortira triomphant des guerres civiles.
Comme ils vivifìent les doctrines, les malheurs du temps exaltent I'éloquence politique. Deux vertus que Ie chancelier de I'Hospital pratiqua toute sa vie, la tolérance et la justice, font aussi la grandeur de son éloquence.
Sans doute, c'est à Jean B0din qu'il appartiendra d'éta-
MICHEL DE L'HOSPITAL. - Peinture du XVl e siècle (musée Condé, à Chantilly).