‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 258 sur 402 · JEAN BODIN · texte numérisé non relu

JEAN BODIN

FRANÇOIS DE LA NOUE. (8, N., Cabinet des Estampes).

blir les bases philosophiques de la tolérance; dans son Heptaplomeres, ce curieux dialogue entre sept personnages appartenant à sept religions différentes, it s' élèvera jusqu'à la notion d'une religion naturelIe qui engloberait et concilierait tous les cultes. Mais un quart de siècle plus tôt, à une époque où ceUe idée était encore singulièrement hardie, Ie chancelier de I'Hospital s'était efforcé de la faire passer dans la pratique. Ses harangues de Pontoise, de Saint-Germain, de Poissy - sans parler de celIe d'Orléans, si sou vent citée, - proclament avec une admirable fermeté Ie devoir de tolérance religieuse. Et pour la justice, en même temps que ses ordonnances tentent de corriger les abus, ses discours aux parlements quïl vi site rappelIent les magistrats au sentiment de leur mission.

II n'y abuse pas, comme d'autres orateurs, des réminiscences de I'Antiquité. Le ton de ses harangues est simple: la bonhomie des alIures fait passer la réprimande; et I'honnêteté transparente d'une grande âme tient lieu de tous ornements. C'est pourquoi I'on a dit que I'éloquence du chancelier, tout leuré qu'it fût et délicat auteur de vers latins, se rattache plus à la tradition nationale qu'à la Renaissance. Et c'est sans doute aussi pourquoi Ie président du Vair n'a pas nommé I'Hospital dans son Traité de J'éloquence. Mais ne nous y trompons pas: ceUe sobriété vigoureuse porte la marque de la culture classique, Lorsque, disgracié, I'Hospital ne put plus servir ses idées par la parole et par I'action, il les servit par la plume. Aucune æuvre n'honore plus sa mémoire que son courageux Discours sur la pacification des troubles de l'an 1567, et jamais il n'a dit sa foi dans la tolérance avec plus de force qu'à I'heure où ceUe foi I'écartait du pouvoir, Beaucoup d'autres écrivains se piquent dïndiquer des remèdes aux malheurs du temps; mais la ferme pensée de I'Hospital ne se retrouve pas chez eux, Louis Ie Roy, dans son Exhortation aux Français de vivre en concorde (1570), ne donne guère que les conseils d' une prudence banale.11 a beau prétendre à la philosophiede I'histoire dans sa Vicissitude ou Variété des choses en l' Univers (1575) : son mérite reste celui d'un vulgarisateur, II a traduit Platon; il a, traduisant Aristote, fait connaÎtre I'æuvre du fondateur de la science politique et décrit un grand nombre de constitutions anciennes et modernes. Ni ces indications, ni ces matériaux ne seront tout à fait perdus. Les Discours politiques et militaires de la Noue offrent un tout autre caraclère. II s'agit de I'æuvre d'un soldat. Pendant vingt ar.s, à travers milIe aventures, la Noue a combauu pour sa foi protestante. Captif, it occupe ses loisirs à écrire sur les souffrances de son pays. Son amour de la France, sa loyauté, son large esprit de tolérance, forcèrent I'admiration de ses adversaires eux-mêmes, Ses qualités de cæur auraient assuré la durée à ses écrits, si I'esprit critique n'y faisait trop sou vent défaut.

cessé jusqu'à sa mort de remanier son ouvrage, en sorte qu'i/ nous est parvenq en trois états. L'édition publiée par Ie baron de Ruble pour la Société de l'histoire de France (1864-1867) les a arbitrairement amalgamés. lis sont au contraire bien distingués dans l'édition P. Courteault, dont deux volumes ont pam (/911-1916). Voir P. Courteau It, Blaise de Monluc historien, étude sur Ie texte et la valeur historique des II Commentaires )), 1907, et P. Courteault, Un cadet de Gascogne au XVI C siècle : Blaise de Monluc, 1909. Les Historiæ sui temporis libri CXXXVIII de Jacques-Auguste de Thou (1553-1617) ont pam en cinq parties (7 vol. in-folio), de 1604 à 1620; ils ont été traduits en français (16 vol, in-4") en 1734.

Voir J. Rance, De Thou, son Histoire universelIe et ses démêlés avec Rome, 1881.

Dans Ie même temps, des budits étudient Ie passé de notre nation : Etienne Pasquier (1529- 1615) compose ses Recherches de la France, qui commencent à paraitre en 1560 (l'édilioncomplète, livres I-X, est l'édition posthume de 1621). Claude Fauchet (1529- 1601) publie en 1579 ses Antiquités gauloises et françoises, en 1581 son Recueil de I'origine de la langue et poésie françoise, rime et romans. Sur ces écrivains, voir notre chapitre I ' , Du Haillan donne en 1576 une Histoire générale des rois de France, qui fera longtemps autorité (dernière édition, 1627). Voir Paul Bonnefon, I'Historien du Hail- Ian (Revue d'histoire liUéraire de la France, 1915),

BLAISE DE MONLUC, - f.cole de Clouet.

Cl. Giraudon.

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