AVEC PRIVILEGE
LES <EUVRES DE LA BOÉTlE, éditées par les soms de son ami Montaigne
DE SA RETRAtTE, on a donné plusieurs explications. Voulait-il, libéré de tout emploi, se tenir à la disposition de la fortune si elle l'eût ap;:>elé ? s'offrir aux grands s'i1s voulaient bien accepter ses services? Le fait est que nous Ie trouvons d'abord à la cour et que Ie roi lui confère en 1571 I'ordre de Saint-Michel.
Voulut-i1 vivre en seigneur sur ses terres, suivant la tradition paternelle ? II parlera, non sans fierté, de la souveraineté du gentilhomme rural en France, véritable roi dans ses domaines. II eut aussi une déception. La Chambre des enquêtes, OÙ iI siégeait, était la moins élevée en dignité des chambres du Parlement. II souhaitait d'occuper un poste à la Grand'Chambre : on Ie lui refusa, parce que son beau-frère y siégeait déjà, et on l'informa en outre que l'accès de la T ournelle, OÙ siégeait un autre de ses parents, lui serait pareillement interdit, Ce sont ces déboires sans doute qui achevèrent de dégoûter de la magistrature (( l'homme Ie moins chicaneur et praticien de la terre n, comme l'appelle Pasquier. Mais, plus probablement, il voulut se ménager la retraite du sage, Lire et méditer à la manière d'un philosophe antique, et penser librement, loin des occupations communes, voilà ce qui Ie séduisit. Qu'on lise, en effet, son engagement solennel envers les Muses, lïnscription en latin qu 'au premier retour de son anniversaire iI fait graver dans son cabinet de travail: (( L'an du Christ 1571, à l'âge de trente-huit ans, la veille des calendes de mars, anniversaire de sa naissance, Michel de MOiltaigne, depuis longtemps déjà ennuyé de l'esdavage de la cour du Parlement et des charges publiques, se sentant encore dispos, vint à part se reposer sur Ie sein des doctes vierges dans Ie calme et la sécurité: iI y franchira les jours qui lui restent à vivre. Espérant que Ie destin lui permeUra de parfaire ceUe habitation, ces douces retraites paternelles, i1les a consacrées à sa liberté, à sa tranquillité, et à ses loisirs. II Sur les travées de sa (( librairie )1, tout autour de lui, iI a fait graver de même des inscriptions que ses yeux rencontreront toujours : ce sont des sentences philosophiques qui condensent l'expérience des sages. Elles disent la vanité de l'homme,lïnutilité de notre savoir, la folie de notre présomption, Telles sont les pensées avec lesquelles il veut vivre.
C'est là que notre imagination aime à se représenter "auteur des Essais, dans ceUe (( librairie )) qu'il a aménagée lui-même au haut