LE SEIZI EI\I E SI EC LE
de sa tour, pour abriter sa méditation, pour se soustraire à la (( communauté et conjugale et liliale et civile )). II est assis devant sa table de travail, feuilletant son cher Plutarque ; ou bien, tout en marchant de long en large, il (( remâsche )) la lecture qu'il vient d'achever. II est comme enveloppé de ces mille volumes qui, rangés sur des pupitres à cinq degrés, font cercle autour de lui, et lui proposent leurs titres tentateurs, Quand il est sur sa terre de I\lontaigne, il passe dans cette retraite aimée (( et la plupart des jours, et la plupart des heures du jour)) ; il (( s'y fait particulierement la cour )), II sort quelquefois de sa tour: son expérience serait incomplète, si elle se limitait aux murs de sa (( librairie )1. Très hospitalier, II voisine avec les châtelains d'alentour. II lui arrive d'intervenir dans les affaires publiques; c'est ainsi qu'en 1574,Ieduc de I\lontpensier, qui commande I'armée du Poitou, Ie charge au nom du roi d'une mission à remplir auprès du Parlement de Bordeaux. En 1577, Henri de Navarre Ie fait gentilhomme de sa chambre. II nous dit qu'il a été soldat. Nous ignorons en quelles circonstances : ce fut peut-être dans les premières années qui ont suivi sa retraite, car de longs silences interrompent au cours de ces années la composition des Essais. II y a des esprits timides, ou moroses, qui se retranchent derrière le livres, faute d'avoir Ie courage d'affronter les hommes. La retraite de Montaigne n'est point telle : elle est bien celie du sage, qui complète et qui contrôle, par la lecture et par la méditation, les données de la vie.