LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION
phie morale des stoiques. Si ces deux ouvrages avaient été les derniers, on pourrait croire que du Vair s' est acheminé vers Ie stoïcisme pur, comme vers un refuge plus solide que la foi. Mais il n'en est rien, Car, après ces deux productions toutes stoïciennes, du Yair paraphrasera Job et Jérémie, puis écrira son Traité de la constance, D'ailleurs, dans ses préfaces, il se défend d'être un adepte du stoïcisme: it ne veut que faire rougir les chrétiens de son temps en leur montrant à quelle hauteur s'était élevée la vertu des païens. Son Traité de la constance a été composé pendant Ie siège de Paris, en 1593. C'est un dialogue, où prennent successivement la parole, sous les noms de l\1usée, d'Orphée et de Linus, trois de ses amis, tous les trois hommes de grand savoir et de haute moralité : Henri de I\10nantheuil, Jacques Houlier, ì\icolas Ie Fèvre, Au livre ler, Musée établit d'après Sénèque, Épictète, Juste-Lipse, et peut-être d'après Montaigne, que nos maux sont supportables, Au livre I I, Orphée, pour démontrer que ces maux sont nécessaires, puisque Dieu les a voulus, compose un ample traité de la Providence. Au livre III, Linus, racontant la fin du président de Thou, fonde la foi en une vie future sur les arguments traditionnels, et utilise des souvenirs du Phédon. Et tous ces dialogues sont éloquents, émouvants même, parce quedu Yair examine les problèmes que la vie I'a obligé à se poser, et que sa philosophie, pour être inspirée de ses livres, n 'en est pas moins d'abord Ie fruit de son expérience, L'inRuence de du Yair fut grande et, on Ie comprend, diverse. Sa sympathie pour la doctrine de Zénon et d'Épictète n'est pas douteuse, et ses ouvrages ont certainement contribué à grossir ce courant stoïcien qui, après avoir coulé à côté du courant chrétien, s'y opposera; et alors Pascal verra dans les stoïciens de sa génération des adversaires de la religion aussi redoutables que les libertins. ]\Iais du Yair luimême est un Zénon très chrétien, à qui la Bible n 'est pas moins nécessaire que les traités des anciens sages, et qui, tout compte fait, est peut-être surtout un avocat de la Providence. Saint François de Sales I'a lu; il est probable que Bossuet aussi I'a pratiqué. II n'est pas seulement I'un des créateurs de notre grande prose, Ie premier en date de nos orateurs politiques; il est aussi I'un des précurseurs de nos moralistes, et même de nos prédicateurs, auxquels il a montré comment on peut accommoder au goût français les textes de I'Écriture. Et plus d'un poète semble lui avoir demandé la même leçon.
Pierre Charron
(: Pierre Charron naquit à Paris en 1541. 1/ était fils d'un libraire. 1/ fit son droit, plaida pendant cinq ou six ans, puis étudia la théologie, et lut ordonné prêtre. Sans autre ambition que de /aire entendre la parole de Dieu, il ne rechercha pas les dignités. II prêcha aVec un grand succès, surtout dans les diocèses du Sud-Ouest, résidant de pré/érence à Bordeaux. En 1588, étant à Angers, il se prononça d'abord pour la Ligue, puis hautement contre elle, De retour r dans Ie Sud-Ouest, après une tentative pour I être admis dans l'ordre des Chartreux, if se lia aVec Montaigne. Celui-ci, qui aimait les en/ants de sa pensée au moins autant que les en/ants de sa chair, autorisa Charron à prendre ses armoiries, et Charron légua ses biens à la fil/e de Montaigne.
En 1593, il publia les Trois Vérités, 1/ y soutient contre les athées qu'il y a un Dieu et une Providence; ensuite, contre les déistes, les jui/s et les musulmans, que la vraie religion est la chrétienne; enfin, contre les protestants, que la vbitable Eglise est la catholiqu , Ce livre, où Bossuet trouvera, réunis par un effort de compilation intel/igente, tous les arguments de la théologie catholique, /ut pris tout à fait au sérieux par les contemporains. Les protestants Ie réfutèrent et Charron leur répliqua en homme à qui sa doctrine n'était pas indifférente.
Député à l'Assemblée du clergé en 1595, il en /ut nommé secrétaire.
Après avoir publié en 1600 des Discours chrétiens, il fit paraÎtre à Bordeaux, en 1601, la Sagesse. Tout de suite i'ouvrage souleva des objections. Charron en prépara une nouoel/e édition, et, pour y travail/er, se rendit à Paris. 1/ y mourut Ie 6 novembre 1603.
Son livre, revisé, parut l'année suivante. La Sagesse a été réimprimé2 en 1827 par Amaury
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PIERRE CHARRON (8. N., Cabinet des Estamp.".).