‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 284 sur 402 · I. - LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

I. - LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION

Guillaume du Vair

Guilluume du Vair est né à Paris, Ie 7 mai /556. Sa famille appartenait à la noblesse d'Auvergne. Fils d'un avocat réputé, il est licencié en droit à quatorze ans. Ce jeune homme précoce passe alors deux ans en ltalie, avec Ie fils du président de Thou.

On a des édilions modernes du traité de l'Éloquence françoise, par René Radouant, 1908; - des Actions et traictezoratoires, par Ie même, 1911; - du Traité de la constance, /Jar Jacques Flach et Franz Funck-Brentano, 1915.

Etudes d'ensemble : Cougny, Guillaume du Yair, 1857 ; Fortunat Strowski, Pascal et son temps, 1907; René Radouant, Guillaumedu Yair, I'homme et I'orateur, 1908; Léontine Zanta, la Renaissance du stoïcisme au XVI C siècle, 1914.

LES DlSCOURS de du Yair sont des compositions fortes, bien construites, pleines de faits précis et d'arguments solides, pas éloquentes de parti pris, quoique habituellement cicéroniennes. L'orateur, à la foi adroit et vigoureux, ménage les susceptibilités de ses auditeurs, entre dans les vues de I'adversaire, et pourtant laisse éclater quand ille doit sa pitié, son mépris, son indignation. Le jour où, en défendant la loi salique, iì fit un acte de beau courage, iI donna en même temps à notre éloquence politique son premier chefd'æuvre.

Le philosophe fut encore plus estimé que I'orateur. Comme les premières éditions de ses traités sont perdues, il e t difficile d'en établir la chronologie, qu'il faut pourtant connaÎtre sous peine de se tromper sur I'aboutissement de sa pensée.

Le plus ancien fut certainement les liléditations sur les Psaumes de la Pénitence. Ces méditations, qui ne sont que des paraphrases, ont précédé toutes les paraphrases analogues, et probablement elles ont contribué à les susciter : les Psaumes en vers de Desportes, de Bertaut, de Malherbe, de Racan, de Godeau, ont eu, dans les Psaumes en prose de du Yair, un de leurs modèles. Car du Yair a formé Ie double dessein qui sera Ie leur : il conserve de son mieux certains caractères de I'éloquence biblique, la vivacité de la phrase, I'abondance des antithèses et des images, la vigueur des apostrophes, une familiarité confinant à la vulgarité: en revanche, il e5t choqué, de son propre aveu, (( par Ie peu de liaison qui semble être entre les versets II, et iI reconnait que beaucoup de travail lui a été nécessaire pour introduire quelque logique dans Ie texte du Psalmiste. Après avoir paraphrasé les Psaumes de la Pénitence, du Yair paraphrasa les Psaumes de la Consolation, c'est-à-dire ceux où Ie poète hébreu défend Ie dogme de la Providence contre les libertins qui disent aux justes : (( Qu'est votre Dieu, puisque nous SOmm(;S plus prospères que vous, qui croyez en lui ? I) Ce sera pour répondre à cet argument, de nOUVéau allégué en leur temps par la libre pensée, que Malherbe, Racan, Godeau, composeront certains de leurs Psaumes, Bossuet son Premier Sermon sur la Providence, Racine une partie des chæurs d'Athalie, Avant eux, du Yair, s'autorisant du Psalmiste, examine et réfute J'argument. La question lui tient tellement à cæur qu'ill'introduit, 5ans que Ie Psalmiste I'y ait mise, dans les premiers versets du premier de ces Psaumes de la Consolation. Et I'on sent bien qu'il s'adresse à ceux de ses contemporains chez qui la foi en la Providence a été ruinée ou ébranlée par Ie spectacle des guerres civiles, pendant lesquelles Dieu parait avoir été indifférent aux excès des impies et des débauchés. Ce scandale qu'est pour les justes l'insolent bonheur des méchants, du Yair J'expose, puis il montre la vanité de I'argument qu'on en tire, et sa vigueur fait parfois prévoir la grande éloquence de5 prédicateur3 du XVII c siècle.

La Sainte Philosoph ie, qui se place sans doute entre les deux séries de Psaumes, est Ie premier livre écrit en français où ait été réalisé Ie dessein de mettre la philosophie antique au service de la religion. Le christianisme a fourni Ie point de départ : la faute originelle, qui rend nécessaire la réconciliation de I'homme avec Dieu, - et Ie point d'arrivée: la confession, I'union avec Dieu. La philosophie des Anciens a fourni les méthodes : connaÎtre son âme, écouter la voix commune des hommes, recourir à la pensée de la mort, pratiquer les vertus de tempérance, de force, de prudence, de justice, décrites par les stoïciens. Cet effort de Guillaume du Yair pour allier les deux inspirations est un peu gauche. 1\!1ais il n 'est pas douteux que, dans ce manuel de vie intérieure, la philoso?hie stoïcienne veuille être seulement la servante de la religion, A tous ces écrits, composés vers 1580, succèdent un peu plus tard, vers 1585, la traduction du Manuel d'EpicWe et la Philoso-

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