‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 3 sur 402 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

à paraÎtre en langue vulgaire ne sont que des traductions ou des dérivés d'originaux latins. C'est en latin qu'écrivent des maîtres fameux, versés dans la théo!ogie, la philosophie, la morale : au XC siècle, un Gerbert d'Aurillac; au XI C , Fulb rl. saint Anse\me; au Xll e , Guillaume de Champeaux, Abélard, saint Bernard: au XIII e . un Pierre de Maricourt: au XIV P , un Jean Buridan. C'est en latin qu'écrivent les encyclopédistes, comme Hugues de Saint-Victor au XIIl' siècle, Vincent de Beauvais au XIIIl'; les juristes, les théoriciens de la musique : tout ce qui i ntéresse la grammaire et la rhétorique, la philosophie. la théologie, les sciences, I'histoire. la technique des arts. la pédagogie, la jurisprudence, est en latin. Mais c'est en latin aussi que furent écrites une foule d'ceuvres de caractère purement littéraire : des poèmes bibliques comme Ie Tobias de Mathieu de Vendôme au XII C ' siècle; des annales et des chroniques. sans nombre; des épopées, Ie Karolus mag nus et Leo papa attribué à Angilbert et Ie poème d'Ermold Ie Noir sur Louis Ie Pieux au IX l' siècle. les Bella Parisiaca d'Abbon de Saint-Germain au XC siècle. I'Alexandréide de Gautier de Lille au XII C ; des compositions allégoriques fameuses, I'Anticlaudianus d'Alain de Lille et I'Architrenius de Jean de Hanville; les poèmes de Baudri de Bourgueil, de Marbode. d'HiIdebert, de Pierre de Blois, de Bernard Silvestre; des poèmes moraux, comme ceux de Bernard de Morlas: des recueils de sermons, comme ceux de Jacques de Vitry; des Arts d'(J;mer, comme celui d'André Ie Chapelain; bref, un trésor inépuisable d'ceuvres. où ne manquent ni I'art. ni la force, ni la grâce. ni I'esprit.

Ce n' est que par une sorte de dessaisissement lent et progressif que Ie latin cédera peu à peu devant Ie français, Au XIIIl' siècle, alors que la littérature en langue vulgaire s'épanouit Ie plus richement, Ie latin reste plein d'une vie exubérante.

Dans une histoire de notre littérature, iI peut donc paraÎtre regrettable que I'on ne fasse pas aux ceuvres latines une large place, Elles procèdent, en partie. du même esprit que celui qui anime la littérature en langue française: et, d'autre part, c'est à \'étude du latin que se sont formés la plupart des auteurs en langue vulgaire, par un effort lent et consciencieux.

Pourtant notre parti pris de ne traiter ici que des ceuvres en français peut en quelque mesure se justifier. D'abord par Ie fait que les écrivains, selon qu'ils usaient de I'une ou de I'autre langue, visaient des publics difiérents. Les lecteurs des ouvrages en latin ne se privaient pas de goûter aussi les ouvrages en langue vulgaire; mais la réciproque n'est pas vraie : pour la plupart des lecteurs ou des auditeurs de nos écrivains français. la lettre latine restait lettre morte. Les deux littératures on trayonné dans des sphères distinctes : tandis que I'une se propageait dans Ie peuple entier, I'autre. la latine, demeurait confinée dans Ie monde des clercs. D'autre part, ce monde des c1ercs. catholique au sens pro pre du mot, participait. par delà les frontières, à une sorte d'esprit européen. universel. Notre littérature écrite en latin dépasse I'idéal national. On ne saurait en séparer I'histoire de I'histoire de la philosophie et des lettres allemandes. anglaises. italiennes, Seule notre littérature écrite en français est toute nôtre. Elle sera donc seule étudiée en cet ouvrage. T outefois nous prendrons soin de marquer, plus attentivement qu'on ne Ie fait d'habitude, les liens de filiation qui rattachen t aux productions latines les productions en langue vulgaire,

les dialectes que I'on groupe sous Ie nom de langue d'oc; sur ce domaine devait Reurir une littérature distincte, qui eut pour organe Ie provençal des troubadours et que nous n'étudierons que dans ses relations avec la littérature française pro;Jfement dite. Au Nord. Ie territoire de langue d'oui se divisait en une infinité de dialectes : dialecte de I'Ile-de-France, dialectes normand, champenois, picard, wallon. lorrain, franc-comtois. bourguignon. poitevin. angevin. Pourtant un grand fait doit être mis en plein relief dès Ie début de cette histoire : c'est que. aussi haut que nous remontions dans Ie passé. nos textes nous apparaiss nt, linguistiquement et littérairement, marqués d'une empreinte nationa!e.

De très bonne heure. notre nation a su constituer. par-dessus la diversité des dialectes et des patois, cet instrument merveilleux, une langue commune, une langue de I'élite, qui était principalement celie de la cour des rois de France. et dont Ie prestige devint vite très grand: dès la seconde moitié du XIIl' siècle, un Guernes de Pont- Sainte-Maxence, écrivant pour un public cosmopolite, se fera gloire de I'écrire purement; un Champenois. Chrétien de Troyes, sera loué par ses contemporains pour avoir excellé à la manier; un Conon de Béthune, grand seigneur picard, s'excusera avec humilité de n'en pas posséder toutes les finesses.

Pour ce qui est des thèmes d'inspiration, on ne saurait distinguer une littérature picarde d'une littérature lorraine. d'une littérature normande. Dès I'origine on est en présence de cette grande et réelle entité : la littérature française. Sans doute.

I'examen philologique décèle çà et là. dans telle ceuvre, des particularités locales; mais Ie plus souvent elles n'ont pas de correspondances. ou n'en ont que d'insigniflantes, dans l'invention des idées et des sentiments.

Certes, nous aurons à marquer qu'il se forme. au Xll e siècle, au XIII'" quelques groupes régionaux : une école de poètes artésiens, autour de la confrérie des jongleurs d'Arras. une école de poètes champenois, à la cour de Thibaud Ie chansonnier; mais ces petits cénacles se sentent solidaires de groupements plus vastes. qui ne sont pas régionaux. mais français. Sans doute, ces ceuvres-ci ont été composées en terre d'Empire, celles-Ià en Normandie. celles-Ià en Angleterre: et dans les seigneuries, dans les cours normandes ou anglaises. on voit paraitre des écrits plus ou moins hostiles à la France; mais il n'en reste pas moins que I'unité du sentiment français crée presque partout, et jusque dans I'Angleterre des Plantagenets, une littérature qu'on peut étudier dès Ie XII C siècle comme celie du siècle de Louis XIV, sans avoir à tenir compte, sinon pour ce qui est de certaines nuances, de la provenance régionale de telle ou telle ceuvre. Or Ie oui a sonné très loin au delà des limites de la France continentale; Ie français s'est parlé et s'est écrit dans I'Orient latin, dans Ie Sud de I'ltalie et en Sicile, en Lombardie. en Angleterre: et ainsi s'est constitué. au-dessus des frontières d'f.tats, un empire littéraire d'une magnifique ampleur.

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LE PLUS ANCIEN MONLMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE. - Serment de Strasbourg. (8. N" ms. latin. 9768),

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