LE ROMAN
Ie livre, Ie lut aussitôt tout haut, et qu'elle en rit fort, Mais aujourd'hui il n'y a pas beaucoup de femmes, ni même beaucoup d'hommes, qui puissent lire Ie Moyen de parvenir sans avoir assez vite la nausée.
Et ils regrettent que ce parti pris d'imiter perpétuellement Rabelais dans ce que Rabelais a de moins bon ait rendu inabordable à la majorité des lecteurs l'æuvre d' un écrivain qui connaÎt fort bien les ressources de la langue, et qui sait parfaitement conter.
Le roman sentimental
Voir Gustave Reynier, Ie Roman sentimental avant l'Astrée, 1908,
AVEC les Serées et Ie Moyen de parvenir, on se sent encore au XVI C siècle. Un esprit tout nouveau apparaÎt dans les romans qui appartiennent au genre sentimental, Or, il se fait des romans sentimentaux dès 1594, et l'on peut dire qu 'à partir de 1602 il ne s' en fait, pendant une dizaine d'années, presque plus d'autres.
Ces romans sont dus à la renaissance d la société mondaine. Cette renaissance se produit non à la cour, où Ie Vert-Galant autorise une assez grossière liberté de mæurs, mais dans les cercles nombreux qui se forment autour de femmesdistinguées de l'aristocratie.
Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, ne fera un peu plus tard que reprendre avec plus d'esprit de suite, plus J'autorité et de discernement, Ie rôle OÙ d'autres dames avant elle s'étaient essayées, et que sans leur exemple elle-même eût tenu beaucoup moins bien.
De ces romans, - il faudrait dire plutôt de ces nouvelles, - personne aujourd'hui ne lit rien. Les titres mêmes en sont oubliés, comme les noms des quelques auteurs qui ont signé leurs ouvrages, On a retenu seulement les noms de du Souhait, de de Nervèze, de des Escuteaux, pour les avoir rencontrés chez des écrivains de l'époque classique.
T ous ces romans se ressemblent. L'amour en est Ie seul sujet, et la femme Ie principal personnage. Mais non plus l'amour sensuel et la femme dévergondée. L'imagination et la parole, sinon la conduite, s'étant purifiées dans la société mondaine, l'amour dont on s'yentretient et qu'on demande à la littérature de mettre en scène est chaste, soumis à la raison, constant. Si Ie mot II amour )) se rencontre dans presque tous les titres, dans plusieurs les mots: (( chaste)), II pudique )), II constant)), figurent à côté de lui : Chastes amours d'E;ros et de Kalisti, Ie Triomphe de la Constance OÙ sont descrites les Amours de Cloridon et de Melliflore, Dès lors, l'héroïne cesse d'être la femme mariée pour être la jeune fille, et Ie roman devient l'histoire d' un amour qui naÎt dans une âme virginale, I utte contre des obstacles, en général contre la tyrannie d un pèreambitieux ou avare, aboutitenfin au mariage, plussouvent à la mort, quelquefois au cloÎtre, Même quand Ie mariage en est Ie tcrme, l'histoire est douloureuse, parce que les amants ne parviennent au bonheur que par l'épreuve. Comme l'action toujours très simple com porte seulement un petit nombre d'événements, et qui sont pris dans la vie ordinaire, l'analyse des sentiments aurait toute liberté de s'exercer, si la conception même du sujet ne Ie condamnait à la monotonie et à la banalité : jamais on n'y trouve l'étude du remords, ni de la jalousie; toujours revient I étude des sentiments simples qui éclosent dans les âmes pures, émoi des premiers aveux, chagrin des séparations. Et les caractères artificiels que la convention impose aux personnages, au père nécessairement tyrannique, à l'amant nécessairement fidèle, rendent très difficile dans ce domaine déjà exigu la notation des nuances. Trap dépourvue de péripéties, l'action a en outre Ie tort d'être trop ralentie par des conversations, OÙ les héros discutent sur la nature de la passion, bien plus souvent encore sur ce que Ie bon ton exige d'un
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HONORÉ D'URFÉ. - Gravure de p, de Baillue, d'après Ie tableau de Van Dyck (8. N., Cabinet des Estampes).
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