‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 303 sur 402 · L'ASTRÉE · texte numérisé non relu

L'ASTRÉE

! '" Jf ?I

ÐI .... 'r ;" "" r

bergers et des bergères, mais II qui ne conduisent pas leurs troupeaux aux pâturages pour gagner leur vie n. Ce sont en réalité des hommesetdesfemmes du monde qui habilenl de confortables chaumièresel ((qui n'onl pris cette condition que pour vivre plus doucement I).

lis sont lous bons raisonneurs et beaux parleurs.

lis ont la même politesse que les princesses, nymphes, chevaliers, druides, auxquels ils sont mêlés.

A I' occasion, ils changent la houlette con Ire I'épée.

La principale histoire est celie de Céladon. II aime la bergère Astrée, qui Ie bannit, parce qu'elle Ie croil infidèle, Désespéré, il se jette dans Ie Lignon. La princesse Galalhée Ie sauve.

II résiste à I'amour de Galathée, et se réserve pour sa bergère, à laquelle il n'ose toulefois se présenter, si ce n'est sous un déguisement, avant qu' elle ait révoqué sa sentence de bannissemenl. Elle s' y décide enfin, dans la conclusion apportée par Balthazar Baro à l'æuvre de d'Urfé, après qu'à la fonlaine de Vérité-d'Amour, Astrée a reconnu la fidélité de son berger, Mais I'épreuve s'est prolongée pendant quatre volumes, au cours desquels les lecteurs ont assisté à bien d'autres aventures, notamment aux nobles amours de Sylvandre pour Diane et aux amours instables de lïroniste Hylas, champion de I'infidélité dans ce chæur de fidèles amants, Si I'Astrée dérive principalement de la Diane de Montemayor, que d'Urfé avait déjà imitée, c'est une æuvre bien plus diverse, car là sont venus se fondre des éléments empruntés à tous les genres de romans qui s'étaient disputé ou se disputaient encore la faveur du public.

L'Astrée est un roman hislorique, où la Gaule du v e siècle a été peinte d'après quelques-uns des meilleurs documents qu'on eût alors, et que I'auteur a assez sérieusement étudiés pour se faire auprès de la génération suivante une réputation d'historien. C'est, dans une certaine mesure, un roman à clés, où, sous des noms d'églogue, sont racontées plusieurs histoires d'amour toutes récenles, par exemple celie du roi Henri IV, du duc de Bellegarde et de la belle Gabrielle.

C' est un roman d'aventures, où la Iragi-comédie viendra bientôt puiser une ample provision de motifs: déguisements, diso:>aritions, reconnaissances, enlèvements. C'est un roman chevaleresque où revit I'espri des Amadis, et c'est une pastorale OÙ, aux souvenirsespagnols de Diane, se mêlent les réminiscences italiennes de I'Aminta du Tasse, Mais I'Astrée se rattache surtout au roman sentimental, qu'il amplifie, complique et approfondit.

L'amourdans I'Astrée est universel. Personne n'échappe à son aUeinte, Sylvandre, qui se Batte de rester indemne, est pris comme un autre. Ce doux esclavage commence presque à I'aurore de la vie : à quatorze ans pour Cé:adon, à douze ans pour Astrée, plus tôt encore pour Bellinde.

II dure jusqu'à la morl. II dure même au delà, et T yrcis demeure fidèle à Cléon morte, jusqu'à ce que Cléon sorte de la tombe pour lui ordonner d'aimer une autre femme.

Cet amour universel est, suivant Ie mot de I'auteur, l'honnête amitié. C'est I'amour légitime. C' est même un amour qui ne va jamais sans I'eslime, et que sou vent I'estime

, " . ,.... I \ vJ" - .

, 1F Æ- of....,.. 1'"A.,,;.....r ....

HONoRt D'URFt. ASTRÉE.

Gravures omanl les éditions complètes de I'Aslrie (1632-1633 et 1647).

L' Astrée est un immense roman où se développent parallèlement une demi-douzaine de longues histoires, auxquelles se rattachent, sans trop de confusion, au moins trente épisodes, L'action se passe dans Ie pays paternel d'Honoré d'Urfé, sur les bords du Lignon:

elle est reculée au v e siècle, à I'époque des invasions barbares en Gaule, Le Forez, qui a échappé aux envahisseurs, vit en paix, gouverné par la reine Amasis, et fidèle à la vieille religion nalionale des druides, Les bords du Lignon sont habités par des

:; Honoré d'Urfé appartient par son père à une vieille famille du Forez, par sa mère à /a maison duca/e de Savoie. 1/ naÎt en février /567 à Marseille, chez son one/e, /e comte Honoré de Savoie- T ende, gouverneur de Provence. /l est é/evé en Forez. 1/ est /igueur avec obstination sous /es ordres du duc de Nemours. Ap ès /a défaile de son parti, i/ se retire dans /es Etats du duc de Savoie, son parent. 1/ écril des poésies religieuses, une pastorale, la Sireine, des f.pÎtres morales. En /599, i/ se fail re/ever de ses vreux, parce qu'on /'a fail entrer ma/gré /ui et avant /'âf!e requis dans /'ordre de Ma/te, et i/ épouse sa belle-sreur, Diane de Chateaumorand, dont /e mariage avec son aÎné, Anne d'Urfé, vient d'être déclaré nul. Probab/ement, i/ /'a aimée jadis, i/ croit /'aimer toujours. Mais elle est fantasque, et assez vite i/s se mellent à vivre séparément, sans pourtant se brouiller ni cesser de se voir. 1/ partage son temps entre /a cour de Turin, /e château de Virieu-/e-Grand, que /e duc de Savoie a cédé à sa mère, /e Forez et Paris. 1/ est marquis de Va/romey et de Bâgé, chevalier de /'Annonciade, marécha/ de camp dans /es armées de Savoie.

En /625, i/ prend une part active à /a guerre de /a Savoie contre Gênes, et meurt pendant /a campagne, à Vi//efranche-sur-Mer (/625).

Editions de /'Astrée: Première partie, sans nom d'auteur, /607; 2", avec Ie nom de /'auleur, /6/0; 3', /6/9; 4" (posthume), /627. Conclusion, par /e sieur Baro, /628. Editions comp/ètes : /632-/633, /647, Voir O. Reure, la Vie etles CEuvres d'Honoré d'Urfé, /9/0; André Le Breton, Ie Roman au XVll e siècle, /890; Paul Morillot, Ie Roman en France depuis 1610, s. d.; Joachim Mer/ant, De Montaigne à Vauvenargues, /9/3; Edouard Droz, Corneille etl'Astrée (Revue d'histoire littéraire de la France), /921.

\,l:,t" ... i; ' " I l.:-h \.... , . P'\R Tn '-tJ

," -if......"-\ ' ...-' s

- -;;po-

.. I '- \ .4, f' " ---oJ I'

J'\.IU$ ll',- "1-

.fT..

LES BORDS DU L.IGNON, - <<Sur les bords de ces délectables rivières, on a veu de tout temps quantilé de Bergers, qui, pour la bonté de I'air, la fertilité du rivage et leur douceur naturelle. vivent avec aulant de bonne fortune quïls recognoissent peu la fortune.., >> (Aslrée, II" partie).

fait naître, qui exige desamantesla pudeur et des amants la constance, qui suppose chez les uns et chez les autres l'idée que la rai<;ün et la volonté font Ie prix de I'homme.

l'dais si tout Ie monde aime, et aime honnêtement dans I'Astrée,chacunaime à sa façon, D'Urfé nous en prévient luimême dès son titre de 1607, qui est d'un homme très naïvement persuadé qu'il ne laisse rien à dire après lui sur un grand sujet : (( Les douze livres d'Astrée, où...

sont deduits les divers effects de I'honneste amitié. II D'Urfé dit bien, non pas: divers effets, mais /es divers effets. Sans doute iI se fait illusion en croyant et en proclamant ainsi très haut qu'il a épuisé dans I'Astrée toute la psychologie de I'honnête amour. !\1ais cette illusion s'explique et s'excuse; car avant lui personne, en France du moins, n'avait si bien donné l'impression de la diversité des âmes. ni l'impression de la diversité des situations où la passion peut les engager, D'Urfé n'est pas Racine: ne lui demandons pas de faire rendre à des âmes qui paraissent aussi parentes que celles d'lphigénie, de Monime, d'Aricie, des sons très différents. Pourtant iI a bien voulu et il a bien su distinguer par des nuances précises des personnages à première vue assez semblables, Ie fidèle Céladon du fidèle Sylvandre, la vertueuse Astrée de la vertueuse Diane. Le tempérament, I'âge, la sensibilité, I'imagination, Ie milieu social différencient ses amants et ses amantes.

La volonté les distingue plus encore. Céliodant consent qu'on ne I'estime pas généreux et refuse les con seils : que sert-i1 d'en donner à une personne de qui la volonté n'est pas même de guérir? Damon veut vivre en amant, laissant vivre en homme qui Ie voudra, Au contraire, Bellinde, par générosité, se montre prête à sacrifier son amour pour Célion, tantôt pour complaire à une rivale, tantôt pour obéir à la volonté paternelle. Heureusement les autres personnages, ceux qui pourraient profiter de son abnégation, luttent avec die de générosité et sauvegardent les droits de Célion.

La diversité des situations permet à d'Urfé de manifester la diversité des caractères qu'il prête à ses personnages. De ces situations, plusieurs sont bi, zarres et n'ont évidemment rien de commun avec la vie, L'Astrée ressemble parfois à un mélodrame. !\1ais nos deux grands tragiques ne I'auraient pas tant aimée s'i1s n'y avaient trouvé d'habitude les héros engagés dans ces situations que créent naturellement à I'amour ses inévitables conAits avec Ie devoir et avec les autres passions : avec I'honneur, avec Ie respect dû aux parents, avec I'ambition, avec I'amour d'un rival. Et d'Urfé les varie assez pour qu'on puisse lui accorder qu'i1 met bien, en effet, sous nos yeux,la plupart des (I effets II de I'amour.

Mais iI ne se contente pas de faire vivre à ses bergers une vie d'amants. II se plaÎt aussi à leur faire exposer leur conception de I'amour et discuter des questions de psychologie sentimentale, par exemple celles de savoir comment s'opère la rencontre des

LES AMOURS D'ASTRtE ET DE CÜ.ADON. - Astrée, émue par une lettre où il lui a semblé reconnaitre l'écriture de Céladon, sest laissée tomber au pied d'un arbre : Phylis la réconforte,

.sj .....

Page 1