LE ROMAN
âmes prédestinées à I'amour, d'où naÎt la jalousie, si I'absence tue I'amour ou I'entretient, (( si I'amour peut mourir par la mort de la chose aimée II.
Ces controverses donnent souvent lieu à des procès. U ne histoire est contée, une difficulté est exposée, un juge est choisi, des avocats plaident, une sentence est rendue.
L'insensible Sylvandre, sur les reproches de Phylis, s'est décidé à servir Diane à la condition que Phylis elle-même la servirait comme si elle était un berger.
Au bout des trois mois fixés pour I'expérience, Diane est invitée à déclarerquel a été Ie meilleur service, et comme elle prononce que Phylis est la plus aimable, mais que Sylvandre sait Ie mieux aimer, une autre controverse surgit aussitôt : à qui Diane a-t-elle vraiment donné I'avantage ?
Assez longtemps après, Charles Sorel, qui, dans son Berger extravagant (1627), tournera en ridicule les fausses paysanneries, n'en admirera pas moins dans I'Astrée (( quantité de discours où la doctrine est jointe à la beauté et à I'agrément, pour en former des conversations les plus utiles du monde II.
Probablement, d'Urfé lui-même n'aimait rien autant dans son livre que ces conversations sur I'amour et il n'est point douteux qu'elles en sont la partie qui contribua Ie plusà son prodigieux succès, comme à son inAuence.
Ce que I'Astrée apprit surtout à notre société mondaine, ce qu' elle lui apprit sans doute de meilleur, ce fut à causer délicatement de choses sérieuses, nobles et fines.
Mais les meilleurs esprits apprécièrent aussi de bonne d'Urfé un peintre excellent des I' amour .
(( Des caractères aussi finement imaginés qu'agréablement variés )), voilà ce que Boileau goûte dans I'Aslrée, d'accord avec les (I gens du goût Ie plus exquis n. Et quand Boileau adresse ce bel éloge à d'Urfé dans son dialogue des Héros de roman (1664), iI sait déjà par les premiers chefs-d'æuvre de Molière ce que sont des caractères finement imaginés et variés.
Boileau estime en outre que les caractères peints dans I'Astrée sont (I bien suivis II.
Grand compliment sous la plume du législateur, qui, dans sa théorie des personnages dramatiques, va exiger qu'ils se montrent d'accord en tout avec eux-mêmes. Compliment mérité:
car tels sont Sylvandre, Diane, Astrée, Céladon, Hylas, dès leur première apparition sur les rives du Lignon, et tels ils demeurent jusqu'au moment où la Fontaine de Vérité d'Amour met fin à leurs aventures.
L'Astrée est un livre qu'on ne lit plus pour s'amuser, et même dont on ne parle qu'en souriant un peu. 1Ylais sans ce roman démodé, notre grande littérature du XVIIe siècle ne semit point ce qu'dle est, C'est un singulier honneur pour d'Urfé que ses peintures aient pam bonnes à nos meilleurs peintres de caractères, et qu'on soit obligé d'étudier I'Astrée pour com prendre entièrement Corneille.
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LES AMOURS DE DIANE ET DE SYI..VANDRE. -<< Sylvandre, assis auprès de quelques arbres, estoit tellement attentif à chanter au son de sa cornemuse, quïl ne se prenoit garde que Diane, I'ayant reconnu à la voix, passoit doucement derrière Ie buisson pour I'escouter sans estre veue. >>
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L'ASSEMBl..tE DES BERCERS ET DES BERGÈRES.
Hylas défend la cause des amants in/idèles, - Gravures extlaites de I"Aslrée, édition de 1632-1633.