LE DIX-SEPTIEME SIECLE
conciIes qui interdise cette diversité d'opinion? Alors on inlerþrélera les lermes, Par exemple, on entendra par assassins ceux qui ont reçu de l'argenL pour tuer quelqu'un en trahison ; par suite, ceux qui tuent sans exiger aucun salaire. pour obliger leurs amis, ne sont pas des assassins et la bulle de Grégoire XIV ne leur est pas applicable (t, V. p. 29).Ou bien encore Ie directeur tiendra compte des chconslances favorables (I. V. p. 31); il enseignera les (( restrictions mentales )) (t, V. p. 205). la (( direction de lïntention )) (I. V. p. 85). Désormais. on peut sans péché vendre la justice. pratiquer l'usure. garder Ie bien mal acquis. tuer pour un soufAet. pour un simple démenti. pour un affront par des signes. A ce compte, les jésuites n 'auront-iIs pas Ie droit de tUer les jansénistes?
-Non, répond Ie bon Père, avec Caramuel, car (( les jansénistes n 'obscurcissent non plus \'éclatde la Société qu'un hibou celui du soleil,) (I. V.
p.106), Les opinions de Pascal sur la grâce ne s'expriment pas seulement dans les Provinciales : I-IV. XVII et XVIII.
II faut les chercher aussi dans les Ecrits SUr la grâce (I. Xl).
dont la date est incertaine.
mais qu'il n'est pas téméraire de rapporter aux années 1656- 1658 (d. I. XI. p. 102).
Nicole. Ie P. Thomassin.
Ie p, Rapin ont reproché à Pascal de n'être pas théologien. Nous les entendons : il n'avait pas comme eux consacré sa vie à dépouiller les Pères de \,f.glise et les oracles de l'f.cole. Mais Ie lecteur contemporain est enclin à exagérer cette incompétence. oubliant qu'au XVII C siècle et dans Ie milieu où vivait Pascal on respirait les opinions théologiques avec l'air, Sïl recourait à ses amis de Port- Royal pourrecueillir des citations casuistes, il n' était pas homme à se laisser dieter ses convictions sur les problèmes. essentiels à ses yeux.
de la grâce. de la liberté humaine, de la chute et de la prédestination. Et. de fait, nous constatons qu ïl a amassé des notes sur ces matières importantes, transcrit des passages de saint Augustin extraits du De correptione et gratia et du De prædestinatione sanctorum, quïl a dépouillé la plume à la main l'énorme in-4') de Sinnich, théologien de Louvain (Sanctorum patrum de gratia Christi et libero arbiMo dimicantium Trias.... 1648). résumé les Canons et décrets du concile de Trente (partie relative à la justification), compulsé Estius (I. XI. p, 287).
Ce qu'i\ nous paraÎt avoir retenu de ces lectu:es, c'est a\lant tout ceci. II y a. sur Ie problème de la grâce., trois opinions principales: celie des calvinistes. celie des molinistes. et celie des disciples de saint Augustin (XI. p. 133). Les calvinistes posent la volonté de Dieu comme source d u salut et de la damnation. Les molinistes posent la volonté des hommes comme source du salut et de la damnation. Saint Augustin soutient que la volonté de Dieu est la source du salut et la volonté des hommes la source de leur damnation - en cesens que. s'il n'y a pas toujours de perversité volontaire pour justifier cette répr'Jbation, i\ y a toujours Ie péché originel. produit du complet libre arbitre d'Adam. II faut en effet soigneusement distinguer les deux états de l'homme. avant et après la chute. Avant: Adam a reçu une grâce que son libre arbitre pouvait rendre vaine ou efficace; s'il avait bien usé de son libre arbitre. nous recevrions la même grâce,
Après Ie péché. tOl:
les hommes sont dignes de la damnation éternelle. II plaît néanmoins à Dieu d'en sauver plusieurs. de tout âge. de tout sexe. de toute condition. de tout temps. de tout pays. En ce sens, et en ce sens seulement. i\ est dit que J ésus-Christ est mort pour sauver tous les hommes. Dieu discerne ces prédestinés pour des raisons inconnues aux hommes et aux anges. Les élus forment un groupe appelé dans I'f.criture tantôt monde. tantôt tous. plusieurs. þeu. Les délaissés sont appelés monde. lous. plusieurs. mais jamais peu, Pour les élus. la grâce de Jésus-Christ. la délectation dans la loi de Dieu, délectation plus forte que la concupiscence, Quant aux délaissés. i\s vont au mal. ou, après des tentatives pour aller au bien.
ne persévèrent pas; il n'est même pas en leur pouvoir de prier pour implorer la grâce :
(( Reconnaissez donc. suivant saint Augustin. que la prière est toujours I' effet d' une grâce eflicace; que ceux qui ont ceUe grâce prient; que ceux qui ne l'ont pas ne prient pas et qu'ils n'ont pas Ie pouvoir prochain de prier)) (I. XI.
Dure théologie, qui ne laisse qu'un rôle illusoire au libre arbitre humain. Quand jJ écrit la dix-huitième Provinciale. Pascal ne possède pas encore une doctrine assurée sur la conciliation de la grâce etde la liberté. Visiblement il se débat entre la conception augustinienne. telle du moins quïl se la représente. et l'orthodoxie. II nous explique avec saint Augustin que la grâce ne détruit pas Ie libre arbitre. parce qu'elle ne contraint pas J'homme à faire Ie bien. Dieu se borne à (( changer son cæur par une douceurcéleste)). et l'homme, (( trouvant alors sa plus grande joie dans Ie Dieu qui Ie charme. s'y porte infailliblement de lui-même, par un mouvement tout libre. tout volontaire, tout amoureux...
Ce n'est pas qu'il ne puisse toujours s'en éloigner et quïl ne s'en éloignât effectivement sïlle voulait, Mais comment Ie voudrait-il. puisque la volonté ne se porte jamais qu'à ce qui lui plaît Ie plus et que rien ne lui plait tantr alors que ce bien unique ))? La conciliation est purement verbale et ceUe dernière formule constitue une négation si absolue du libre arbitre que Pascal l'auénue aussitôt :
(( C'est ainsi que Ie libre arbitre qui peut toujours résister à la grâce. mais qui ne Ie veut pas toujours." )) (I. XI, p. 30). Tout Ie développement qui précède exige : qui ne Ie veut jamais, Pascal par celte inconséquence évite l'hérésie.
Quïl ne fût pas pleinement satisfait par de telles échappatoires. c'est ce que laisse deviner Ie témoignage de Nicole. Le pacifique théologien se proposera d'ôter à la doctrine augustinienne (( un air de dureté qui en éloigne bien des gens )) et il se réclamera de Pascal :
(( Feu 1\1. Pascal, avec qui j'ai eu Ie bien d"être très étroitement uni, n'a pas peu aidé à nourrir en moi ceUe inclination. Car quoiqu'illût la personne du monde Ie plus roide et Ie plus inAexible pour les dogmes de la grâce efficace, i\ disait néanmoins quïl espérait de réussir à rendre ceUe doctrine si plausible, et de la dépouiller tellement d'un certain air farouche qu'on lui donne, qu'elle serait proportionnée au goût de toutes sortes d'esprits )) (t. XI. p. 101).
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UNE PAGE (FOlIO 285) J)U MANUS,RIT DFS (( PENSÉr..C, Cc sont des notes prises par Pascal c d P ., II, - (8. N.: ms. franç. 9202). n vue es rovmcrales 0 I nllm' ro 92S ell" J'rdition I (. R ' . n h n \rom'era a transcription SOliS Ie on mnse Vlq , .