‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 332 sur 402 · U.LI. I · texte numérisé non relu

U.LI. I

t. III, p. 215; V. Giraud, ouvr. cité, p. 155). Rien n'est mains certain. Jansénius avait neUement aperçu I'objection (Augustinus, vol. Ill, De Ilratia Christi salvataris, liv. III. ch. I. p, 102 de rédition de Rouen, 1652) et ne semblait pas en être troublé. C'est quÏI connaissait la réponse de saint Augustin. Pascal aussi a lu Ie traité De la corredion et de la !{râce, peut-être I'opuscule sur Ie Don de persévérance. II sait donc que Dieu observe certaines lois dans la distribution de sa grâce et que rune de ces lois est de conférer la grâce moyennant certaines conditions, au nombre desquelles il faut ranger la prédication de n::'van!:'ile, les exhortations et les remontrances des hommes, conditions inefncaces par elles-mêmes, mais auxquelles il lui a plu de subordonner la concession des secours décisifs (voir J, Laporte,la Dodrine de la grâce chez Arnauld, 1922, p. 450-455). Une apologie peut être Ie moyen dont Dieu se servira pour ramener à lui râme égarée, Saint Anselme dira de même quÏI ne suf:it pas d'entendre la vérité pour la recevoir, mais qu'il faut I'entendre et la connaître pour (( être en état )) de la recevoir, Dieu sans doute peut se passer de moyens humains : mais ce sont là des procédés exceptionnels et, plus ordinairement, Dieu laiss tomber sa grâce où ses laboureurs ont semé.

II n'est donc coptradictoire qu'en apparence de travailler à la conversion de rincrédule en attendant de Dieu seul ceUe conversion, et cette apparence même de contradiction ne déplaît pas à Pascal: (( II y a un grand nombre de vérités, et de foi et de morale, qui semblent répugnantes et qui subsistent toutes dans un ordre admirable)) (862). Mais la tâche de rapologiste est précisée par ceUe doctrine paulinienne et augustinienne, ou si ron veut janséniste, de la foi. Cette doctrine nÏnterdit pas toute apologétique, mais elle en interdit une, qui est la plus commune avant Pascal et que I'on a trop souvent recherchée dans Pascallui-même. Longtemps I'ambition des théologiens fut de trouver des arguments rationnels si probants que rincrédulité devînt une absurdité logique. Un moment ils crurentréussir. Un historien de la pensée médiévale a pu écrire: (( L'inquiétude qui tourmentait les prédécess urs d'Albert Ie Grand était la crainte de démontrer tant de vérités théologiques que la foi et les mérites qu' elle entraîne en fussent compromis )) (f.t. Gilson, Etudes de philosophie médiévale, p. 97). Si la raison sufnt à confondre I'incrédule, à quoi bon la grâce? Le géomètre compte-t-il sur la grâce pour obtenir I'adhésion de notre esprit? Les jansénistes et Pascal, proclamant qu'on ne croit pas sans la grâce, renoncent à toute apologétique qui demande la conversion du libertin à des preuves d'ordre purement intellectuel.

Et c'est en quoi rapologétique de Pascal est fort originale à son époque et, ron peut dire, très moderne. II ose reconnaître que la religion ne se démontre pas. Voilà la première donnée du problème. (( S'il ne fallait rien faire que pour Ie certain, on ne devrait rien faire pour la religion; car elle n 'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l'incertain, les voyages sur mer, les batailles! )) (234).

C'est ce que Filleau de la Chaise, auteur présumé d'un Discours sur les Pensées de Pascal, - à beau coup d'égards fort précieux, puisquïl résume une conférence faite par Pascal lui-même vers 1658 à Port- Royal, - n'a pas sulnsamment compris.

Ce discours devait servir de préface à la première édition des Pensées et les Périer récartèrent, non sans quelque raison (voir une leure de I\Imc Périer à Valiant, XII, p. CLXXX). II est à rapprocher d'un autre opuscule du même auteur, Ie T raité où J'on montre qu'il .Y a des démonstrations d'une auire espèce, et aussi certaines que ceUes de la géoméirie et qu'on peut en donner de teUes pour la religion chrétienne. (Cet opuscule, non reproduit dans I'édition Brunschvicg, a été publié avec Ie Discours précédent par 1\1. Victor Giraud, 1922.) Filleau de la Chaise reconnaît qu'il n'existe aucune preuve qui, isolément considérêe, démontre en rigueur la vérité du christianisme; mais on peut grouper des preuves imparfaites et par leur rapprochement elles constitueront une démonstration satisfaisante. T elle serait la méthode de Pascal. Singulière méthode, si ron s'obstine à la repré-

Les dernières années de Pascal L' Apologie de la religion chrétienne (1658-1662)

Pascal semble avoir conçu Ie ,dessein d'écrire une Apologie de la religion chrétienne dans Ie temps même où il composait les Provincia 1 es, peut-être au lendemain du miracle de la Sainte- Epine, survenu entre la cinquième et la sixième, Dès /658, son projet tait assez mûr pour qu'il J'exposât à Port-Ro'yal dans une conférence qui dura près de trois heures. L'Apologie ne jut jamais achevée. La préface d'Etienne Périer nous apprend qu'à la mort de son oncle on trouva ses manuscrils (( tous ensemble enfilés en diverses liasses, mais sans aueun ordre, sans aucune suite, parce que ce n'étaient que les premières expressions de ses pensées qu'il écdvait sur de petits morceaux de papier à mesure qu'elles lui venaient dans J'esprit)), On songea d'abord à une publication intégrale, puis la diffìculté du déchi/frement et la crainte de ral/umer diverses querel/es firent prendre un autre parti : Arnauld, Nicole, Filleau de la Chaise, du Bois et -le Tréville songèrent à achever J'æuvre interrompue, en encadrant lesfragments de Pascal par de longs commentaires. L'opposition de Gilberte Périer et de son fils Etienne fit heureusement échouer cette tentative, On revint à J'idée de publier Ie texte des Pensées (e sans .Y rien changer )). Les prudents éditeurs s'appliquèrent pourtant à éteindre Ie st'yle de Pascal, à supprimer ce qui leur semblait trop inachevé, à disposer les fragments suivant un ordre qui donnail à J'ouvrage un caradère d'ondion sereine. L'édition de Port-Ro'yal parut en 1670. Elle a été maintes fois reproduite jusqu'au jour où Vidor Cousin en dénonça J'insuffìsance (1842). L'édition Faugère (I844)jut la première faile d'après Ie manuscrit autographe.

Les travaux d'apologétique de Pascal ne J'ont pas détourné des mathématiques. En /658, il institua Ie concours de la roulette (qcloïde), qui jut J'occasion d'une polémique assez âpre avec rAnglais Wallis et Ie jésuile Lalouère. 11 publia sa propre solution dans une letire qu'il signa d'un pseudon.Yme : Lettre d'Amos Deuonville à Carcavi (1658). M. de Roannez lui avail dit que (e dans Ie dessein OÙ il était de convairicre les athées, il fallait leur montrer qu'il en savait plus qu'eux tous en ce qui regarde la géométrie et ce qui est sujet à démonstration )) (t. I, p. 135).

Les dernières années de Pascal jurent assombries par les discussions qu'il soutint contre ses propres amis de Port-Ro'yal au sujet de la signature du Formulaire. Plus intransigeant qu'Arnauld et que Nicole, il condamna toute politique de crainte. Au cours d'une longue discussion, lorsqu'il vil que les partisans des concessions J'emportaient, il tomba sans parole et sans connaissance.

Sur les souffrances ph.Ysiques qu'il endura à partir de 1660, sur son ardeur à les exaspérer par les mortifications volontaires et sur tout ce qui concerne la (( sainteté)) de Pascal, lire rémouvant récit de Mm. Périer. Pascal meurlle 19 aoM 1662.

PEUT-ON ÊTRE janséniste, croire à la grâce efncdce, à la prédestination des élus, et se proposer d'écrire une Apologie du christianisme? Qui n'a pas reçu la grâce ne croit pas, et n'a même pas Ie pouvoir de prier pour demander la foi, Qui I'a reçue ne peut manquer de se tourner vers Ie bien et de persévérer. Dans les deux cas, à quoi bon les conseils des auteurs pieux, des sermonnaires, leurs efforts pour convaincre la raison ')u toucher les cæurs? Dieu seul donne la foi aux élus et la refuse à ceux qu'il a de to ute éternité réprouvés, De récents historiens de Pascal signalent ceUe difncuhé pour cone! ure qu'il abandonne ou du moins auénue notablement son jansénisme du fait quïl se décide à composer une Apologie (voir Strowski, ouvr. cité,

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