‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 359 sur 402 · LE DIX-SEPTI EM E SI ECL E · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTI EM E SI ECL E

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Devant les plus ardents resp endilla guerrière, - Et plus que lous s' expose à la gresle meurlrière; - Chacun, par son exemple aulanl que par sa voix. - Se résoul de mourir ou de chasser I'Anglois,.. (Gravure exlraile de /a Pucelle ou ta France Jélivrée, poème héroïque, par M. Chapelain, 1656\.

écrit à Ménage, Ie 2 novembre 1655: (( Je vous prie de me dire si vous croyez que la Pucelle de M, Chapelain réussisse dans Ie monde et qu'elle réponde à I'attente que I'on a depuis si longtemps. )) Elle devine très bien que non, Ménage ne méprisait pas Chapelain; même il avait avec lui de si bonnes relations qu'il trouva certains vers à louer dans la Pucelle malheureuse. Plus tard, s'étant brouillé avec I'auteur, il commença de voir clair. Jean Desmarets de Saint-Sorlin, malgré ses défauts, était d'esprit ardent et vif : seulement, on ne peut lire son Clovis; on essaye de Ie lire et bientôt on n'a plus de courage. Le Charlemagne de Louis Le Laboureur esl rebutant. L'auteur s'était mis en tête de prouver que Ie français I'emportait sur Ie latin par la brièveté des formules : et il tourmentait son français pour lui inRiger une concision, qui d'ailleurs s'étend sur quelque six mille verso Les poèmes sacrés de Jacques de Coras, huguenot converti, sont fabriqués d'une façon détestablement mécanique : les combats y interviennent parce qu'il en faut dans une épopée et que (( la guerre est un des pivots qui doivent porter cette machine)); Ie roi de Ninive a une maÎtresse, parce qu' (( il faut mêler un peu d'amour dans Ie poème épique )) OÙ I'amante est, selon Coras, (( une pièce nécessaire )), Au surplus, s'il a inventé la belle Adine, on I'excusera, Ie prince, dit-il, ayant petlt-être eu cent maÎtresses! En/in I'on remarquera, dans Ie fâcheux Alaric, tous les inconvénients de Scudéry, son emphase dérisoire, sa petite et laborieuse extravagance, I'effort qu'il fait pour comparer un torrent avec la douleur, un étang avec une armée, un amant avec un papillon, et les vents enfermés sous une montagne avec un guerrier abauu sous un autre, Mais il y a quelques beautés dans Ie Saint Louis du Père Le Moyne; il faut les chercher un peu : on les trouve. Et Ie Saint Paul de Godeau est un vrai poème chrétien, composé à merveille, et I'æuvre d'un évêque : touchant Dieu et la religion, certains passages ont de la grandeur, une éloquence qui touche et une poésie attrayante. Boileau dénigre notamment Ie Moise de Saint-Amant, que Sainte- Beuve aussi déclare ennuyeux. Ennuyeuse, une æuvre de Saint-

Amant? C'est Ie défaut qu'il a Ie moins, ce gros Saint-Amant, si /in, si malin! I! a voyagé. Tout jeune, il a parcouru I'Europe, I'Afriqu

et I'Amérique, les Indes, Java et Sumatra: il a vu (( toutes les raretés de la nature II. L'E:.gypte de son poème, ill'a vue, et vu Ie crocodile contre lequel sont en lutte Elisaph et Mérary. Et il a contemplé ces nuits de lune où des (( feu x animés )) circulent dans I'air; ce sont (( de certains vers luisants qui volent com me des mouches.., II n'y a rien de si agréable au monde que de les voir; et j'en ai vu quelquefois les crins de nos chevaux tout couverts et nos propres cheveux même. lis volent en troupes comme des essaims d'abeilles; et I'air en est si plein et rendu si éclatant qu'on verrait à se conduire sans autre lumière, n 'était qu 'on est ébloui de leur nombre et de leur agitation I). Quand on a vu de si belles choses, on a de quoi orner ses poèmes. II arrive aussi que les poèmes soient un peu chargés de leurs ornements; et, il faut I'avouer, c'est Ie cas du Moise, où les ornements sont délicieux. Puis il y a des vers charmants : Déjà les rossignols chanlaienl sur les buissons... Comment ne point aimer Saint-Amant, délicieux poète LouisXll1 ! Et comment préférer aux vers de Saint-Amant, que Boileau appelle (( ce fou )), les vers de Boi lea u ?...

Ces poètes, qui ont tenté Ie genre épique ou héroïque, n'avaient point une idée absurde, même si la plupart d'entre eux furent de médiocres poètes. Leur idée principale était, sinon de substituer, au moins d'ajouter, à une littérature serve de I'Antiquité grecque et latine, - serve en quelque manière, et à leur avis, - une liuérature qui sût prendre chez nous sa substance, Pourquoi, demandent-ils, les héros français et chrétiens ne vaudraient-ils pas les héros du paganisme? et pourquoi !es vivantes croyances ne seraient-elles pas une inspiration plus forte que la Fable? Desmarets n 'a pas évidemment tort, en principe, de signaler la qualité poétique de la religion chrétienne et, quand il recueille, dans son Clovis, maintes légendes de I'ancienne France, il ne lui manque, hélas! que Ie talent pour en faire les éléments d'un poème digne de son intention, Saint-Amant ne méprise pas du tout les Anciens, et illeur accorde ces mots: (( Les Anciens, que je révère et que je n'ignore pas. )) Mais il demande la permission de ne pas suivre docilement leurs règles. II préfère, et Ie dit, les règles qu'il a su combiner pour son usage. En est-on choqué? II Ie regretterait. Et, les règles qu'il préfère, il est vrai qu'Aristote ne les a point approuvées? Saint-Amant répond : (( II s'est découvert des étoiles, en ces derniers siècles, qui lui auraient fait dire d'autres choses qu'il n'a dites, s'il les avait vues, )) C'est la Querelle des Anciens et des Modernes qui commence: elle se pose nettement, à I'occasion de ces poèmes héroïques tant décriés et qui se sont mal défendus, Charles Perrault, plus tard, essayera d'en appeler et de gagner Ie procès : il écrira, imprudemmenl, un Saint Paulin, poème héroïque, poème sacré. Qui eut raison, dans la Querelle des Anciens et des Modernes? La plupart de ces divers Desmarets de Saint-Sorlin sont de mauvais poètes : c' est avoir tort. Les amis de Boileau, les partisans des Anciens, avaient du génie, quelques-uns : c'est avoir raison.

Sorel, Gomberville et Scudéry

On n' en {ìnirait pas de lire tous les romans du temps de Louis X III et de la jeunesse de Louis X I V : I' on y perdrait son loisir, el sans joie. La seule énumération de ces livre!; serait fastidieuse. II faut se tenir à quelques échantil/ons. Charles Sorel, sieur de Souvigny, vécut de 1597 à 1674: la date de sa naissance n'est pas sûre. II a été historiographe de France. Ses deux meilleurs ouvrages, la Vraie histoire comique de Francion et Ie Berger extravagant, parurent en 1622 el en 1627. II avail débuté, en 1621, par I'Histoire amoureuse de Cleagenor et Doristée. Son Polyandre est de 1648, II a composé aussi des recueils de bibliographie tels que la Bibliothèque française el la Connaissance des bons livres, OÙ fon lrouve de bons renseignements, par endroits, Voir Emile Roy, la Vie et les æuvres de Charles Sorel, 1891.

Marin Le Roy, sieur du Parc et de Gomberville, né en 1600, mourut en 1674. II jut un des académiciens de la première année. II est cé/èbre pour la haine qu'il avait jurée à I'humble et honnête conjonclion car. Sa Caritie es/ de 1621; sa Cythérée, de 1640, Mais il s'éprit de jansénisme et n'osa plus donner que la Jeune Alcidiane, en 1651 : (( C'est un roman de janséniste, dit T allemant; car les héros, à tout bout de champ, y font des sermons et des prières chrétiennes. II Quant à Mil' de Scudéry, elle a vécu presque cent ans : de 1607 à 1701. Elle était fort laide; et Pellisson I'a bien aimée, qui était fort laid. S01l Grand Cyrus a paru de 1649

à /653; sa Clélie, de /654 à /660, Ces deux oUVrages ont eu un énorme succès; puis, soudain, la mode changea : et fon s'aperçut que M e de Scudéry était surannée depuis que/que temps.

Parmi les romanciers d'alors, il faudrait citer aussi Gauthier de La Calprenède, né en /6/4 et qui mourut en /663, Sa Cléopâtre n 'est pas moins ennuyeuse et interminable qu'une Cassandre, qui jut moins généralement trouvée attrayante.

Voir : Ie Roman au XVII e siècle, par André Le Breton, nouvelle édition, /9/2,

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