‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 361 sur 402 · LE DIX-SEPTIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTIEME SIECLE

fl.:blime. Au XV/le siècle, non. C'élait une sociélé vive, ardenle, et qui avait un grand fonds de récente grossièreté, Dans son art, dIe ne devait pas chercher la nature. On cherche la nature aux époques où ron en est privé. On I'avait, etron cherchait rartiliciel, que prodiguait I\llIe de Scudéry,

F uretière

:ß Antoine Furelière, né à PGTis Ie 28 décembre 1619, et de très petite origine, est un homme singulier : très savant et qui avail eu beaucoup de diffìcu/té, mais beaucoup de zèle, à étudier Ie droit, les langues étrangères, même orientales; une manière d'érudit el, en littérature, un original.l/ avail acheté, fort jeune, une charge de procureurfiscal de fabbaye de Saint- Germain des Prés : ses ennemis - nombreux el acharnés, car il était incommode et mauvais - prétendent qu'i/ avail volé les six mille livres de fempleite à sa mère, Veuve d'un apothicaire et mariée en secondes noces à un ancien laquais devenu clerc de conseil/er. Puis il entra dans les ordres et oblint des bénéfìces. En /662, il devint membre de /'Académie: ce fut Ie commencement de ses ennuis el qui font amusé, l/ se mit à composer un dictionnaire, trouvant que ses confrères tardaient trop à composer Ie leur. Ses confrères Ie traduisirent devant Ie conseil privé du roi, so us l'inculpation d' avoir contrevenu aux prérogalives de la Compagnie. Et lui se vengea très gaiement par des factums où sont rail/és sans douceur quelques-uns de ses émules.Mais, Ie 22 janvier 1685, i/ était exclu de l'Académie.

Ses principales æuVres sont : en 1658, l'Histoire des derniers troubles arrivés au royaume d'f:.loquence; Ie Roma"n ,bourgeois, 1666; la même année, ses imparfailes Poésies, contre les marchands, les procureurs, les poètes, etc.; en /673, Ie Voyage de Mercure, satire en cinq /ivres, contre Ie charlatanisme des gens de lettres et des savants, Son Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes et les termes des sciences et des arts, dont il avait publié Ie début dès /684, ne put paraÎtre en enlier qu'après sa morl, en /690, el hors de France, Un imprimeur de Hol/ande réunil, en /694, ses Factums.

II était ami de Boileau, de Racine, de La Fontaine, l/ se broui/la aVec La Fontaine, pour une taquinerie futile. Con Taconte qu'i/ a eu que/que part aux P\aideurs el que' Ie Chapdain décoiffé est plus qu'à moitié de lui, F uretière mourut en /688, chez François de Harlay, archevêque de Paris. Son Roman bourgeois et ses Factums ont été réimprimés en /854 et/859 par Ed, Fournierel Ch, Asse/ineau,

IL NE FAUT pas dire que Furetière est rinventeur du roman réaliste, Charles Sorel et Scarron ront précédé, Mais il a été plus réaliste que ses devanciers; il ra été plus résolument et à sa rude et intelligente manière, Dans les Nouve/les françaises ou 12s Divertissements de la princesse Aurélie, que Segrais publiait en 1656, la princesse Aurélie blâme ces romans où I' on donne les mceurs de chez nous à des Crees, à des Persans ou à des Indiens : c'est, dit-elle, (( un peu éloigné de la raison )). Pourquoi ne remplacerait-on pas les (( honnêtes Scythes )) et les (( Parthes généreux )) par des FrançaiÛ Elle distingue ces deux genres d'écrit3, la nouvelle et Ie roman. (( Le roman, dit-elle, écrit les choses comme la bienséance Ie veut et à la manière des poètes. II Voilà, en effet, ropinion du temps: Ie roman rdève de la poésie; et c'est ainsi que Ménage ne craignait pas de comparer, rimprudent! Ie Grand Cyrus et la Clélie à rl/iade et à l'Odyssée. Mais la nouvelle (( doit un peu davantage tenir de rhistoire et s'aUacher plutôt à donner les images des choses comme d'ordinaire nous les voyons arriver que comme notre imagination se les figure )). Elle dit encore : (( Nous avons entrepris de raconter les choses comme dies sont et non pas comme elles doivent être. )) Ces formules ont bien I'air d'annoncer du réalisme. Après cda, les Nouvel/es françaises ne sont pas du tout réalistes : c'est grand dommage. Mais lui, Furetière, dès Ie début de son Roman bourgeois, -et Ie titre est déjà significatif, :- annonce que ses personnages ne seront point des héros ni des héroïnes, (( ne dresseront point d'armées, ni ne renvcrseront de royaumes )) ; ce seront (( de ces bonnesgens de médiocre condition qui vont tout doucement leur grand chemin, dont les uns seront beaux et les autres laids, les uns sages et les autres sotS)), L'on vous peindra Ie monde bourgeois, plus proche de vous qL:e les princes et les princesses de I'Antiquité ou des pays étranges, L'idée de Furetière a beaucoup d'analogie avec I'idée qui, au siècle suivant, donnera vaille que vaille Ie drame bourgeois de Sedaine, de Diderot, <Ie Beaumarchais. Et puisqu'on a pu noter quelque ressemblance de

Beaumarchais et de F uretière, pour leurs factums, je crois que F uretière eût approuvé ce passage de r Essai sur Ie genre dramatique sérieux : (( Que me font à moi, sujet paisible d'un f:.tat monarchique du Xvm e siècle, les révolutions d'Athènes et de Rome? quel véritable intérêt puis-je prendre à la mort d' un tyran du Péloponèse? au sacrilice d'une jeune princesse en Aulide? II n'y a, da, !\ tout cela, rien à voir pour moi, aucune moralité qui me convienne... I) ?areillement, F uretière prétend nous intéresser à des gensdu commun, dont les aventures pourraient être les nôtres.

Une autre ambition de Furetière est d' (( éviter Ie chemin baUu des autres )). A ceUe fin, iI rendra (( mobile II la scène de son roman, la promènera dans divers quarliers de Paris : et d'abord il l'établit sur la place Mauberl, où demeurent volontiers les bourgeois. Or, Mile de Scudéry aussi, dans ses romans, peint divers quarliers de Paris: mais non pas ceUe place Maubert! Elle peint Ie Coursla-Reine, com me ceci : (( Qualre grandes allées, si larges, si droiles, si sombres par la hauteur des arbres qui les forment, que ron ne peut pas voir une promenade plus agréable que celle-Ià. II Reconnaissezvous Ie Cours-Ia-Reine? EI, à côlé, coule un fleuve (( donI les eaux sont si pures que celles des fontaines les plus pures et les plus fraíches ne les égalent pas)) : c'e3t la Seinè, sous Ie nom du fleuve Choaspe I Mlle de Scudéry avait Ie don de peindre vague. T andis que, la place Maubert de Furetière, on ra vue, EI, les gens de la place Maubert, on les voit, Le père Vollichon n'a-t-il pas Ie relief d'un personnage de Balzac Ie jeune? C'esl un petit homme trapu et grisonnant, (( du même âge que sa caloue. 11 avoit vieilli avec elle, sous un bonnet gras et enfoncé, qui avoit couvert plus de méchancetés qu'il n'en auroit pu tenir dans cent autres lêtes et sous cent autres bonnets... )) V ollichon est un homme de chicane: et la chicane roccupe comme Ie diable un corps de possédé... (( II avoit la bouche bien fendue, ce qui n 'est pas un petit avantage pour un homme qui passe sa vie à clabauder et donI une des bonnes qualités, c'est d'être fort en gueule... )) Bon ceil, et l'oreille excellenle, (( car elle entendoit Ie son d'un quart d'écu de cinq cents pas )). Etvoleur, au moins chapardeur: (( II regardoit Ie bien d'autrui comme les chats regardent un ois::au dans une cage, à qui ils tâchenl, en sautant autour, de donner quelque coup de griffe. II V ollichon, qui travaille de son métier depuis longtemps, est riche et fort décrié, L'habileté lui a procuré la fortune, et la fortune tout Ie resle, fors seulement rhonneur, dont au surplus il n'élait pas très curieux. Un autre personnage du Roman bourgeois esl remarquable, une nommée Lucrèce, fille d' un référendaire à la chancellerie, élevée par un oncle, avocat de la dernière catégorie, très mal élevée, joueus et qui gagne sa vieau jeu : elle gagnelesuperHu aux présents qu'elle oblientde ses amoureux, Elle intrigue ses amoureux, leur fait signer des promesses de m<Ìriage et aUrape des deux mille écus, de temps en temps, pour avoir été compromise, Dangereuse fiUe, et qui proSte de ses dangers! F uretière, en vérilable réaliste, se plaÎt à peindre surlout des bonshommes et bo:mes femmes qui ne sonl extraordinaires ni par les vices rares ni par les verlus étonnantes : I'humble moyenne de la vie I'auire particulièrement. Mme Vollichon n'est point un monstre ni un ange. Mais bavarde! Et die vous assomme de ses enfants, de leurs (( mièvretés)) et (( portiqueries )) ou gambades. Elle tient bureau de médisance; et, quand on esl fatigué de médire, on se plaint de l'embarras que donnent les enfants, de l' ennui que donnent les servanles : Mme Vollichon demande si ron n'en connaÎt pas quelqu'une, ayant dessein de chasser la sienne, dont les défauts sont tels, et teUes les qualités, moindres que les défauls. Elle se lamente sur la cherté des vivres et aflirme avec chagrin (( qu' un ménage a la gueule bien grande II. Elle est copiée d'après nature, Le roman de F uretière a ce mérite et cet a3rément de nous offrir une vive et piUoresqueimage d'une époque, lasienne, etd'uncoin de celte époque OÙ les autres écrivains ne nous mènent pas, F uretière a du talent. Et, s'iI n'est pas un grand écrivain, - car les meilleurs passages de son livre sont à chercher dans du fatras, - iI a un joli art de voir el de noter ce quïl a vu, Ses inconvénients les plus fâcheux sont, au bout du compte, ceux qu'on n'évite pasquand on s'est promisdepeindre la réalité. II n'apas très bien composéson roman: comme aussi la réalilé n'est pas arrangée à merveille et selon des règlesde beaulé. II est quelquefois ennuyeux : comme I'est aussi la vie quotidienne. II évile Ie romanesque et, souvent, n'a rien pour Ie rem placer. Puis ses bourgeois ou gens de rien sont, en dernière analyse, des âmes réduites à une tclle simplicité quïl n'a point de miriliques découvertes à y faire. II en indique les traits bien marqués; iI dessine et co:orie habilement Ie costume de ces âmes : et, là-dessous, en vérité, ce sont à peine des âmes. F uretière, en somme, prélude au roman réaliste; mais iI a donné des pages de croquis, plutôt quïl n'a déjà su combiner tout un roman. II esl, dans son genre, un primilif.

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PRÉSENTATIOS AU ROI DU DlCTlO'/NAIRE DE L'ACADiMIE FRANÇAISE, - Gravure orn3nt I'ÉpÎtre au ro; en tête de la première édition (1694).

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DIX-SEPTIÈME

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