‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 374 sur 402 · BOSSUET PRÉCEPTEUR DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

BOSSUET PRÉCEPTEUR DU DAUPHIN

:; l\/ommé précepteur du Dauphin Ie 13 septembre 1670, Bossuet se donna tout entier à sa mission, De son Programme, tel qu'il rexpose à Innocent XI (De institutione Delohini), retenons ces traits: il apprend au prince /'histoire de France et lui fait lire (( quelques auteurs de la nation II. [Ilui o/fre des modèles : (( Après saint Louis, nous lui proposons Louis le Grand. II II annonce au pape qu'il composera pour son .disciple divers ouvrages, dont il définit /'idée: ce seront, notamment, Ie Discours sur I'histoire universelle et la Politique tirée de I Ë.criture saint .

Le Discours parut en 1681. Vers la fin de sa vie, Bossuet 1) fit des additions importantes, surtout pour établir rauthenticité des E;critures. Ces corrections sont imprimées pour la pluparl dans /' édition d' H erhan, 1805, Consulter aussi /' édi- Iron ]acquinet, 189/.

La Politique tirée des pro;>res paroles d I'Ecrilur sainte ne lut composée qu'en partie auprès du Dauphin. Bossuet /'a remaniée plusieurs lois. Son neveu la publia avec des retouches en 1709.

Ajoutons enfin son Introduction à la Phi!oso;:>hie (1677), destinée, die aussi, à /'instruction du Dauphin, et qui a été imprimée sous Ie titre De la connaissance de Dieu et de soimême, en 1722, d'après une copie et sans nom d'auteur; en 1846, d'après Ie manuscrit.

A consulter: Floquet, Bossuet précepteur du Dauphin, 1863.

BOSSUET avait réuni autour de lui les homm s distingués, amassé les documents, rédigé les leçons qui pouvaient s rvir à son objet:

laire du roi futur un bon chrétien, un bon Français et un grand roi. Y a-t-il réussi, et Ie Dauphin, s'iI avait régné, aurait-il satisfail à tous ces vceux ? Non, si nous en croyons Saint-Simon. Celui-ci, il est vrai, est sus;:>ect: et mieux vaul recourir à Bossuet lui-même, pour qui Ie Dauphin, nous dit Saint-Simon, avait (( conservé de I'amitié et de la considération )'. Or, Ie témoignage de Bossuet n' est pas beaucoup plus la"orable. Au moment o:t ceUe éducation approche de sa

hn, iI écrit à 1\1. de Bellefonds : (( II y a bien à souffrir avec un esprit si inappliqué; on n'a nulle consolation sensible II. II s'inquiète de I avenir, et l'on est conduit à se demander s'il a été un excellent précepteur, s'iI a su exercer sur son élève l'inRuence intime et profonde par laquelle se façonnent les esprits et les caractères, Du moins ces années d'enseignement ne furent pas stériles pour les leures françaises, Aussi importe-t-il peu, par exemple, que Ie Discours sur /'histoire universelle ait ou n'ait pas aueint Ie but pédagogique que Bossuet lui assigne dans son avant-propos, s'il nous apporte dans sa première partie un vaste tableau des (( époques II historiques jusqu'à Charlemagne; si, dans sa seconde partie, OÙ la (( suite de la religion II est développée, il nous propose quelques preuves de la vérité du christianisme qui sont personnelles à Bossuet: et si enhn sa troisième partie donne de la grandeur et de la décadence des (( Empires II, et particulièrement de Rome, une admirable fresque dont Montesquieu se souviendra et qu'il ne fera pas oublier. Bossuet a voulu faire ceuvre d'historien, II a recouru aux vraies sources, à Thucydide, à Tite-Live, à Tacite, surtout à Polybe. Qu'on ne lui reproche pas des lacunes, des omissions : iI ne veut retenir de I'histoire universelle que les grandes lignes, qui convergent vers son dessein général. Qu'on ne lui reproche pas non plus ce dessein, qui est d'exposer sa philosophie de l'histoire, et d'avoir de parti pris vu par les yeux de la foi Darius et Cyrus, Alexandre, les Romains, Pompée et Hérode agir sans Ie savoir, selon l'expression de Pascal. pour la gloire de l'Ë.vangile. CeUe vue d'ensemble ne lait point de torI à la vérité historique du détaiL Elle n'intervient pas constamment au cours de ces pages, et un historien détenr.iniste aurait pu en signer Ie plus grand nombre. Du reste, la philosophie qui organise l"histoire universelle par rapport à I'établissemcnt du christianisme, si elle paraît exclusive, ne l'est pas à un plus haut degré que la philosophie des (( petites causes II, la phi!oso;Jhie de cet Essai sur les mæurs qui prétendra continuer l'ceuvre de Bossuet. Le prince à qui étaient données ces grandes leçons d'histoire recevait de la même bouche des leçons de (( politique tirée de l'Ë.criture sainte II. Les propositions qui les comj:osent forment une théorie complète de la monarchie abso!ue et de droit divin, telle que Bossuet pouvait la dégager de ses sources : la Bible, Ie De regimine principum de saint Thomas, et Ie.; traités d'Aristote et de Hobbes, II est facile de critiquer cet ouvrage, mais il est un peu excessif de lui reprocher de ne pas faire, dans ces pages adressées au Dauphin, la théorie du droit à la révolution. On regreUe peut-être à plusjuste titre l' (( utilisation II que fait Bossuet des paroles de l'Ë.critur s uns s'étonnent que ce petit peuple juif, qui n'a pas eu des maximes pour tous les temps et surtout pour les grandes nations modernes, soit sans cesse appelé en témoignage et proposé en exemple. Les autres s'afRigent que la loi céleste et éternelle, la loi d'amour, serve à justifier les réalités terrestres et passagères, brutales souvent, de la politique. Seulem nt, quelles (( propositions II Bossuet charge-t-il la loi divine de justiher? II enseigne quO (( il n'y a point de force coactive contre Ie prince II, mais que (( les rois ne sont pas pour cela affranchis des lois II : qu' (( on peut employer la rigueur contre les observateurs de fausses religions II, mais que (( la douceur est préférable II: que (( l' autorité royale est paternelle )1 et que (( son propre caractère, c'est la bonté II : que (( les rois doivent respecter leur propre puissance et ne l'employer qu'au bien public II, La monarchie ainsi conçue, si elle a conscience de sa force et de ses droits, est aussi requise de pratiquer toutes les vert us qui peuvent rendre un régime bienfaisant, aimable et durable. Si les puissants avaient mieux écouté ces conseils, Bossuet aurait peut-être épargné au siècle suivant maintes épreuves et beaucoup de sanglantes aventures.

II est une science plus difhcile et plus rare que la po\itique et l'histoire : la connaissance de soi-même. (( Ici, écrivait Bossuet à Innocent XI, pour être parfait philosophe, rhomme n'a pas besoin d'étudier autre chose que lui-même ; et, sans feuilleter tanl de livres, sans faire laborieusement des recueils de ce qu'ont dit les philosophes ni aller chercher si loin des expériences, en remarquant seulement ce qui se trouve en lui, il reconnaît par là I'Auteur de son être. II CeUe phrase peut résumer Ie Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, livre de psycholo;\Íe et de physiologie à la fois, Les notions anatomiques n'y sont pas d'une grande sûreté; mais Bossuet les emprunhit am: savants de son temps. II a pris pour guide Descartes; iI a assisté à des cours de I'anatomiste Guichard Duverney; et son traité, I'abbé Ledieu nous en témoigne, (( après avoir été vu par des personnes très habiles, par des physiciens de profession, par des médecins et des anatomistes du premier ordre, a été mis au-dessus de tout ce qui a jusqu'à présent paru sur ceUe matière II. Là encore nous retrouvons la preuve de son incessant labeur. Le précepteur, pour instruire Ie Dauphin, s'est instruit lui-même.

Ces connaissances plus étendues sur les chos s profanes, ces ho-

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T1zons que ses maîtres ne lui avaient peut-être pas assez largement découverts, vont lui apporter des forces pour I'action et pour la controverse. Car il n'a pas cessé et ne cessera pas d'être sur la brèche,

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