BOSSUET POLÉMISTE
:: l/ flit polémiste, en un sens très noble de ce mot, par tempérament et par devoir; il Ie jut, et simu/tanément : 1 0 contre Ie protestantisme; 2 0 contre /'ultramontanisme; ]0 contre la morale relâchée; 4" contre Ie quiétisme; 50 conire certaines nouveautés qui /'inquiétaient, surtout en matière d'exégèse.
I"} Ce n'est point par la violence qu'il voulut combatfre Ie protestantisme. Sans doute if approuva la révocation de /'édil de Nantes et même la célébra dans son Oraison funèbre de Le Tellier; mais il pensait que II /' Eglise n' a que des armes spiriluelles II, et, par conséquent, lIne se sert jamais de la force)}; il travailla à atfénuer les rigueurs qui afteignaient les I'éformés; surtout il travailla à les ramener au catho/icisme par la persuasion. 1/ leur opposa d'abord des arguments théo/ogiques dans ses discussions avec les ministres protestants, lors de son séjour à Metz (Réfutation du catéchisme de Paul Ferry, 1655); dans la conférence à laqud/e M Ie de Duras /'invita aVec Ie ministre Claude (Re'ation de la cO:1férence avec Claude, 1682); en/ìn dans sa belle Exposition de la doctrine catholique (1671), qui fut d'une grande efficacité, mais qui provoqua les ripostes des p.otestants et de certains catho/iques. Ceux-ci lui reprochaient trop d' eS'Jril de conciliation envers ceux-Ià; et ceux-Ià prétendaient qu'il déguisait les croyances catho/iques. Plus tard, sous /'inf/uence de ses adversaires eux-mêmes, et aussi des études qu'il a entreprises à /'intention du Dauphin, les ar<.;uments de Bossuet sont plus souvent appuyés sur /'histoire. Cest ainsi qu'après son Traité de la communion sous les deux cspèces (1682), il publia ce chef-d'æuvre, /'Histoire des variations des églises protestantes (2 vol, in-4", 1688; 2 e édition, 4 vol. in-8", 1689), qui souleva les injures des gazetiers protestants et les répliques des chefs du parti : Jurieu (Six lettres pastorales, 1688-1689), Jacques Basnage (Histoire de la religion des églises réformées), etc... Bossuet répond à Jurieu et à Basnage par ses six Avertissements aux protestants et par la Défense de I'Histoire d s variations.
1/ obtint, au cours de ces controverses, de nombreuses conversions particulières: celles de Dangeau, de Turenne, du marquis de Lorges, de lord Perth, du Danois Winslow, de M'" de Duras. Mais il échoua dans Ie grand dessein qu'il tenta de réaliser en 1691, de concert avec Van Muehlen, abbé de Lo hum, et qu'il repril en 1699 avec Leibniz : la réunion des Eglises.
2") L'ultramontanism lui paraissait un obstacle à ce væu de ramener les réformés au catho/icisme. De plus, ses traditions de famille, ses propres méditations, en/ìn la politique du TOi /'inclinaient au gallicanisme. En 1681, lors du conf/it qui éclata entre Louis XI V et Innocent XI à propos du droit de régale, un conci/e national se réunil, et c'est B:Jssuet qui dut 1) prononcer Ie sermon d'ouverlure, ce serm:Jn sur I'Unité de ì Ë.glise, que Maury aÞpelait II un prodige d'érudition, de sagesse et de génie 11,1/ tâcha d'atfénu r Ie conf/it et d'écarter !e schisme menaçant, Sa rédacti:Jn de f.:z DSclaration, qui promulguait la doctrine gallicane, était très modérée, l/ dut néanmoins entreprendre de la défendre, notamment contre Rocca, rti, /'archevêque ultramontain d Valence. Quand Ie roi changea de po/itique à /'égard de Rome, Bossuet abandonna la défense entleprise :
(( Abeat Declarat;o quo libuerit II, s'écria-t-il; ce que Joseph de .'\1 aistre a traduit de cefte façon trivia/e et juste :
II Que la Déclaration aille se promener! )1 Voir Joseph de tv1aistre, De l'Ë.glise gallicane,
1821, et Latreille, Joseph de 1\1aistre et Bossuet (Revue d'histoire littéraire de la France, 1904-1905).
]0) Ce gallicanisme n'allait pas sans sympathie pour les jansénistes. Bossuet les a condamnés, sans doute, mais seulement à cause des cinq propositions II qui sont, dit-il, dans Ie livre de Jansénius, et qui même sont tout Ie livre II. 1/ n'était pas des leurs (on Ie voit clairement dans son Oraison funèbre de Nicolas Cornet), mais il entretenait aVec eux des relations amica/es, Comme eux, if Julmine contre les casuistes. Comme Nicole, il condamne Ie théâtre dans ses I\laximes et RéRexlOns sur la Comédie, OÙ il développe les idées qu'il avait déjà opposées, dans une leftre, à une dissertation du P. Caffaro, favorable au théâtre (1694). Comme Pascal, il condamne la triple concupiscence dans son Traité de la Concupiscence (publié en 1731) et particulièrement la curiosité de /'esprit, /'orgueil de /'intelligence. Sur cefte question du jansénisme de Bossuet, les criliquzs sont divisés : les uns insistent sur les tendances jansénistes de ses écrits; d'auires en afténuent la portée. 4") Bossuet s'engagea aussi dans la luffe contre Ie quiétismc. Vne mystique, /vI ' Guyon, avail mis en faveur la doctrine du (( pur amour )1, selon laque/le /'âme doit s'abanclonner à Dieu et jouir d'une quiétude parfaite, sans se préoccuper des æUVres extérieures ou même des dérèglements du corps, Elle y avail incliné de grandes dames: M",r de Chevreuse, M'" de Beauvi/liers, M"te de Maintenon, et /'abbé de Féne/on, Ce/uici lui conseilla de soumetfre ses livres à /'évêque de Meaux, ßossuet les examina, de concert avec M, de Noailles et M. Tronson, dans les conférences d'lssy (1695), et il amena Fénelon à signer la condamnation de Les doctrines. Mais ce ne jut qu'une trêve, durant laquelle Bossuet sacra Fénelon, nommé archevêque de Cambrai, La lufte reprend avec les Maximes des saints de Féne/on, bientôt sui vies de I'Instruction sur les états d'oraisO:1 (/697), de Bossuzt. Féne/on en appe/le à Rome et, après un long procès OÙ les adversaires multlplient intrigues et aftaques (voir la Relation sur Ie Quiétisme de Bossuet, 1698), Féne/on est condamné et se soumet entièrement, - lei encore la critique se div,se, fal'orable tantôt à Bossuet (Crouslé, Fénelon et B:Jssuet), tantôt à F énelon (Henri Brémond, Apo!ogie pour Fénelon).
5") Bossud soutient encore des polémiques contre les nouveautés qui /'inquiètent dans /'exégèse d'un Richard Simon (Instructions sur la version du Nouveau T e5tament: Dde:Js
de la tradition et des 5aints Pèr s), ou chez un El/ies du Pin (Mémoire de ce qui est à corriger dans la II Nouvelle Bibliothèque ecclésiastique )}}. 1/ s'élève aussi contre la phi/osophie de Ma!ebranche, et surtout contre la phi/osophie de Spinoza, OÙ il pressent la libre pensée, Ie déisme, /'athéisme du XViII siècle.
II 1/ mourut Izs arm s à la main )}, dit Saint-Simon.
DANS presque toutes ses controverses, ce qu B;Hsu t combat, c '(st I'esprit naissant du XVIIIe siècle.
Le XVIIIc siècle dévdo;:>pera celie tendance, que déno,cznt les Maximes sur la Comédie, II je ne sais qudle dispositIon inquiète eì vague au plaisir des sens, qui ne tend à rien et qui tend à tout, . Le XVIIIC siècle de },-}, Rouss au est par avance dans Ie quiétismc de Mme C:.Jyon, dans celie sensibilité hop dédaigneuse de la raison, Et Bossuet lui oppose un christianisme plus simple, plus fruste peutêtre, - point ra,ionaliste toutefois: car, dès que la raison, dit-il. s'avise de proscrire une vérité de foi, vous ne pouvez I'arrèter sur ce
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ÄUTOGRAPHE DE BOSSUET (Sermon sur l'amb'lion).