‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 380 sur 402 · MALE BRANCH E · texte numérisé non relu

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BOSSUET est un orateur, Bourdaloue un dialecticien, Massillon parfois un rhéteur: Fléchier est un bel esprit, I'ami de (( I'incomparable Arthénice II, et dans ses M émoires sur les Grands Jours d Auvergne, s'il raille les Madelon de province, il sacrilìe aux Cathos de Paris, C'est à elles pour une part qu'il doit cette (( douceur )), I( cette élégance)), qu'il se Ratte, dans Ie portrait qu'il a tracé de lui-même, d'avoir su donner à son style, en particulier à ses lettres, (( ingénieuses et délicates )), Peut-être aussi est-ce à sa formation mondaine qu'il doit d'avoir si bien parlé, et si lìnement, des grandes dames dont il a fait I'éloge funèbre. Les femmes ont aimé son éloquence; Mme de Sévigné, qui avait jugé que Mascaron s'était surpassé dans son oraison funèbre de Turenne, donna la palme à Fléchier. Mais à I'élégance et à I'esprit il sut joindre parfois la force: Ie tableau d'une armée qu'il trace dans I'Oraison /unèbre de Turenne a de I'ampleur et de I'énergie : et aussi la peinture de Turenne mourant, de I( ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore Ie foudre qui I'a frappé)), Enlìn, si Fénelon, apprenant la mort de Fléchier, s'écriait : (I J\:ous avons perdu notre maître, )) c'est que Fénelon a quelques-uns des défauts de Fléchier, mais c'est aussi que Fléchier a quelques-unes des qualités de Fénelon. f.vêque de Nîmes, il sut. dans ce diocèse OÙ les protestants étaient nombreux, agir avec fermeté, mais aussi avec douceur : et, s'il faut résumer l'impression qu'il nous laisse, nous citerons ces lignes, en regrettant seulement qu'elles soient de Fléchier lui-mème : (( On peut remarquer dans ses yeux et son visage je ne sais quoi qui répond de son esprit et de sa probité... II gagne beaucoup à être connu. ))

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CORTt.GE FUNÈBRE DE TURENNE, - Gravure oman! son Oraison funèbre par Ie p, Menes!rier, 1676.

Massillon

,) Né à HJ)ères en 1663, élève des oratoriens, oratorien lui-même en 1681, il devient directeur du séminaire de Saint- Magloire, à Paris, En 1699 commence la série de ses grands triomphes oratoires. II prononce foraison funèbre du Dauphin, celIe de Louis XIV. bvêque de Clermont en 1717, il prêche Ie carême de 1718 devant Louis X V enfant; puis il s' enferme dans son évêché, ne prenant plus la parole que rarement; i I meurt en 1742.

CEuvres complètes publiées par l'abbé Massillon, 15 vol. in-12, 1745-1748; par Blampignon, 4 vol. in-8" , 1865-1868 et1886.

LES SERMONS de ce Provençal un peu rhéteur ont plus d'édat et d'élégance que de profondeur. II ne fut guère théologien, et même iI fut un peu profane, car les textes sacrés ne tiennent dans sa prédication qu' une place modeste. Au contraire de Bourdaloue, iI veut d'abord toucher. Son action, pleine de tendresse, vient du cæur, On perçoit en lui I'espèce d'éloquence, la sensibilité qui plaisent au siècle naissant, Aussi Ie XVIIIl' siède l'adoptera, Voltaire et les philosophes Ie liront. C'est d'ailleurs à la cour incrédule de la Régence qu'il s'adresse dans son Petit Carême- et, dès lors, qui s'étonnerait qu'i\ soit peu théo!ogien? Ce n'est pas à dire qu'il ne sac he êtrechrétiennement moraliste, I'orateur que Louis XIV vieillissant ne pouvait entendre sans se sentir mécontent de lui-même; et ce n'esl pas à dire non plus que Bossuet ou Bourdaloue I'eussent désavoué. Bourdaloue pensait : (( II grandira, je diminuerai, )) et Bossuet avait été content d' un sermon de Massillon, quoiqu'il eût déclaré en une autre occasion que (( cet orateur bien éloigné du sublime n'y parviendrait jamais n. II n'est point parvenu au sublime, en efIet: il est resté dans cette région moyenne OÙ la grâce n'est pas encore la beauté, ni l'émotion Ie pathétique; mais cette émotion et cette grâce reRètent une âme vertueuse et candide, une âme de prêtre et d'honnête homme,

L'action de tous ces glorieux orateurs s'exerça profondément sur la société de ce temps, Elle contribua à lui inspirer cette dignité qui avait manqué aux premières générations du XVII C siède, ce souci des questions morales qui confère au sièc e de Louis XIV, malgré tous les scandales que peuvent recouvrir les plus nobles façades, un air de gravité, de grandeur simple et harmonieuse, Louis Veuillot prétend que la morale publique doit moins à 1\10lière qu'à Bourdaloue. Sans diminuer I'æuvre de notre grand poète comique, on peut juger timides ses censures contre les vices de la société, quand on les compare à celles des orateurs chrétiens. Le XVII Ie siède saura tirer parti de cette critique des conditions, et ilia tournera contre les institutions mêmes que les défenseurs du christianisme avaient voulu sauver,

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