‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 379 sur 402 · LE DIX-SEPTIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTIEME SIECLE

BOURDALOUE, parJouvenet (Pinacothèquede Munich).

FLÉCHIER (8, N,. Cabinet des Estampes).

MASSILLON (8, N.. Cabinet des Estampes).

pensée: II Orateur, théologien, philosophe.... parlons d'avance Ie langage de la postérité : un Père de I'f.glise. )) La postérité a souscrit à cet éloge, Joseph de Maistre. qui disait : (( II aurait dû mourir après avoir prononcé son sermon sur /' Unité. comme Scipion I'Africain aurait dû mourir après la bataille de Zama )), faisait cependant cet aveu : I( Je plie sous cette trinité de talents qui me fait entendre à la fois dans chaque phrase un logicien, un orateur et un prophète. )) Logicien. il a tenu entre ses mains. seton 5a forte image. II la clef de I'f.glise )) (Histoire des variations, IV. 31). II offre aux intelligences, comme modèle et comme guide, I'exemple de sa raison claire et robuste appuyée sur I'érudition historique. r excmpie de son respect de fa tradition et de sa passion pour la vérité. Orateur. iI anime d'un large Iyrisme cette puissante logique; par delà trois siècles. la voix qui touchait les grands nous touche encore; I'accent qui brisait les dernières résistances d' un Winslow persuade encore ceux qui. sur Ie chemin de la croyance, subissent à la fois son empreinte et celie de Pascal. Prophète enfm, sïl n 'a pas conj, uré iI a prévu du moins les périls que la critique et la libre pensée devaient faire courir à la religion catholique; et il a senti peut-être que son nom serait un jour invoqué. parmi les luttes et les tentations de la conscience moderne. au nombre de ceux dont on dit : (( C'étaient là les forts de rf.glise. dont nulle tentation ne peut ébranler la foi ni les arracher de I'unité. )) (Histoire des variations,)

Bourdaloue

Né à Bourges en 1632, Bourdaloue entra dans la Compagnie de }ésus et resta en province jusqu'en 1669. En 1669. il est à Paris et prêche un Avent; en 1670, il prêche devant Ie roi. Un concert d'élo1!es l'accueille. et jusqu'à sa mort, en 1704. il restera Ie sermonna;,.e Ie plus cé/èbre de son temps. Ses Sermons ont été publiés d'abord par Ie P. Bretonneau, 16 vol, in-B" , 1707-1734. De plus, il en existe des versions subreptices, dont l'abbé Eugène Griselle a tiré parti dans son édition. en cours de publication, des <Euvres complètes. 1919. L'abbé E. Griselle a en outre publié des sermons inédits de Bourdaloue et une Histoire critique de la prédication de Bourdaloue, 2 vol.. 1901.

(( QUAND Bourdaloue eut paru dans les chaires de Paris, dit Voltaire. Bossuet ne passa plus pour Ie premier prédicateur de son temps, )) A la vérité, quand Bourda!oue paraÎt dans les chaires de Paris, Bossuet ne parle plus que rarement en public: il n'est point vrai que les mêmes auditoires aient pu les comparer run à I'autre; il n'est donc pas besoin de chercher avec Lamartine I( la raison de cette préférence d'une argumentation froide sur une éloquence sublime II. On observerait plus justement qu'ils ont poursuivi deux objets différents de la prédication : on a dit depuis iongtemps que Bossuet fut I'orateur et Bourdaloue Ie dialecticien de la chaire, Cet amour de la dialectique, Bourdaloue Ie manifeste surtout dans la composition de ses sermons, II annonce vigoureusement son plan; jJ divise les idées, selon les préceptes cartésiens, (I en autant de par-

celles qu'jJ se peut II. et jJ fait des (I dénombrements entiers )), Son style aussi est d'un dialedicien. Cet accent personnel que I'on discerne chez Bossuet est très rare chez lui. II ne veut point II toucher II. mais instruire: (( Les discours pathétiques et affectueux qu'on vous a faits ont ému vos entrailles; mon dessein est de convaincre votre raison. )) Dans I'oraison funèbre. jJ a trop mesuré cette Hamme qui jaillit du cceur, et quand il parle de Condé, il ne trouve pas les accents de Bossuet, Son imagination se contient. Parfois une image sobre déchire Ie tissu des idées abstraites. lorsqu'il dit par exemple que les saints I( ont enté Ie christianisme sur Ie monde )), Mais Ie plus souvent jJ réfrène ces mouvements où I'orateur devient poète. II prêche, non point. comme Ie veut une légende. les paupières baissées, mais les yeux fermés au monde des formes et des couleurs.

II ob5erve la société et I'âme humaine d'un regard averti de confesseur. Ce prêtre qui a recueilli les confessions suprêmes d'un Colbert et d'une Fontanges possède une profonde connaissance de son siècle. II lait la guerre à ses vices. sans ménagement pour les particuliers quïl traduit à son tribunal: Arnauld, Pascal, à qui il ne pardonne pas les I( libelles )) répandus contre son ordre (Sermon sur la médisance); Molière. dont Ie T artufe a favorisé Ie libertinage (Sermon sur l'hypocrisie). II n'est pas moins sévère pour les abus de son temps: fìlles consacrées au couvent contre leur vocation, cadets sacrifìés, domestiques maltraités. II passe en revue tous les états. toutes les conditions; et, dans ses analyses d'une psychologie aiguë. il semble que Ie siècle en tier vienne. homme après homme ou groupe après groupe. rendre compte de toutes les atteintes qu'il a portées aux lois rigides de la morale.

Car. on a pu Ie dire avec justesse, la morale de Bourdaloue est la morale la plus janséniste que jamais jésuite ait professée. Elle est dominée par I'idée de la mort et par lïdée d'un Dieu exact dans les comptes qu'il demande et dans la II rançon )) quïl exige (Sermon sur faumóne), A une telle pensée, ceUe âme d analyste et de dialecticien se trouble et gémit, II voit les âmes réprouvées; il se substitue à elles en esprit; il se sent I( rongé de ce ver qui ne meurt point )) ; et. devant un tel tableau. il ne peut maintenir son calme de raisonneur et de juge : II Mon corps même en frémit. )) (Sur I' éternité malheureuse,) Ce cri suffìt à corriger ce que nous avons dit de sa dialedique serrée et froide : sous ces divisions si savantes, sous ce style sobre et abstrait. I'émotion palpite en secret; et si Bourdaloue n'a pas Ie Iyrisme de Bossuet. la peinture qu'il nous présente est cependant pathétique, la peinture des misères cachées sous la splendeur. et. pour ainsi dire. la confession du grand siècle transmise à la postérité par la bouche de son confesseur.

Fléchier

Né en 1632. près de Carpentras, Esprit Fléchier, professeur à Narbonne. puis précepteur chez M. de Caumartin. fréquente fhóte/ de Rambouillet, accompagne Ie jeune Caumartin en 1665 aux Grands jours d'Auvergne, II prononce avec un grand succès de nombreuses oraisons funèbres : celles de M'''' de Montausier (1672). de la duchesse d'Aiguillon (1675).

de Turenne (/676), de Lamoignon (/679), de Marie- Thérèse (1683), de Le Tel/ier (/686), de la Dauphine (/690), du duc de Montausier (/690). bvêque de Lavaur en 1685, de NÎmes en 1687, il mourut en 1710.

Ses CEuvres complètes ont été publiées par fabbé Ducreux, NÎmes, 10 vol, in-8 o , 1782, Ses Mémoires sur les Grands Jours d'Auvergne ont été publiés en 1844 par Gonod, en 1856 par Chéruel.

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