POETES CONTEMPORAINS OE LA FONTAINE
en Benserade un auteur dont on pouvait sans ridicule prononcer Ie nom à côté de celui de Corneille ou de La Fontaine. II était né à Paris en 16 13 et it était d'authentique noblesse. II avait débuté en donnant des tragédies et des comédies aux comédiens de rHôtel de Bourgogne. Par ses bons mots et ses petits vers, il charma la reine mère et i\lazarin. Comblé de bénélices ecclésiastiques, nanti de revenus considérables, il possédait à Gentilly une belle maison et rou!ait carrosse. Louis XIV Ie tint en grande estime, et ron a même dit que ce fut sur rinvitation du roi que Benserade mit en rondeaux les l'vlétamorphoses d'Ovide, déplorable invention qui déçut ses p us ferventes admiratrices, II fut jusqu'à sa mort (1694 Ie fournisseur attitré de la cour pour les divertissements et les devises. II composa tous les ballets de Versailles. II excellait dans rallusion, Quand ses æuvres furent réunies après sa mort, Ie privilège contenait celie phrase signilicative : (( La manière dont il confonJait, dans les vers quïl faisait pour les ballets dans Ie commencement de Notre règne, Ie caractère des personnages qui dansaient avec Ie caractère des personnages qu 'jls représentaient, était une espèce de secret personnel qu'il n'avait imité de personne et que personne n'imitera jamais de lui, )) II versiliait avec adresse. Une line élégance Ie sauvait souvent de la platitude. Le sonnet célèbre OÙ il paraphrasa Ie livre de Job était d'un tour assez ingénieux. On est néanmoins surpris que ces vers aient, dans la société d'alors, excité tant d'enthousiasme et de disputes qu'il s'ensuivit une véritable guerre lilléraire : Corneille luimême dut intervenir pour apaiser la querelle des jobistes, les tenants de Benserade, et des uranistes, les tenants de V oiture.
Mme Deshoulières
Elle sut si bien attendrir ses contemporains sur son chien, sa chatte, ses I( petits moutons)) et ses brebis chéries, que ces fadaises passèrent dans les anthologies et rendirent la postérité sévère à la mémoire de la II dixième muse )), Sainte-Beuve, et, après lui, quelques critiques, se sont avisés de feuilleter les ouvrages de ]\1me Oeshoulières et y ont trouvé des vers plus dignes d'être retenus que ceux des trop célèbres idylles. 1\1 me Oeshoulières avait une imagination indigente, mais une sensibilité vive, un esprit original où se mêlaient aux préciosités de rHôtel de Rambouillet un I( grain d'esprit fort n, selon rexpression de Sainte-Beuve. Enlin, dans plusieurs de ses poésies, on surprend récho des tristesses et des souffrances qui désolèrent sa vie et assombrirent ses pensées, Antoinette de Ligier de La Garde naquit à Paris en 1638: son père était maître d'hôtel d'Anne d'Autriche, sa mère appartenait à une famille de robe. Elle apprit Ie latin, ritalien et respagnol. Le poète Hainault lui enseigna rart des verso A treize ans et demi, elle épousa un gentithomme poitevin, Guillaume de La Fon de Boisguérin, seigneur des Houlières, qu 'elle aima toujours d'un amour lidèle et passionné, Bientôt elle fut séparée de son mari. Celui-ci, s'étant attaché à la fortune de Condé, avait dû passer dans les Flandres. Après Rocroy, elle alia Ie rejoindre à Bruxelles. Elle y fut entourée d'adorateurs, et Condé ne fut pas des moins assidus. Cependant la cour d'Espagne ne se hâtait point de payer les appointements qu'elle avait promis à ses serviteurs. Mmc Oeshoulières s'en plaignit si amèrement que les Espagnols jugèrent bon de renfermer dans Ie château de Wilworde. Elle y resta huit mois, occupant ses loisirs à lire rf.criture et les Pères. Elle fut tirée de prison par son mari, aidé de quelques soldats dévoués, T ous deux, à la faveur d'une amnistie, ne tardèrent pas à rentrer en France. A Paris, précieux et précieuses fêtèrent Mme Oeshoulières. Mais la malheureuse femme était ruinée, ses affaires domestiques étaient tombées dans Ie plus grand désordre : c'était la gêne, ce fut bientôt la misère, A quarante-quatre ans, elle sentit les premières atteintes d'un cancer au sein. Elle languit douze ans dans d'affreuses souffrances et mourut en 1694. Oepuis bien des années, ses seules ressources étaient une pension de deux mille livres que lui faisait Ie roi.
Ses meilleurs vers sont ceux que lui ont inspirés la tristesse de vieillir et la pensée de la mort. Le trop d'agrément qui rend fastidieuses beaucoup de ses poésies disparaÎt dans certaines Réflexions diverses qu'elle rima au milieu des souffrances de la maladie. Un lourd reproche pèse sur la mémoire de Mme Oeshoulières: elle fut râme de la cabale dirigée contre la Phèdre de Racine, Alin d'expliquer son erreur, on a souvent allégué qu'elle était ramie de Pradon et fréquentait chez les Bouillon, A vrai dire, elle était prisonnière des enthousiasmes et des attachements de sa jeu-
(1. (;ir lutlnn.
BERGERIE OÙ ron eroit reeonnaitre Mmc Deshoulières. - Tableau atlribué à Mignard (musée Condé, à Chantilly).
nesse : elle était I( de la Fronde )), elle était gassendiste, elle ad o rait Corneille, elle restait lidèle aux idées, au goût et aux hommes d'avant 1661, Une lille de Mme Oeshoulières lit des vers à l'imitation de ceux de sa mère.
Chaulieu et La Fare Le marquis de La Fare (1644-1712) et rabbé deChaulieu (1639- 1720) furent et sont restés inséparables. T ous deux appartinrent à la société épicurienne et libertine qui s'assembla chez les Vendôme, au château d'Anet. puis au Temple, et qui, en plein règne de Louis XIV, préluda, par la licence de ses mæurs et de ses idées, au grand désordre de la Régence. T ous deux rimèrent des poésies légères: mais, comme pot>te, La Fare n'est qu'un très pâle imitateur de Chaulieu.
La Fare s'était brillamment battu aux armées. A trente-trois ans, it renonça au service, s'éprit de Mmc de la Sablière et, un moment, lit dans Ie monde ligure d'homme à grande passion; mais, joueur et volage, il abandonna bientôt les autels de II Vénus Uranie II (1\11I1e de la Sablière), et jusqu'à sa mort il cultiva, selon sa propre expression, II rautre Vénus)), II mourut dans lïvrognerie, la mangeaille et la crapule. Si ses poésies manquent de beauté, il a dans ses l'vlémoires montré du jugement et du sens politique.
L'abbé de Chaulieu n'était pas sans ambition, II s'essaya d abord dans la diplomatie et accompagna Béthune, ambassadeur de Louis XI V, auprès de Sobieski. II revint de sa mission chargé d'honneurs et de cadeaux, mais il eût désiré la place de représentant de Sa Majesté polonaise à la cour de France, et un autre robtint. II s'attacha alors au duc de Vendôme, gouverna sa petite cour, distribua ses largesses. Lui-même dut à la libéralité de son protecteur des bénélices ecclésiastiques qui lui assurèrent un revenu de trente mille livres. Puis il alia se lixer au Temple, chez Ie Grand Prieur de Vendôme, Sur les Vendôme, sur la société du Temple, sur Ie rôle qu'y joua Chaulieu, il faut consulter Saint-Simon - avec prudence. Chaulieu mourut à quatre-vingt-un ans.
On ne lit pas sans plaisir quelques pièces délicates comme la Retraite ou comme les Louanges de la vie champêtre. Cette poésie un peu sèche ne manque ni de naturel, ni de simplicité, ni d'esprit: elle sera celie des charmants versilicateurs du XVIII" siècle,
, TABLE DES lVIA TIERES
LE l\10YEN AGE I. - DES ORIGINES A LA QUATRIÈ lE CROISADE (U202)
CETTE PARTIE A ÉTÉ TRAITÉE PAR M. EDJIOXD FARAL, PROFESSEUR A L'ÉCOLE DES H.4UTES ÉTL'DES
I. LES ORIGINES. - Littérature en langue latine et littérature en langue vulgaire, 1. - Le français, langue littéraire; unité de la littérature française, 2. - Les publics et les auteurs, 2.