I. - Les romans de la Table ronde
Romans biographiques et épisodiques.
de la Table ronJe, mis à part Ie c];cle Jont il sera traité plus loin, se laissent classes:
1 0 Classe des rom,ms biographiques, - (( J/s prennent un héros Jepuis sa naissance, ou Ju moins Jepuis son apparition à la cour J'Artur, où se présente à lui l' avenlure qui Joit faire Ie principal sujel Ju roman, el nous raconlenl plus ou moins longuemenl ses prouesses n (G. Paris). A ce t];pe, qui est celui Jes romans Je Chrélien Je Tro];es, apparliennent: I\1eriadeuc ou Ie Chevalier aux deux épées, p. p, W. Foerster, Halle, 1877; Durmart Ie Gallois, p. p. E. Stengel (Bibliothek des literarischen Vereins in Stuttgart, 1873); Fergus, par Guillaume Le Clerc, p. p. Fr. Michel pour l'AbbotsforJ Club, Edimbourg, 1841, el par E. Marlin, Halle, 1872: ces trois romans onl élé composés Jans Ie premier liers Ju XII F siècle; - Ider eI Gliglois, qui Jatenl Je la première moilié du XIII' siècle, et qui sont encore inéJils; - Beaudous, par Roberl Je Blois, Jaté Je 1250 environ, p. p, 1- Ulrich, Berlin, 1889; - Floriant et Florete, Jaté Je la seconJe moilié Ju XIII' siècle, p.p. Fr. Michel, 1878;- Claris et Laris, Jaté Je 1268, p. p. 1- Alton (Bibliothek des literarischen Vereins in Stuttgart, 1884). - Cest à ce groupe qu'apparliennent Méraugis de Portlesguez, écrit par Raoul Je HouJenc avanl 1228, p. p. Matthias Friedwagner, Halle, 1897, et Guinglain ou Ie Bel inconnu, écrit par Renaud de Beaujeu au dibul Ju XIII siècle, p, p. C. Hippeau, 1860, et par G. P. Williams, OxforJ, 1915, 2 0 Classe des romans épisodiques. - (( Généralemenl plus breis, ils nous retracent un épisoJe, mais souvent composé Je beaucoup J'aventures, enchevêtrées les unes Jans les autres, Je la vie d'un héros célèbre I) (G. Paris). Les romans Je ce t];pe ont souvenl Gauvain pour héros principal. Les princip!lux sonl: Manteau mal taillé, Je la fin du XII' siècle, p.p. A, Wulff (Romania I. XIV); Ie Chevalier du perroquet, Ju XII/" ou XI V' siècle, p. p. F. Heuckenkamp, Halle, 1897; - la Vengeance Raguidel, Ju milieu du XI lie siècle, par un certain Raoul, Jans leque/ on a cru reconnaÎlre, peul-êlre à lori, Raoul Je Houdenc; ce poème a été publié par FrieJwa- ![ner, Halle, 1909; - Ie Chevalier à I'épée, p. p.
Méon, Fabliaux et contes, I. I; -Ia Mule sans frein, p.p. Méon, Nouveau Recueil de fabliaux, I. I, par Th. Hill, Baltimore, 1911, et par R. Orlowski , Paris, 1911 ; -I' Atre périlleux, publié Jans l'Archiv für das Studium der neueren Sprachen und Literaturen, I. XLII, 1867 ; - Rigomer, par Jean, p. p. W. Foerster (Gesellschah für romanische Literatur, 1908).
Voir l'étuJe de G. Pa- Tis, Romans en vers du cycle de la Table ronde au I. XXX Je l'Histoirelittérair de la France, 1888,
- Les romans Ju Saini Graal, Jiviser en Jeux
L ES poèmes de la Table ronde, dans leur abondant développement, continuent, au XIII" siècle, la tradition inaugurée par Chrétien de T royes : ce sont des romans d'aventure et d'amour, qui glorifient la prouesse et la courtoisie.
lis ont été trop nombreux pour qu'on n'ait pas à compter dans leur masse des æuvres mal venues, et des jugements sévères ont été portés sur I'extravagance etla prolixité de plusieurs d'entre eux. Pourtant, dans leur ensemble, ces romans représentent un magni1ique travail d'imagination, et ils nous pro;Josent un si beau voyage au Pays de la Merveille! Des contrées mystérieuses où les chevaliers aventureux chevauchent de surprise en surprise, OÙ se dressent des palais enchantés, où Reurissent des jardins enveloppés de sortilèges; un riche matériel de féerie: navires mus par des forces secrètes, tables miraculeusement servies, vêJements somptueux, courtines brodées, coupes magiques; un monde d'êtres étranges: guivres et griffons, nains et géants, seigneurs félons, demoiselles persécutées et charmantes; des aventures singulières : combats contre des monstres, défis insolents de chevaliers outrageux, messages de dames lointaines, prisons cruelles, intrigues amorcées et subitement interrompues, (( emprises n téméraires heureusement menées à leur terme, amours de fées et de pr:::ux, philtres, talismans, enchantements; la cour si noble du roi Artur, ces chevaliers si beaux, si hardis, si fidèles à I'honneur, et leur modèle à tous, monseigneur Gauvain, l'invincible, en qui sïncarne I'idéal chevaleresque.... De ces thèmes et de ces ingrédients, des maladroits ont bien pu faire un pauvre usage. Mais de vrais poètes se sont rencontrés aussi qui ont bien modelé cette riche matière romanesque, Pour Ie prouver, tant d'agréables romans: Jl.,1ériaJeuc, Florianl et Florette, Ie Chevalier à l'épée, D!lrmarl Ie Ga llo is , s'offrent à I'envi. Mais iI nous faut nous borner. Puisse I'analyse de deux seulement d'entre eux, MérawJis et Ie Be/lnconnu, choisis presque au hasard, donner quelque idée de ce groupe aimable et brillant.
Mérallgis de Port/esgllez. - Deux jeunes chevaliers, Méraugis de Portlesguez et Gorvain Cadrut, aiment la belle Lidoine : Méraugis raime pour sa (( valeur n, G:>rvain seulemcnt pour sa beauté, Lequel des deux mérite Ie mieux de I'obtenir?
lis portent leur différend devant une cour de dames, présidée par la reine Guenièvre, qui, après d'ingénieux débats, se prononce en faveur de Méraugis. Mais iI faut quïl prouve par des exploits qu il est digne de sa dame. Or, monseigneur Gauvain a disparu depuis un an de la cour d'Artur : nul ne sait ce qu'il est devenu. Méraugis partira à sa recherche; et la belle Lidoine I'accompagnera dans cetle (( quête n aventureuse.
En cours de route, un jour, dans une forêt, iI trouve une tente à laquelle un écu est suspendu. II abat I'écu et aussitôt éclate une tempête de lamentations: I'offense faite à cet écu est une offense à rOutredouté, seigneur du lieu. T outefois, I'Outredouté ne se présente pas aussitôt pour venger son affront, et Méraugis, poursuivant son chemin, arrive à la (( Cité sans Nom n. La loi de cette cité veut que Ie chevalier qui en est Ie seigneur combatte quiconque paraÎt sous ses murs et que, s'il est tué, il soit remplacé dans son rôle par Ie vainqueur, Or, quand Méraugis arrive, Ie seigneur de la cité est Gauvain : iI faut donc que Gauvain ou Méraugis meure; râce à une ruse, les deux chevaliers parviennent à se soustraire à la (( outume n du lieu:
ils s'échappent tous deux de la Cité sans Nom; mais dans I'aventure Méraugis perd Lidoine et il s'agit pour lui de la retrouver, Tandis qu'illa cherche, il joint un jour 1'0utredouté; c'est dans une clairière, au milieu d'une forêt. Sur Ie pré, I'Outredouté, couvert de ses armes, est en train de danser une carole avec des jeunes filles : à peine Méraugis I'aperçoit-il, que, poussé par une force magique, il entre dans la carole et se mcì à danser, tandis que 1'0utredouté quitte la ronde et s'éloigne, Voilà Méraugis retenu à sa place dans Ie (( Château des Caroles n, OÙ sévit un maléfice:
tout chevalier qui entre sur Ie territoire enchanté danse interminablement et sans s'apercevoir de la fuite du temps, jusqu'à ce qu'un autre chevalier vicnne Ie
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Du CUESCLIN MOURANT donne son épée à Clisson et reçoit les clefs de Châleauneufde- Randon. - Manuscrit de la Chanson de Ber/rand du Cuesdin, pal Cuveliel (Alsenal, 3]41).
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rem placer. Au bout de dix semaines, l\1éraugis est libéré du charme : il réussit enfin à atteindre 1'0utredouté et Ie tue.
Cependant, Lidoine était tombée aux mains de Belchis Ie Louche, seigneur du pays d'Escavalon : dIe demande secrètement du secours à Gorvain Cadrut, qui vient assiéger Ie château de Belchis. A celte nouvelle, Méraugis se jelte dans la place et Gorvain passe du camp des assiégeants à celui des assiégés, si bien que Belchis n'est plus Ie maître chez lui et que, réduit à implorer la merci de I\Iéraugis, il se voit contraint à lui rendre Lidoine. Gorvain, de son côté, lève Ie siège: mais il obtient de vider par les armes sa vieille querelle avec I\Iéraugis: I\Iéraugis vainqueur I"épargne et tous deux redeviennent les bons compagnons d'armes d'autrefois.
L'auteur de Méraugis, Raoul de Houdenc, conte avec habileté; dans Ie dédale des aventuresquïl imagine, il saits'orienter, combiner, enchaÎner; il produit des effets ingénieux de mystère; et Quant à son style, qui verse parfois, iI est vrai, dans Ie maniérisme, il est plein d'adresse. Raoul de un public courtois :