‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 57 sur 402 · LES ROMANS COURTOIS · texte numérisé non relu

LES ROMANS COURTOIS

L'ATRE PÉRILLEUX. - Célébration, à la cour d'Ärtur, du mariage deplusieurs chevaliers (8. N.. ms, franç. 1433).

Houdenc écrivait pour

Nuls, sa n'est cortois et vaillanz, N' est dignes du conte escouter Dont je vos vueilles moz conter.

On Ie sent jusque dans Ie détail de ses procédés; et, comme pour Chrétien de Troyes, dont iI est Ie proche imitateur, Ie souci de plaire à des gens de cour est Ie principe à la Eois de ses qualités et de ses défauts,

GlIin /ain Oll Ie Bel Inconnll. - Le roman du Bellnconnu, par Renaud de Beaujeu, est composé selon une formule plus simple que A1 érau!!is.

Un jeune chevalier, qu'on appelle Ie Bel Inconnu (car iI ne connaÎt ni son père, ni même son propre nom, et se souvient seulement que sa mère l'appelait II beau fils ))), est venu chercher à la cour d'Artur I'occasion de s'illustrer et a obtenu du roi quïl ferait droit à sa première requête. Or, une jeune fille nomm(e Hélie se présente, qui demande, au nom de sa dame, fille du roi de Galles, Ie secours d'un chevalier assez hardi pour subir I'épreuve, périlleuse entre toutes, du I( Fier baiser )). Le Bel I nconnu sollicite d"être désigné, et Artur, lié par sa promesse, Ie désigne en effet. Hélie est déçue d'abord par Ie choix d"un si obscur champion. Mais, dès les premiers pas de sa route, Ie Bellnconnu multiplie ses prouesses. II a déjà sauvé plusieurs dames, tué plusieurs géants ou chevaliers terribles, quand il arrive devant Ie Château de rIle dOOr.

Là régnait la Damoiselle aux Blanches mains, qui avait établi, pour trouver Ie meilleur mari possible, une coutu me redoutable. Elle avait décidé d'épouser Ie chevalier qui pendant dix années défendrait à lui seul Ie pont par lequel on accédait au château. Le Bel Inconnu trouve établi en ce poste Mauger Ie Gris qui, depuis cinq ans quïl I"occupait. avait tranché la tête à cent quarante-trois chevaliers: leurs têtes, encore coiffées du heaume, sont fichées, hors les murs du château, sur cent quarante-trois pieux. Méraugis altaque I\1auger, Ie tue, et la Damoiselle, abolissant en sa faveur la I( male coutume )), déclare qu'elle répousera aussitôt.

Mais Ie vainqueur en tend poursuivre I' (I emprise )) pour laquelle il s' est mis en route, I'aventure du Fier baiser : il quilte furtivement Ie château et atteint finalement Ie terme de son expédition, la Gaste Cité. A chacune des mille fenêtres du palais se tient un jongleur qui porte un cierge et un instrument de musique. Le chevalier entre, s"arrête au seuil d'une chambre, jusle comme des haches, mues par des mains invisibles, vont s'abattre sur lui: il tue un chevalier infernal, dont Ie corps s'évanouit aussitôt à ses yeux, au milieu d'une fuméi

La fée - car c'est une fée -Iui veut plus lui donner son amour:

{( Li miens amis, Mout mar i fu' vostre preece.

V ostre sens et vostre largece, Ou"en vas n'a rien a amender" tors tant que ne savés aroer... J)

pestilentielle et d" un fracas épouvantable, Alors, une guivre se présente, II s'apprête à combattre Ie monstre; mais la guivre parle, I'apaise, s'approche peu à peu de lui: puis, tandis qu ïl demeure p rdu dans une contemplation muette, dIe s'élance sur lui el Ie baise sur les lèvres.

Cest répreuve du II Fier baiser I), La guivre disparaÎt. U ne voix révèle au héros qu'il s"appelle Guinglain, qu'il est Ie fils de Gauvain et de la fée Blanchemal, et, quand il se réveillc du sommeil où I'ont plongé tanl d' émolions, il ne voit plus qu "une admirable jeune fille. Cest Blonde Esmerée, la reine de Galles, victime d'enchantements qui I'avaient tramformée en guivre et qui avaient bouleversé son palais et son royaume. La victoire de Guinglain l'a délivrée : elle offre à son libérateur de r épouser, Cependant Guinglain est hanté par Ie souvenir de la Damoiselle aux Blanches mains.

T andis que Blonde Esmerée fail route vers la cour d'Artur, iI se hâte lui-même vers [' lie d'Or. Quand il y arrive, la résolution de la dame a changé, reproche de I'avoir trompée et ne

'c'csl grand'pilié dc,

'il n'y a ricn à reprcndrc.

Elle I'admet à vivre dans son palais: mais elle lui fait défense d'entrer dans sa chambre. Deux fois iI essaie d"y pénétrer; deux fois il tom be dans des enchantements dont il est tout honteux. Or, comme la fée, Ie jugeant suffisamment puni par ces épreuves, a fini par céder à ses prières, I'annonce d'un grand tournoi décide Guinglain à gagner la cour d"Artur. Son amie lui prédit bien qu"une femme l'y retiendra, qu'il ne reviendra pas, II part néanmoins; et en effet, quand il a remporté Ie prix du tournoi, cédant aux instances du roi, il épouse Blonde Esmerée.

Ici s"arrête Ie roman du Bellnconnu. Dans Ie cadred'uneintrigue extraordinaire et de vis:ons féeriques, Ie conteur a su insérer de très légères et très fines peintures de sentiments, Renaud appartenait vraisemblablement à la famille seigneuriale de Beaujeu; iI était un chevalier de haut rang. En composant son roman, il s'est proposé de plaire à sa dame et de se concilier ses faveurs. C'est dans une intention semb'able qu'ont été écrits les romans de Partenopeu de Blois, de lou/roi, du Châtelain de Couci. Mais cette gracieuse idée a produit ici son plein effet poétique. En plusieurs endroits, Renaud interrompt son récit pour parler de ses préoccupations intimes. Ces retours sur lui-même, loin de gâter son æuvre, lui donnent un attrait de plus, et la curiosité du lecteur est doublement piquée à recueillir cette belle histoire des lèvres d"un amant, tandis quïl la conte à sa dame dans I'espoir de se faire aimer. II ne paraÎt pas, d"ailleurs, que Renaud ait obtenu Ie succès quïl souhaitait. II annonce, à la fin de son roman, I'intention de Ie continuer et de ramener Guinglain auprès de la fée de nle dOOr, lorsquïl aura lui-même obtenu de sa dame un I( beau s mblant )), une marque de faveur qui I'encourage. II Ie fait en ces vers spirituels :

0: Eele, vers cui mes cuers s.acline, Renals de Biauju mout vos prie Por Diu que ne I"obliés mie :

De cuer vas vent tos jors amer J Ce ne Ii poés vos veer", Quant vos plaira, dira avant, Et il se taira ore a tant :

Mais por un biau sanblanl moslrer Vos feroit Guinglain recouvrer S"amie que il a perdue...

Se de çou Ii faites delai', Si est Guinglains en lei esmai

. déJcndre

'si vous différez.

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