‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 67 sur 402 · LE l\IOYEI\1 AGE · texte numérisé non relu

LE l\IOYEI\1 AGE

LA DAME A LA LlCORNE. - Selon les Bestiaires, dès que la licorne, bête redoutable et sauvage, voit une femme pure, elle shumilie à ses pieds et se livre aux coups des chasseuIs. Nos chansonniers et nos romanciers courtois comparent souvent à la licorne Ie chevalier dompté par Amour et par la Dame. (Médaillon du portail de la cathédrale de Lyon,)

rejoint dans la cour du château, auprès d' un puits, et tous deux, assis sur la margelle, recommencent leur controverse. Elle lui ordonne de reprendre l'anneau, ilia supplie de Ie garder, puis, comprenant qu'il supplie en vain :

(( Soit, dit-il, ma belle amie I 'aura , celle que j'aime Ie plus après vous, - Où donc est-elle? demande la dame, surprise. Où I'aurezvous si tôt trouvée? - Tout près d'ici, n II s'est penché sur l'eau du puits. L'ombre de sa dame s'y reAète. lllui tend l'anneau, Ie laisse choir:

(( Voyez. dame. dit-il : elle \'a pris. II Cette courtoisie assure sa victoire : la cruelle lui donne son propre anneau et un baiser. Et Ie jeu des sentiments dans ce petit poeme esl aussi complexe et nuancé que l'intrigue est simple. Jean Renarl avait eu l'idée. pour agrémenter son roman de Guil- . laume de Dole, et pour rompre la monotonie de la ledure, d'y insérer des chansons empruntées à des trouvères illustres. CeUe idée a fait fortune, à telles enseignes que de nombreux romanciers, les auteurs de la Violette, de la Poire, du Châtelain de Couey, de C/éomadès, de Mé/iacin, des TOUlnois de Chauvency, de la Châtelaine de Saint-Gilles, de RenaIi Ie Nouve/ se sont empressés à sa suite de (( brocler II de chansons leurs romans. On peut voir dans cetle mode une preuve de la juste célébrité de Jean Renart au XlI\e siècle.

LA CHATELAINE DE VERGY On dirait avec assurance qu'il fut Ie plus joli et Ie plus fin des romanciers courtois, s'il ne fallait réserver les droits du conteur anonyme à qui no us devons la Châtelaine de Vergy. Comme Ie Lai de /'Ombre, ce n'est pas un roman, mais une nouvelle. II n'en est pas une, même chez Marguerite de Navarre, qui surpasse celle-ci en délicatesse et en subtilité, Mais ce menu chef-d'æuvre perdrait trop à être analysé.

LE CHATELAIN DE COUCY Ce roman doit surtout sa célébrité au vieux thème de folklore qu'il met en æuvre, Ie conte du Cæur mangé. Le châtelain de CouCy, Renaut, a obtenu, après bien des épreuves, l'amour de la dame de F aiel. Des dénonciations donnent r éveil au mari, II réussit, par une ruse, à mettre Ie châtelain dans I"obligation de partir pour la croisade, La dame coupe ses tresses blondes et les donne en souvenir d'elle au pauvre croisé : en Terre sainte, les Sarrasins apprennent bientôt à redouter dans les combats Ie (( Chevalier qui sur son heaume porte treces II. Mais il est blessé d'une Aèche empoisonnée et

meurt sur Ie navire qui Ie ramène en France. II a chargé son fidèle écuyer d'apporter à sa dame un coffret : l'écuyer y renferme Ie cæur de son maître, une leUre de lui et les tresses d'or. Le seigneur de Faiel surprend Ie messager aux abord s de son château. saisit Ie coffret. 1\ fait apprêter Ie cæur par son cuisinier et I' offre à sa femme, comme si c'était une pièce de venaison. Elle meurt en apprenant de quoi était fait l'horrible festin. Fort heureusement, ceUe intrigue tragique, ou plutôt mélodramatique, n'a pas intéressé l'auteur plus que de raison. 1\ voulait surtout écrire un roman de mæurs. S'il raconte un lournoi, il y fait figurer des personnages réels, morts depuis peu, des chevaliers illustres : Guillaume des Barres, Geoffroy de Lusignan, Simon de Montfort, et beaucoup d'autres, dont il décrit les armoiries; et les héraldistes moclernes n'ont pu que vérifier la parfaite exactitude de ses descriptions. II en va de même de toutes ses autres peintures de la vie de société : un aimable réalisme en fait Ie prix.

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