‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 72 sur 402 · II. - Genres divers · texte numérisé non relu

II. - Genres divers

1 0 Variétés de la chanson courtoise, - Les Chansons de croisade publiées par Joseph Bédier, avec leurs mélodies publiées par Pierre Aubry, /909. - Les principaux recueils de chansons politiques sont les suivants : Leroux de Lincy, Recueil de chants historiques, /84/; Alfred Jeanroy et Arthur Langfors, Chansons satiriques et bachiques du XIII" siècle (Classiques français du moyen âge), /92/. Les chansons religieuses, où les formes de la chanson courtoise ont été employées à la célébration de l' amour divin. ont été recueillies par E. Jarnstroem, Recueil de chansons pieuses du }",IIIl" siècle, H elsingfors, /9/0.

2 0 Chansons à danser, - Les (( refrains)) de danse se trouvent épars en des publications diverses : il y en a un grand nombre dans Ie livre de A. ]eanro\) sur les Origines de la poésie Iyrique; dans un mémoire du même auteur, Chansons, jeux partis et refrains i nédits, publié en /902 dans la Revue des langues romanes, t.XLV, p. 193, et dans Ie Recueil de motets publié par G. Raynaud. On trou- Vera de nombreux (( rondels de carole )1 dans ce demier ouvrage. Toutes les (( balletles)) et (( estampies)) que nous possédons sont contenues dans un manuscrit de la bibliothèque bodleienne à Oxford, qui a été publié diplomatiquement par G. Steffens, dans l' Archiv für das Studium der neueren Sprachen, tomes XCVI I - IX et tome CIV. - Voir j. Bédier, Les plus anciennes danses françaises (Revue des Deux Mondes, mai /896, janvier /906).

3 0 Chansons à personnages,- Voir Ie recueil de Karl Bartsch, Altfranzoesische Romanzen und Pastourellen, Leipzig, /870. 4 0 Le même recueil contient aussi la plupart des Chansons de toile.

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I. - CHANSONS DE CROISADE ET SERVENTOIS Un certain nombre de pièces, semblables pour ce qui est de la versification aux chansons d'amour, traitent de sujets politiques. Ces chansons portaient Ie nom de (( sirventes )1 en provençal, de (( serventois )) en français. C'est surtout à leurs sirventes que certains troubadours, comme Bertran de Born, doiventleur célébrité, Dans la France du Nord, les serventois s'offrent à nous moins nombreux, sans qu'il faille en conclure que Ie genre ait été peu cultivé. On conçoit que des pièces de circonstance, pleines d'allusions à des faits du jour, aient rapidement vieilli et que beaucoup se soient perdues. Dans celle-ci, Richard Cæur de Lion, prisonnier du due Léopold d'Autriche, appelle à son aide ses vassaux. Cette autre célèbre la bataille de Taillebourg. La ligue des barons pendantla minorité de Louis IX provoque les chansons satiriques d'Hugues de La Ferté, violemment injurieuses à l'égard de Blanche de Castille et de Thibaud de Champagne. La farce du Garçon et de l'Aveugle met en scène un mendiant qui chante aux carrefours pour glorifier Charles d'Anjou, roi

de Sicile. D'autres ont été composées par des croisés en Syrie ou en f.gypte, par Philippe de Nanteuil, par exemple, en 1239, pour déplorer Ie désastre de Gaza. D'autres, provoquées par les différentes croisades, sont des exhortations à prendre la croix et comme des sermons en vers,

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II. - CHANSONS A DANSER Les mêmes manuscrits du XII Ie siècle qui nous ont conservé les æuvres des Thibaud de Champagne, des Gace Brulé, des Adam de la Halle no us donnent aussi, mêlées à leurs (( grands chants )), des pièces bien différentes de ton: ce sont des chansons à danser ou des chansons à personnages, pastourelles, chansons de (( maumariées )), chansons d'aube, chansons de toile.

Ces pièces ont provoqué maintes théories. A en croire de nombreux critiques, la France du Nord aurait développé très anciennement une (( poésie Iyrique autochtone n, qui ne devait rien aux Provençaux : les chansons à personnages seraient des témoins, des (( survivances)) de ces genres archaïques, d'essence toute populaire, A vrai dire, beaucoup d' entre elles sontsignées du nom des mêmes poètes qui ont rimé au XIII e siècle des chansons d'amour; mais ces poètes. nous assure-t-on, n'auraient fait que transposer au mode courtois d'antiques chansons d'origine paysanne. Ces théories ingénieuses ne nous semblent pas persuasives. Les menus genres Iyriques que nous allons considérer ne représentent à nos yeux que les jeux par lesquels les cercles courtois se délassaient de leurs graves chansons d'amour : et ce sont encore, tout autant que les chansons d'amour, les æuvres raffinées de poètes raffinés, Nous possédons des textes anciens relatifs à la danse.

Les jongleurs dansaient certaines danses qui avaient un rapport étroit avec leur métier d'acrobates: danse de rOurs, danse des f.pées, danse d'Hérocliade,' où Salomé était représentée en virtuose du tour de force. Ceux qui n'étaient pas danseurs de profession en dansaient d'autres, accompagnées quelquefois par la musique des instruments, Ie plus souvent par des chansons, B aucoup de ces chansons ont été conservées, qui tiennent en deux ou trois vers :

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Ne vos repentez mie de loiaument amer :

Car de bien amer vient solaz.

Cil doit bien joie mener Qui joie atent des maus qu'il sent.

Vos qui amez, traiez en ça, En la qui n'amez mie.

J e Rart Ie bo.. que nus n' en port Chapel de Aors sïl n'aime.

ïe boi.

fen main. r. ar la main m'amie, S'en vois p us mignotement.

"rlemmène.

Tendez tuit" vos mams ala Aor d'esté, A la Aor de lis, Por Deu, tendez i I En ces petits rythmes, tout menus, on pourrait être tenté de voir des fragments d pièces plus longues: et on les appelle parfois

'tous,

des II refrains II, parce qu'on les trouve en effet enchâssés comme des refrains dans des chansons à p rsonnages. Cependant il doit être tenu pour certain que ces textes n'ont jamais été plus développés; ce qui manque aujourd'hui, c'est seulement la mise en scène, Ie mouvement et les gestes des danseurs et des danseuses.

La principale des danses était la carole, sorte de ronde, menée par un coryphée, homme ou femme, qui II chantait avant n: aux paroles chantées par Ie coryphée, les autres danseurs répondaient, à la manière d'un chæur, en deux ou trois vers formant refrain. De là est sortie la forme lixe du I( rondet de carole n, qui est à peu près notre moderne triolet. Les plus ancien.. que nous ayons ont été composés par Guillaume d'Amiens, vers Ie milieu du XIII e siècle, et plusieurs sont fort joli.. :

En riant, cuer dous, J ointes mains vous prie Ou.aie vostre amour E:n riant, cner douse Onques envers vous N e pensai folie, En riant, cuer dous, Jointes mains vous prÎe.

Hé! Dieus, quant vendra Mes trés douz am is } Ne Ie vi pieça, Hé ! Dieus, quant vendra } Obliee m'a Si m'en esbahis.

Hé ! Dieus, quanl vendra Mes trés douz amis }

Au rondet s'apparente la II ballette II, pièce à trois couplets, où Ie refrain, placé en tête, est répété à la lin de chaque strophe, et II l'estampie n, que caractérise l'emploi de longues strophes à vers très courts.

D'autres danses que la carole, également mêlées de chansons, formaient de véritables ligures de ballet, auxquelles les danseurs ajoutaient parfois I'agrément du travesti. On en a pu reconstituer quelques-unes, plus ou moins complètement : les (( balerie.. I) de la Reine du printemps, du Bois d'Amour, de la Belle enlevée, du Jaloux, la Danse robardoise, Ie Jeu du Chapelet, Bele Aelis. Le Jeu du Chapelet, par exemple, se jouait à trois personnages. Le thème en était Ie manège d' une jeune lille soucieuse d'amour. et qui tour à tour provoque et se dérobe, Elle danse en se tressant une guirIande de Heurs, pour s'en couronner Ie front. Un danseur lui présente un galant. Ses chansons, tandis qu'elle danse, sa retraite dans un bocage imaginaire, son départ en compagnie de I'amoureux, tel est Ie gracieux scénario. La plus répandue de ces danses mimées était celie de Bele Aelis, qu'une chanson du trouvère Baude de la Quarière penTIet de reconstituer :

LE CH<EUR Main.e leva la bien {aite Aeli....

ELLE V ous ne savé. que Ii loursegnols dist} II disl c'amours par faus amans peri.t,

LE CH<EU R Bel.e para et plus bel se ve.ti.., LUI Vous avés bien Ie rousegnol oï:

Si bien n-amés. amors avés traï.

LE CH<EUR Si pri.t de l'aigue en un doré bacin...

LUI Li rousegnols no. dit en son latin :

. Amant. amés, joie aré5 a lOllS dis. .

LE CH<EUR Lava sa bouche et se. oex et son vi....

LUI Suer fu cil nés ki est loiaus amls !

Li rousegnols I'en pramet paradis, LES DEUX DANSEURS ET LE CH<EUR Si. "en entra la belle en un Rardin, 1.1 rousegnols un sanet Ii a dit :

Pucele, amés, joie arés et delit. Ces ballets animent à nos yeux tout un petit mon?e, perdu dans la brume aussitõt qu'évoqué, ses Jeux, ses ébats, Ce sont des cris de joie en I honneur du printemps :

A la reverd:e, au bois!

A la reverdie I

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JEAN BODEL. devenu lépreux. lit son Congé à ses amis d'Arras (Ms, de I'Arsenal, 342, XIW siècle).

C'est un geste, un pas de danse esquissé d'un mot: Espringiez' legierement, . dansez.

Que Ii sollers ne fonde I 'Ie parquet.

T oz Ii cuers me rit de joie Quant la voi!

J en' ai pas amoretes Amon vo!oir.

Si en sui mains jolie'.

. moins gaiea

Ou encore, les danseurs chassent de la ronde ceux qui n'aiment point, les jaloux, les vilain :

Dormés, jalos, je vos en pri, Dormés, jalos, et je m'envoiserai!' V o Ie lairés " vilain, Ie baler, Ie joer, MalS nos ne Ie lairons mie !...

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