LE MOYEN AGE
PROVINS, - <<Thibaut de Champagne, lit-on dans les Grandes Chroniques, fist enlre lui el Gace Erulé les plus belles chançons el les plus délitables et melodieuses qui oncques fussenl oïes, el les fist escrire en sa sale a Provins ))
<< II n'est mie jors, Sa verouse au cors gent; Si m'aïl Amor., L' alouelle nos ment. )) Adont se trait près de mi EI je ne fui pas anfrune", Bien trois fois me baisa ii, Ausi fis je lui plus d'une, K-ainz. ne m-anoia.
. qu J amour m' a:ssiste I
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'rebel/e.
-jamais.
Adonl vosessiens nous ]a Ke celie nuit durast cenl, Mais ke plus n'alast dlsanl :
<< II n esl mie jors, Saverouse au cors gent; Si m'aïl Amors, L'alouelle nos ment. ))
-nous aurions lJoulu.
O'autres pièces, les II reverdies II, décrivent, dans un décor printanier, quelque vision féerique du poète, Tantôt il voit Ie loriot, Ie rossignol, Ie pinson, I'émerillon et d'autres oiseaux sans nombre, faire cortège au dieu d Amour, qui chevauche portant heaume de P.eurs, écu écartelé de baisers et de rires, lance de courtoisie, ct, pour épée, la hampe d'un g!aïeul. Les oiseaux chantent leurs lais à I'entour, comme de bons ménestrels. T antôt une bdle au visage clair lui apparaÎt :
SCEAU DE THIBAUT. cornIe de Champagne el Er:e, roi de Navarre, cornie palalin,
hels eslo;t la pucele, La fille au roi de T udele:
D'un dra y, d'or qui rel1ambele 01 robe resche el novele :
Manlel, sorcot et gonelle :
Mouh sist bien ria dansele,..
Lez un rosier s.est assise La Ires bele et la senée' :
Elle resplenl a devi.e' Com estoile a ranjornée :
S'amors m'esprent el aÙe, Qui enz el cuer m-est entrée...
EI regarder m'obliai T ant qu'ele sen fust alée :
Dieus! tant mar la resgardai', Quant si tost m'est eschapée I...
'fa sage 'à souhail
'je l'ai regardce pour mon malheur.
La pastourelie est, sous sa forme la plus fréquente, la requête d 'amour d' un chevalier à une bergère, Souvent l'aventure tourne au proht du galant. O'autres fois, Ie chevalier est éconduit, soit que la pastot:re ait de la vertu, soit qu'elle entende demeurer /idèleà son berger, Robin, Guiot ou Perrin. Souvent alors Ie conquérant malchancheux a la coquetterie de se composer un rôle qui n'est pas à son avantage : il sait bien, I'habile homme, que sa réputation d'esprit s'enrichira de l'échec amoureux qu'iI s'impute; et celui-Ià ne s'est pas trompé dans son calcul qui a rimé la pastourelle que voici : Pastorelle Vi seant lonc un bouson' ; 'auprès d'un buisson. Mult fut belle Et de cors et de fasson.
Leis Ii' m'assis abandon, 'près d'el/e.
Si Ii dis :
<< Belle, je suis vostre amis, Receveis de moi cest don. >> 0: Biaz dous sire, Vos direis cant ke vos siet', Mais a dire Ne cuit pais ke trop vos griet.
'Ioul ce qu'il Vous plail.
Sachiez, c'il ne m'an meschiet N e cuit pas "je ne cmis pas Ke de moi faciez vos gas, Cal aillors Ii cuers me siet. ))
<< PastorelIe, Vos me tenés mult por vain'; Cest folie:
J e suis fils a chastelain Ameis moi, ke je Vos atn, Et vos pri Ke ne faites autre ami, Con cil ki est pris a rain'. D (( Par parolIes, Sire, me samblez cortois; Mais si folIe Ne me troverez de3 mois Ke je faice vo voloir.
P oc vos vaut' Biaus proiers, ce Dex me saut, Ne force n'est mie drois. >>
'/utile,
'à l'Iwmeçon
* peu lJous ser'.
A la voie La pastore se mist lors :
A grant joie Vait deduxant son gent cors, Mout Ii siet bien ses depors.
Elle dit:
(( Chivalif'rs, Se Dex m'aist, Folz cowars n'est mie mors, ))
Parfois, Ie sujet de la pastourelle n'est que l'aventure d'un chevalier. Le poète ne se met pas en scène : simple spectaleur, il décrit les pro;>os d' un couple d'amoureux, ou bien les confidences de deux bergères ou de deux bergers, ou leurs rivalités, ou encore les divertissements et les danses de pastoureaux au" champs, T oujours la peinture de ces scène , même de celles qui s'ornent des Heurs les plus fraÎches de la poé,je idyllique, contient une intention railleus
à I'adresse des rustiques personnages qu'elle représente, et ainsi e marque, ici encore, Ie caraclère aristocratique du genre.
IV. - LES CHANSONS DE TOILE Les chansons de toile sont de petits poèmes, composés de lJuelques strophes monorimes (ou sur une seule assonance) et munies d'un refrain. Elles ont été ainsi dénommées dès Ie moyen âge, probablement parce que I'action qu'elles peignent se déroule sou vent dans un ouvroir. On les a appelées aussi chansons d'histoire, à cause de leur caractère narratif. Elles mettent en scène des femmes,
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DANSE - La ({ carole au dieu d'amoUl )), d'après un manuscnt du Roman de fa Rose (Arsenal, 5209. XIII" siècle).
Ie plus souvent des jeunes lilies: belle f.rembour, b::lle Aiglentine, belle Ooette. Au début du récit, lIe-ci coud une chemise, celle-Ià une robe; cette autre brode une étoffe précieuse: telle, mais c'est plus rare, f<:uiJlette un livre. Sous la fenêtre d'f.rembour passent les u Francs de France n, qui reviennent de la cour du roi : au premier rang, Raynaud. Ce beau II bacheler I) a cru son amie inlidèle : il passe, dtdaigneux. 1\1ais elle est innocente, elle Ie jure, elle pleure; et Lors recommencent lor premieres amors.
- Aiglentine travaille auprès de sa mère : I'amour lui met tant de rêverie dans I'esprit, qu'elle se pique Ie doigt avec son aiguille. Sa mère s'en aperçoit. II lui fautavouerqu'elle aime Ie u preu Henri n, I( Henri vous prendra-t-il ? n demande la mère. Belle Aiglentine va trouver Henri: II Henri, me prendrez-vous pour femme? )) Henri I'emmène joyeusement dans son pays et I'épouse. - Belle Ooette, à sa fenêtre, lit un livre : un écuyer lui annonce la mort de Ooon, son ami. Alors elle fonde une abbaye et s'y retire, une abbaye OÙ nul ne pourra entrer s'il a failli à son amour, - Et voici la chanson de Belle Y olant :
Bele Y olanz en chambre koie* Sor ses genouz paile" desploie, Cost* un iiI d'or, rautre de soie.
Sa male mere la chastoie* :
<< Chasto; vos en, bele Y olanz. JI
. paisible, * des étotfes de soie, *d/e coud.
*Ia gronde.
Bele Y 0lan7, je vos chastoi :
Ma lille estes, faire 10 doi, J> - << 1\1a dame mere, et vos de coi} JI - << Je Ie vos dirai per ma foi.
Chastoi vos en, bele Y olanz, J>
- . Mere, de coi me chastoiez } Est ceu de coudre, ou de taillier, Ou de liler, ou de broissier, Ou se c'est de trop somillier} JI - << Chasto; vos en, bele Y olanz.
N e de coudre ne de taillier N e de liler ne de broissier, N e ceu n' est de trop somillier ; M ais trop parlez au chevelier.
Chastoi vos en, bele Y olanz,
Trop parlez au conte Mahi, Si en poise vostre mari ; Dolanz en est, jel vos afli.
Nel faites mais, je vos en pri.
Chastoi vos en, bele Y olanz. JI
- << Se mes mariz ravoit juré, Et iI et loz ses parentez, 1\1 ais que bien Ii doie peser, Ne lairai je oan' ramer, )) - << Covegne t' en', bele Y olanz ! ))
. de sitôt.
*sof]ges-y bien.
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LA CAROLE (Ms. 1187, Bibliothèque royale de Belgique, à Bruxelles, XIV. siècle),
les refrains, font un composé singulier d'ingénuité, d'archaïsme piltoresque et de passion vivante.
Oe leur temps comme aujourd'hui, les chansons de toile ou d'histoire ont plu, et, ce qui est très remarquable, par la même saveur archaïsante, déjà, qui les recommande à notre goût. Oès la fin du XII e siècle dies étaient des chansons d'autrefois. (I C'est autrefois, dit. dans Ie roman de Guillaume de Dole, composé vers l'an 1200, une vieille dame qui va chanter la chanson de Belle Aude en l'honneur d'un hôte, c'est autrefois que les reines et les dames avaient I'habitude, en tissant leurs étoffes, de chanter des chansons d'histoire. )1 L'âpreté des sentiments, la strophe sur une seule assonance ou une seule rime, les formules de style s'y faisaient sentir dès cette époque comme quelque chose d'épique et d'antique. Mais est-ce à dire que ces chansons étaient véritablement d' une veine ancienne et que Ie genre, comme on I'a cru, remontait très loin dans Ie passé? Non point. Ces chansons n'étaient vieilles que d'apparence, comme la Fiancée du Timbalier pouvait, en 1825, paraÎtre une ballade ancienne: elles sont I'ouvrage de poètes subtils qui (aisaient de I'ancien ; et leur archaïsme est I' effet d'un art très avancé. C'est pourquoi nous les avons placées non au début, commeonfait d'ordinaire, mais à la Iin de notre revue des genres Iyriques.
Ces poèmes naïfs sont de création savante; et, quand on s'est bienlaissé prendre au jeu des trouvères qui les ontciselés, jlreste à saluer, chezces orfèvres de lettres, leurs ressources charmantes d'industrie et d'esprit.
Ces poèmes chantent dans I'imagination avec une grâce étrange. Quelque chose de bref et de heurté dans l'action, la rudesse des rr.æurs et des sel1timents, la hardiesse des jeunes lilies férues d'amour,
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DAI'oSE DE PASTOUREAUX ET DE PASTOURES (B. N.. ms.latm 873, xv' sièc'e\.