‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 91 sur 402 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

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Et voici d'autres messages:

Morz, morz, qui ja ne seras lasse De muer haute chose en basse, T rop volentiers fesisse aprendre Ambesdeus les rois, se j osasse, Com tu trais rase or de chasse Por rere ceus qui ont que prendre.

Morz, qui les montez fais descendre Et qui âes cors as rois fais cendre, T u as tramail et roiz et nasse Por devant Ie haut homme tendre Qui, por sa poesté estendre, Son ombre tressaut et Irespasse, Morz est la roiz qui tot atrape, Morz est la mains qui tot agrape:

Tot Ii remaint quanqu' ele aert; Morz fait a toz dïsembrun chape Et de la pure terre nape; Morz a toz oniement sert ; Morz foz secrez met en apert, Morz fait franc homme de cuivert; Morz acuivertit roi et pape :

Morz rent chascun ce quïl desert; Morz rent al povre ce quïl pert; Morz tout al riche quanquïl hape...

Beaux vers, hautains, impérieux, et qui peuvent être mis en parallèle avec ce qui fut jamais écrit de plus beau sur la mort.

LE POÈME MORAL On est convenu dïntituler ainsi un poème où iI est remontré, dit la rubrique initiale, (C que vaine est la joie de ce siècle et que mout est digne chose de la sainte ame II, C'est Ie simple discours d'un homme de cæur à un public qu ïl veut persuader. Ses préceptes sont illustrés d'exemples nombreux, et c'est ainsi quïl raconte tout au long la vie de sainte Thaïs. Soit quïl propose ces exemples, soit qu'il énonce des vérités abstraites, iI poursuit avec une insistance ardente son

LE DlT DES TROIS MORTS ET DES TROIS VIFS. - Trois jeunes seigneurs <<de grant aroi)) rencontrent leurs doubles décharnés par la mort. qui dia'oguent avec eux (Arsenal, ms. 3142, XIII" siècle).

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Voir Ch.- V. Langlois, la Vie en France au moyen âge d'après quelques moralistes du tem:;Js, 1908,

DANS LE GROUPE desæuvres dïns::;iration religieuse entrent un certain nombre de sermons et d'homélies en vers, composés au XII" siècle: Ie sermon qui commence par les mots Grand mal fìst Adam, Ie sermon de Guichard de Beaujeu et les Vers du Jugement; puis plusieurs poèmes du XIII C siècle, apparentis au sermon et dont les plus remarquables sont les Vers de la Mort, par Hélinand, et Ie Poème moral, HÉLlNAND : LES VERS DE LA MORT Hélinand, issu d'une famille noble, favori du roi Philippe Auguste, brilla d'abord parmi les seigneurs de la cour de France et excella comme poète mondain : mais de bonne heure Ie (( cointe damoisel )1 rompit avec Ie siècle et vers I'année 1183 se rendit moine à I'abbaye de Froidmont en Beauvaisis. De ce qu'il composa avant celie date il ne nous est rien parvenu. Celles de ses æuvres que nous possédons sont pour la plupart écrites en latin : un Liber de reparatione lapsi, une Chronique, qu'il a arrêtée à I'année 1215, et des sermons qui paraissent appartenir aux dernières années de sa vie. Seuls sont en français les VeTs de la Mort, qu'il composa entre 1194 et 1197. Ce petit poème de qu lque trois cents vers devint célèbre, et, pour ne retenir qu'un signe extérieur de son succès, Ie type de strophe que I'auteur y a inauguré fut imité dans plus de soixante autres pièces> Hélinand adjure ceux que retiennent les délices du monde de penser à faire leur salut : adjllration véhémente, presque brutale, où I'auteur, peignant la toute-pui5sance de la Mort, dresse son spectre devant Ie visage des hommes, Lïdée n'est qu'un lieu commun, mais vigourcum nt traité. Hélinand ne craint pas d'interpeller nommément ceux dont il blâme Ie frivole aveuglem nt. Comm d'autres envoient à leurs amis des chansons de joie, c'est la I\lort qu il envoie saluer les siens, et iI y met une âpreté violente, que manifestent à la fois la richesse des images, la brièveté nerveuse de I'expression et I'accumulation précipitée des termes dans une période largement oratoire. Voici comment il adresse sa sombre messagère à ses am is d'Angivilers, qui vivent dans Ie luxe, tout au soin des élégances et de la mode (celie des manches étroitement cousues faisait alors fureur) :

Morz, qui saisis les teues franches, Qui fais la queuz' des gorges blanches A ton raseor afiler,

Ui la soi a raver' estanches, ui r arbre plein de fruit eSbranches, ue Ii riches n'ait que filer, ui te poines de lui guiler', ui par lonc malle sé. piler, ui Ii ostes al pont les planches, Di mo; à ceus d'Angiviler Que tu fa;s t' aguille enfiler Dont tu lor veus cosdre lor manches.

. pierre à aiguiser.

>la soil de /'avare,

.trompera

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