‹ Histoire de la littérature française illustrée v.1Chapitre 92 sur 402 · UI · texte numérisé non relu

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LE RECLUS DE MOLLIENS écrit son Miserere (Arsenal, ms. 3142, XIII' sièc'e).

dessein de toucher les âmes, II était d'ailleurs un philosophe doux, prudent, humain, qui ne prêche pas une doctrine ascétique. II n'entend pas que la charité, se faisant trop libérale, induise à des largesses trop prodigues: quand iI parle des dangers de la beauté, iI tient cependant à indiquer qu'on peut aimer la beauté sans pécher; et iI admet parfaitement qu'on se plaise à la bonne chère. II n'y a qu'un chapitre OÙ iI sorte de sa modération habituelle : c'est lorsqu'il traite des jongleurs. Lourd péché, dit-il, de leur faire des dons; car tous leurs gestcs, tous leurs propos ne sont que (( lécherie II, et il s'excuse d'employer ce terme sévère, qui cep ndant, à son sens, est encore trop faible, Les jongleurs (( destruisent )) les âmes; ils ressemblent à la truie couverte de fange qui salit tous ceux qu'elle approche. Son art d'écrivain n'est pas raHìné. Dans I'élan de sa sincérité, iI n'a d'autre ambition que de communiquer sa toi, Son \angage est comme sa pensée, simple, clair, direct, II s'exprime avec Ie seul souci d'être entendu et cru, V o\ontiers iI se laisse aller aux digressions, s'engage dans un récit, puis lïnterrompt par des réflexions diverses, y revient, passe à d'autres réflexions et à d'autres exemples. C'est sa manière, pleine de bonhomie, II est près de ceux qui I'écoutent, les comprend, les gagne en leur parlant de choses qui leur sont familières, et sa narration de la vie de Thaïs, avec les détails dont iI I' agrémente, est un modèle d'homélie insinuante et persuasive. II n 'atteint pas comme Hélinand au sublime; mais son zèle et la simplicité de sa parole sont propres à toucher les cæur.;, Auprès des poèmes moraux OÙ domine I'élément religieux, comme Ie Poème Moral, ou encore comme Ie Roman de Carilé et Ie Miserere, écrits au début du XIIIC siècle par Ie Reclus de Molliens, on compte aussi des compositions dont la forme est moins celie d' un discours édihant que d'un traité théorique : tels sont Ie Besant de Dieu, composé par Guiilaume Ie Clerc en \226 ou 1227; la Dime de pénitence, composée sur la fin du siècle par Jean de Journy, et Ie Dit des trois morts et des trois oifs, dont la plus ancienne rédaction, antérieure à I' année 1280, est due à Baudoin de Condé, O'autres poèmes se présentent encore sous d'autres formes, Ceux-ci sont des débats, comme Ie Débat de I' âme et du corps traduit du latin. Ceux-Ià sont des allégories, comme Ie Songe d' Enfer, par Raoul de Houdenc; la V oie de Paradis, sujet traité par Rutebeuf et par Baudoin de Condé; Ie Tournoiement de I'Antéchrist, par Huon de Méry, et, vers \320, Ie Pèlerinage de la oie humaine, par Guillaume de Oigulleville. O'autres poèmes enhn sont des traités de morale en prose, comme la Somme des oices et des oertus, ou Somme Ie Roi, qui fut compilée par Ie dominicain Lorens et dédiée en 1279 à Philippe Ie Hardi.

LA LITTERATURE OIOACTIQUE - 67

c/, Leroux de Lincy, Ie Livre des proverbes, 2 001., 1859; les Proverbes au vilain, p. p. A. Tobler, Leipzig, 1895. Dans Ie recueil publié par Crap elet , en 1839, so us Ie titre Proverbes et dictons, se trouoent, entre autres texles, les Proverbes au comte de Bretagne et les Dialogues de Salomon et de I\larcoul. Le Oitié d'Urbain, p. p. Spencer (Modern Language Notes), 1889; Ie Roman des ailes de Courtoisie, p,p. A. Sche- Ier, Trouvères belges, 1879; les Contenances de table, p. p. j. G/ixelli (Romania, I. XLV/l, 1921); les Enseignemenz Trebor, p, p. Mary Vance Young, 1901; Ie Chastiement des dames, dans l'édilion des CEuvres complètes de Roberl de Blois, p. p, j. Ulrich, Berlin, 3 001., 1889-1895. La Consolation de Philosophie, publiée dans les CEuvres de Simon de Freine par E. Malzke (S. A. T.), 1909; les Quatre Ages de I'homme, p. p. Marcel de Fréoille (S. A. T.), 1888.

L'Évangile des femmes, p, p, G, Keidel, Romances and other Studies, I, Baltimore, 1895; Ie Oit de Chastie Musart, p. p. A. Jubinal, CEuvres de Rutebcuf, I, J/I, 1839 e11874; Ie Oit des Cornetes, Ie Blâme des femmes, p. p. A. Jubinal, Jongleurs et trouvères, 1835.

Le Livre des Manières, p.

p, T alberg, Paris el Angers, 1877, puis par J. Kremer (Ausgaben und Abhandlungen, XXXIX), Marbourg, 1887; la Bible Guiot, p. p.

J. Orr, CEuvres de Guiot de Provins, Manchesler, 1915; la Bible au seigneur de Berzé, p. p. Méon, Recueil de fabliaux et contes, t, J/,

UNE PARTIE IMPOR- TANTE de la littérature morale procède moins de principes religieux que d'une philosophie souvent mêlée d'éléments profanes.

Elle comprend des æuvres d'une assez grande variété, dont plusieurs appartiennent à la poésie gnomique : Disliques de Caton, traduits du latin au XII C siècle par Élie de \Vinchester et par Everard de Kirkham, au XIII" siècle par Adam de Sue! et par plusieurs autres poètes; Prooerbes au oilain; Prooerbes au comle de Bretagne; dialogues de Salomon et Marcoul. Ces recueils de sentences répondaient à un goût profond des hommes du moyen âge : les Distiques de Caton comptaient parmi les sept ou huit livres élémentaires qu'on mettait entre les mains des écoliers; et, quand iIs avaient aueint I'âge de s'exercer au style, on leur enseignait les beaux effets littéraires qu'on peut tirer d'un emploi élégant des proverbes. Aujourd'hui nous jugeons autrement et nous estimons plus bas les vert us du dicton. Cependant, commt'nt faire h de ces Prooerbes au vilain, si savoureux, OÙ s'est condensée toute une morale?

(( Chien en cuisine, ditle viIain, son per n'i desire )). (( Qui une fois escorche, deus fois ne tont II. (( Plus a de paroles en un mui de vin quïl n'a en cent charretes de froment n.

(( Ne sont pas tous chevaliers qui en cheval montent )). (( Jade buisot ne ferez esprevier )).

C'est une série de constatations peu profondes sans doute, mais amusantes, rattachées de façon piuoresque aux choses de la vie quotidienne, un petit livre de la sagesse, qui ne fait pas tort à la réputation d'esprit de notre nation,

L'ÉcHELLE DES VERTUS. - Miniature de> I'abbesse Herrade de Landsberg, dans son Hortus Deliciarum (XIII C siècle), Le Chevalier, Ie Clerc, Ie Moine, Ie Reclus,I'Ermite, attirés chacun par un vice, sont précipités des divers échelons. De rares élus, ceux qui se sont placés sous la garde des anges, accomplissent I' ascension, Au sommet de réchelle, la droite de Dieu leur tend la couronne de la vie éternelle.

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