‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 28 sur 114 · LES TRADUCTEURS · texte numérisé non relu

LES TRADUCTEURS

telle division en leur pueple, ils aimeroient niielz cent fois mourir que la laissier ainsi durer, et que, par négligence, tout se perdist si maleureusement ! Et toutes fois en ce faisant, il est certain, sire, que vous ferez œuvre glorieuse, et plus plaisant a Dieu, plus digne de mérite et de renommée perdurable, que se vous vainquissiez un grant pueple de Sarrazins par bataille. )>

Les traducteurs.

/ , . ;^ '^.i'V*"«î y Mrv*^ ^

8S. Il faut faire une place aux traducteurs, parmi les prosateurs du xiv« siècle. Ces écrivains ont exercé, en effet, sur les destinées de la langue française une influence au moins égale à celle des auteurs originaux.

Le traducteur lorrain des Psaumes reconnaît, en 1365, que « per diseite des mos François », il faut que a loii romans disse selonc lou latin )>, pour iniquitaSy iniquiteit; pour redempiiOf rédemption, pour misericordia, miséricorde. L'ancien vocabulaire devenait insuffisant à rendre une multitude d'idées nouvelles ou qui, jusque-là, ne s'étaient exprimées qu'en latin. Les traductions d'auteurs anciens qui commencent à se multiplier, accusent ces besoins nouveaux et en même temps les satisfont.

Le roi Jean ne fut pas un savant, mais, comme presque tous les princes de la branche des Valois, il était curieux de s'instruire. Voulant connaître l'histoire romaine, il fit traduire Tlte-Live en français par Pierre Bercheure (ou Bersuire). A la suite du prologue, le traducteur explique les mots qu'il avait, lui premier, empruntés du latin. Dans la bibhothèque de Charles V, composée d'un millier de volumes environ, à côté d'anciens récits chevaleresques, en langue vulgaire, les uns rimes, les autres déjà mis en prose, on remarque de nombreuses traductions d'auteurs profanes. On continue sous ce règne la traduction de Tite- Live; on traduit également Cicéron, Salluste, Végèce, Valère Maxime, Sénèque et Suétone.

On traduisit même Aristote, sur le latin, il est vrai. Cette dernière traduction, œuvre de Nicolas Oresme, manque, on le pense bien, du mérite de fidélité; mais elle a celui dune concision et d une fermeté de style, dont la prose française n'avait offert jusque-là que de bien rares exemples. Oresme, en parlant ainsi le premier en français, la langue de la politique et celle de la philosophie, dut introduire beaucoup de mots nouveaux, tels que ceux de monarchie^ tyrannie, démocratie^ aristocratie, oligarchie, despote, démagogue, sédition, insurrection.

Les traductions de l'Écriture sainte en langue vulgaire se multiplient à la même époque, et contribuent aussi beaucoup à enrichir le vocabulaire ; c'est . grâce à elles surtout que les mots nouveaux et savants commencent à pénétrer jusque dans les rangs du peuple*.

Page 1