‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 27 sur 114 · GERSON · texte numérisé non relu

GERSON

le guide le plus précieux, et, dans un sens, le plus sûr pour la connaissance du temps qu*il a raconté; car il en a saisi et rendu la physionomie, l'esprit, la couleur, avec une vivacité pittoresque et une puissance d'imagination qui ont manqué, dans tous les temps, à beaucoup d'historiens, doués, d'une science plus sûre et d'un sens plus critique.

Son style est, comme son esp^rit, vif, entraînant, imag(\ Il pense peu, il ne réfléchit jamais; mais en mettant sous nos yeux les hommes et les choses de son époque, il leur restitue tant de vie, et donne à ses portraits tant de vérité, qu'il ne tient qu'à nous qu'il nous fasse beaucoup penser.

Ce^graiid pr9sateur fut aussi uncharmant poète j et qui s'étonnerait, trouvant tant de poésie dans sa prose, qu'on puisse aussi louer ses vers ? Il a laissé beaucoup de ballades et de rondeaux, de lais, de virelais et de pastourelles, des dits, desdébatSy des poèmes allégoriques ; pour la plupart, ce sont œuvres de jeunesse, un peumignardes, mais pleines de grâce, de fraîcheur, d'esprit, savamment rythmées, et qui suffiraient seules à honorer un moindre écrivain. Mais sa prose a fait oublier ses vers.

Le succès de Froissart fut immense à son époque et ne diminua pas jusqu'à la fin du moyen âge. Les manuscrits de ses Chroniques sont innombrables et malheureusement fort différents entre eux par la langue, et même par la teneur du texte.

Gerson

89. Au-dessous des chroniques de Froissart, il faul nommer un autre monument important de la prose française auxiv® siècle, les seriUQjaa français, de Jeqjk-Gcrson*.

1. Jean Charlier, dit Gerson, né prés dé ReUiel, en 1363, mort à Lyon en 1429. 11 a joué un grand rôle aux conciles de Pise et de Constance (1414).

LITTÉBATORE FRANÇAISE. I. — 8

Gerson, professeur au collège de Navarre, puis chancelier de l'Université de Paris, eut, à la fin du siècle, une grande réputation comme prédicateur. Jeune, il parlait à la cour, avec plus de recherche et d'artifice ; plus âgé, devenu curé de Saint-Jean-en-Grève, il prêcha devant ses paroissiens d'une façon plus familière et presque sans préparation.

Les sermons prêches devant la cour avaient été rédigés d'avance par les soins du prédicateur; les autres furent probablement recueillis avec plus ou moins d'exactitude par quelques-uns des fidèles qui les suivaient avec ardeur. En tout, on possède aujourd'hui soixante-quatre sermons français de Gerson. Le mauvais goût pédant dont ils sont remplis, l'abus de l'allégorie et des divisions scolastiques, y sont compensés par de grandes qualités oratoires, par le mouvement, le pathétique. Dans plusieurs de ces discours, il fait d'éloquentes allusions aux événements contemporains. Ainsi, prêchant à la cour vers l'an 1590, il adjurait le roi Charles VI et les princes ses oncles de travailler à la pacification de l'Église, déchirée par le grand schisme d'Occident :

« roi très cristien, o roi par miracle consacré, ne souffrez point qu'en vostfe temps ceste chose ne se face : ne laissiez point que l'honneur, le mérite et la gloire n'en aiez \ Ensuivez vos prédécesseurs qui tous jours a faire cesser le scisme de Saincte Eglise ont mis tout leur estude singuliercîjment sur tous aultres, quelque aultre* bespingne arrière mise. Et se parfinir ne se povoit en vostre temps, ce que je ne croy pas, au moins grant chose seroit de l'encommancier ; car le commancement est le plus fort ; dicit Oracius : Dimidium qui cœpit kabet*.

« se Charlemagne le grant, se Roland et Olivier, se Judas Machabeus et Heliazar, se Matathie et les autres princes estoient maintenant en vie, et sainct Loys, et que ils veissent une

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