CHRISTINE DE PIS AN
demeura veuve et pauvre, à l'âge de ving-cinq ans; devançant les mœurs d'un autre temps, elle demanda à la littérature les ressources nécessaires pour soutenir sa famille. Elle écrivit un nombre considérable d'ouvrages, pour la plupart conçus et exécutés trop vite : mais entre lesquels on a retenu /e Livre des faits et bonnes mœurs de Charles K, panégyrique d'un roi qu'on pouvait louer sans mentir à l'histoire. Entre ses poésies, les plus courtes i sont les meilleures; ses poèmes moraux et allégoriques \ ne valent pas quelques-uns de ses dits ou ballades ^ in- l spires du spectacle des malheurs pubhcs sous le règne funeste de Charles VI, et tout échauffés d'une émotion sincère. Ses propres infortunes lui ont dicté aussi quelquefois des plaintes touchantes.
Seulete suy par tout et en tout estre*, Seulete suy ou je voise ou je siée * , Seulele suy plus qu'autre rien' terrestre, Seulete suy de chascun delaissiée.
Seulete suy durement abaissiée, Seulete suy souvent toute esplourée, Seulete suy, sanz amy demeurée.
Mais Christine de Pisan écrivait en prose et en vers avec / une rapidité fâcheuse; elle-même avoue avoir composé' quinze ouvrages importants, sans compter les menues productions, en six ans. Cette fécondité excessive a nui à sa réputation dans la postérité, et peut-être môme auprès de ses contemporains.
Cependant plusieurs de ces écrits faisaient honneur à leur auteur par la générosité des idées qu'elle y exprime et la sagesse des vues qu'elle expose. Le malheur de sa