I. — FÉNELON
Sa vie. — François de Salignac de La Mothe-Fénelon est né au château de Féneion. dans le Périgord, le 6 août 1651. Il fut élevé jusqu'à douze ans dans sa famille, puis mis au collège de Gahors et, à Paris, au collège du Plessis., Au séminaire de Saint-Sulpice, iJ songea à se consacrer aux missions du Levant. II en fut empêché. Nommé supérieur des Nouvelles Catholiques (1678), qu'il dirigea pendant dix ans> puis chargé des missions du Poitou et de laSaintonge, il fut élevé en 168(1 au poste de précepteur du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV. Cette éducation est fameuse, aussi bien que celle du Dauphin. Jj'élève avait tous les défauts et passait pour mdomptable.
Dur et colète, dit Saint-Simon, jusqu'aux derûiers emportements et jusque contre les choses inanimées; impétueux avec fujreur
â72 LE XVII» SIRCLE.
incapable dt sonffrir la moindre résistance, nirTae des heures ei des élémens, sans entrer en des fougues à faire craindre que tout ne se rompit dans son corps; opiniâtre à l'excès, passionne' pour tous les plaisirs et pour le jeu, o il ne pouvait supporter d'»Hre vaincu -, souvent farouche, naturellement porté à la cruauté, barbare en raillerie, saisissant les ridicules avec une justesse qui assommait; de la hauteur des cieux ne regardant les hommes que comme des j atomes avec qui il n'avait aucune ressemblance...
C'est cette nature que Fénelon entreprit de corriger et d'assouplir. Il y réussit au point d'y trop réussir. Le duc de Bourgogne était devenu « dévot, timide, mesuré à l'excès, renfermé, raisonnant, pesantet comparant toutes choses, quelquefois incertain, ordinairement distrait et porté aux minuties ». Et, plus tard, lorsque Fénelon songea, pour édifier sa fortune politique, à profiter de l'ascendant extraordinaire qu'il avait pris sur son petit prince, il dut travailler à défaire son œuvre, afin do rendre au successeur possible de Louis XIV un peu de cette énergie qu'il avait contribué à hii faire perdre. A cette éducation se rapporte la composition des Fables cl du Télémaque.
Fénelon obtient en 1695 l'archevêché de Cambrai mais après la fameuse querelle du quiélismc, rc i>osl deviendra un exil.
C'est à la suite de M"" Guyon, une illuminée, qu Fénelon se laissa entraîner dans cette hérésie où se trou vent engagés les plus graves inlorèts de la morale et d la liborlé humaine. Le livre de ÏExplirnfinn dcs' maximes des saints contenait toute la doctrine. Combattu par Bossuet, censuré par la Sorbonne, condamné par Innocent XII (1699), Fénelon se soumit. La mort du duc de Bourgogne (1712) ruina ses dernières espérances. U mourut le 7 janvier 1715.
Son caractère. — La physionomie de Fénelon est d'une rare séduction : un grand air, un charme naturel augmenté par un désir de plaire et par une sorte d'universelle coquetterie. « Il fallait, dit Saint-Simon, faire effort pour cesser de le regarder. » Mais cette séduction ne va pas sans quelque chose d'étrange et d'inquiétant, comme toutes les fois qu'il manque à un c-nractôre l'unité
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