‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 105 sur 223 · SUNT-SIMON · texte numérisé non relu

SUNT-SIMON

le Monseigneur et de Madame la Dauphine ou à celui de Monsieur, à Versailles ou à Paris, où chacun se divertissoit à la mettre en colère, et qui chnntoit pouille aux gens à ces dîners-là. pour faire rire, mais quelquefois fort sérieusement et avec des injures qui embarrassoient et qui divertissoient encore plus ces princes et ces princesses, qui lui emplissoient ses poches de viandes et de ragoûts dont la sauce découloit tout le long de ses jupes Les uns lin donnoient une pistole ou un écu, et les autres des chiquenaudes et des croquignoles dont eue entroit en furie, parce qu'avec des yeux pleins de chassie elle ne voyait pas au bout de son nez^ ni qui l'avoit frappée, et c'étoit le passe-temps de la cour

A ce style brutal, emporté et fiévreux, ne demandons pas la correction. Saint-Simon prend avec la grammaire toute sorte de libertés. Il avoue qu'il aurait pu se montrer plus scrupuleux, « mais il faudrait refondre tout l'ouvrage, et ce travail passerait mes forces et courrait risque d'être ingrat ». En fait, Saint-Simon ne s'en soucie guère : c'est dédain de duc et pair vis-à-vis de la syntaxe; c'est plus encore instinct d'artiste. Saint- Simon sait bien qu'il n'est 7)as un sujet « académique », que ses négligences sont dans le caractère de son style, et qu'à regratter ses phrases il courrait risque de diminuer l'effet de tant d'expressions jaillies d'un seul jet. On voit assez, sans qu'il soit besoin d'insister, en quoi cette manière d'écrire diffère de celle des écrivains classiques. Les poi'trails de Retz sont composés de traits subordonnés entre eux, et se rapportant tous à un seul qui les domine et explique la physionomie. Ceux de Saint-Simon sont faits de retouches successives, sans ordre, sans nuances, chaque trait ayant sa valeur par lui-môme. Le style classique est fait de mesure et de sobriété. Saint-Simon prodigue les couleurs, les tons violents, les expressions exaspérées, qui se heurtent, qui éclatent, qui étonnent. Singulièrement déplacé à sa date et à toutes les dates, on dirait d'un revenant du xvi^' siècle qui aurait écrit quelques années avant Michclet.

L'histoire du règne personnel de Louis XIV est racontée ég-alement dans de nombreux mémoires dont les plus curieux sont ceux de la duchesse de JVemours et de M"" de Caylus.

^88 ,,B XVlP SIÈCLE.

RÉSUMÉ

189. Fénelon, La Bruyère, Saint-Simon, repré-' sentent à des titres divers les tendances nouvelles de la littérature, dans cette époque de transition qui est des dernières années de Louis XIV.

190. François de Salignac de la Mothe-Fénelon (1651-1715) fut d'abord supérieur des Nouvelles Catholiques (1078), puis précepteur du duc de Bourgogne (1G89). Nommé à rarchevêché de Cambrai (1695), il se compromit à la suite de M"" Guyon dans l'hérésie du quiétisme. Caractère fait de séduction, de douceur apparente et de souplesse, Fénelon n'a pas su se tenir à l'écart des intrigues et se garder de l'esprit de chimère.

191. Son traité de 1' « Éducation des filles » est un modèle de la science de l'éducalion fondée sur une psy. chologie très délicate. Le « Télémaque » est un roman antique à allusions modernes. Fénelon a encore écrit des ouvrages de controverse, les « Maximes des saints », des « Lettres spirituelles », des ouvrages de critique littéraire. Son style se distingue nar une facilité et une fluidité sans égales.

192. Jean de la Bruyère (1645-1696) a vécu chez les Condô à titre de professeur d'histoire de M. le duc. Les « Caractères » (1688) contiennent des réflexions Tiorales et des portraits.

193. La Bruyère est médiocre comme moraliste. La partie neuve et intéressante de son livre est celle où il décrit les mœurs de son temps et fait le portrait des originaux de la société. La Bruyère est unjji styliste : il relève des pensées souvent banales par

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